Laisserez-vous le destin jouer son rôle ?
 

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 "I've been away so long?!"

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MessageSujet: "I've been away so long?!"    Dim 6 Oct - 11:51

I've been away so long?!

Choi Kyu Jung & Ahn Ryu Jeong

Le 14 avril 2013, 11h20~


Le liquide brulant de mon café vient réchauffer ma gorge, alors que je serre mes doigts autour de la tasse de carton. J’attends que la deuxième partie de ma commande arrive, jetant un regard autour de moi. La rue est assez animée, laissant parfaitement comprendre que le week-end va être tout aussi vivant. Il y a vraiment de tout. Des couples qui se promènent main dans la main, des enfants jouant bruyamment sur les trottoirs, des lycéens profitant de leur jour de congé… L’innocence me frappe en plein cœur. Aucun ne se doute de ce qui se trame secrètement autour d’eux, pas vrai ? En un sens, je les envie. J’aimerai pouvoir profiter de mon samedi également, au lieu d’avoir ce reportage déplaisant à faire.

Pourtant, quelque chose me pousse à sourire. Et la tasse fumante qui arrive devant moi ne vient que le confirmer. Du chocolat chaud.
Je m’en empare, serrant mes doigts autour de la chaleur réconfortante et avec un signe de tête, je quitte le petit café pour rejoindre la grande rue fourmillante. Je la balais d’un regard, cherchant la tête rose que je suis censé rejoindre dans quelques minutes. A croire que les bonnes habitudes ne changent pas tant que ça.  Il sera en retard ? Même pour quelque chose d’aussi important que son boulot et son meilleur ami au même moment ? Je lève les yeux au ciel, tout de même amusé.

Malgré les années, il n’a pas changé. Et ça, ça vaut tout le retard du monde.

Je m’adosse contre la façade d’une boutique, vers la grande route parsemée de voitures garées n’importe comment. Les minutes passent, sans que sa chevelure inhabituelle ne se détache de toutes les têtes brunes. Il aime ça me faire attendre, je ne vois pas d’autre explication valable.
Néanmoins, je finis par apercevoir un véhicule que j’ai très vite appris à reconnaitre. Il a beau changé en fonction de ses affaires, il prend toujours le même genre. Trop prévisible pour quelqu’un qui le connait aussi bien que je le connais. Je souris, et m’emparant des deux boissons que j’avais posé sur le rebord, je m’en approche discrètement.

Voyons si le détective est aussi observateur que ce dont il se vante. Ou si le journaliste parviendra à le surprendre, encore une fois.

J’ouvre la portière du côté passager et me glisse à ses côtés, sans attendre qu’il m’y invite. Comme si j’avais besoin de son autorisation de toute façon.

« Moi, qui pensais qu’à vingt-deux ans, tu serais plus ponctuel. Je t’idéalise bien trop Kyun’ah. » lâche-je avec un grand sourire.  

Evidemment, je l’ai toujours mis sur une marche si haute que personne ne pourrait arriver à sa hauteur. Mais c’est parce qu’il s’agit de Choi Kyu Jung, pas de n’importe qui. Celui qui arrive à me supporter depuis… Douze ans ? Quinze ans ? La nuit des temps. Mon meilleur ami, ma moitié. Qui pourrait rivaliser ? Après cinq ans passé l’un sans l’autre, j’avais peur que notre relation ait changée. Qu’elle se soit affaiblie, malgré les nombreuses fois où nous nous retrouvions par n’importe quel moyen pour parler ne serait-ce que quelques minutes – qui devenaient vite des heures- alors qu’un monde nous séparait. Ah oui, mes voyages auraient été bien différents sans l’avoir continuellement à me rappeler qu’il existe. Comme si je pouvais l’oublier, l’imbécile.

« Ne viens pas te plaindre s’il est froid hein. » dis-je en lui tendant son chocolat.

Mais rien, rien n’a été modifié. Il est toujours le même, si ce n’est qu’il a grandit –encore- et murit. Il est devenu encore plus beau qu’il ne l’était sur cette plage qui a enfermé nos plus beaux souvenirs.  Et finalement, on s’est retrouvé. Comme si l’on s’était quitté la veille.

Même si, oui, certaines choses ont changé. Forcément.


Dernière édition par Ahn Ryu Jeong le Sam 7 Déc - 2:09, édité 1 fois
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« Invité » Invité
MessageSujet: Re: "I've been away so long?!"    Dim 6 Oct - 13:10


En retard. Comme d'habitude.
Je peste contre moi-même alors que le seul jour où je ne dois pas être en retard...Je le suis. Vraiment, frappez-moi. Je grille quelques feux rouges en chemin, essuyant maintes insultes, et prie pour ne pas provoquer d'accidents. Imbécile de réveil. Il pourrait insister un peu, aussi, le matin.

Finalement, j'arrive à bon port, et attends patiemment, cherchant du regard le beau brun ténébreux avec qui je vais passer ma journée. Et quelle journée...Je l'attend depuis tellement longtemps, celle-là.
cependant, la portière me fasse sursauter, alors que l'homme qui s'installe à mes côtés m'arrache instantanément un sourire :

« Moi, qui pensais qu’à vingt-deux ans, tu serais plus ponctuel. Je t’idéalise bien trop Kyun’ah. »

Je lâche un rire, en entendant ses mots. Ne vient-on pas de revenir cinq ans en arrière, à l'instant ? Décidément, celui-là....Il a changé en restant le même. J'attends qu'il boucle sa ceinture, avant de souffler :

« Tu aimes tellement ça, que je te fasse attendre. Je ne voulais pas te décevoir. »

Et comme ça, pendant toutes ces longues minutes où tu pestes en attendant mon arrivée...Tu ne penses qu'à moi.


« Ne viens pas te plaindre s’il est froid hein. »

Je prends le chocolat qu'il me tends, avant de rire doucement, secouant la tête :

« Sérieusement...C'est tout ce que tu trouves à me dire ? »

J'hésite vraiment entre lui balancer ce chocolat à la tête ou le serrer dans mes bras. Je choisis la seconde option mais la gare pour plus, tard, esquissant un sourire. Mon Ryu...Il a toujours autant de classe, et j'ai un peu du mal à détacher mon regard de lui, même si je dois m'y forcer. Il vaut mieux que je reste concentré sur la route. Au moment où je démarre pour se rendre à l'endroit où on est censé faire notre surveillance, j'en profite pour le taquiner :

« Ne me cherche pas trop, je suis armé. »

J'avais bien mon beretta à l'intérieur de ma veste, mais évidemment, jamais, JAMAIS je ne lui ferais du mal. J'avais juste envie de l'embêter. Comme d'habitude.

Je ne peux retenir un sourire en voyant la chaîne d'argent autour de sa nuque avant de disparaitre sous son haut. Je la reconnaitrait entre mille. Cette babiole que je lui ai offert...Il la porte encore ?

S'il savait à quel point ça me fait plaisir...


J'essaie de ne pas me montrer excessivement joyeux, même si ça devait se remarquer à la lueur de mes yeux. Ce type me rend vivant. J'ai l'impression d'être totalement moi-même quand il est là. Il m'accepte entièrement. Sans jamais me tourner le dos.
Quand j'ai eu 10 ans, je me suis fait enlevé. Pendant quarante-cinq minutes très exactement, à la sortie de l'école. Ce type était complètement détraqué mais heureusement, mon père, inspecteur, nous a retrouver avant que le pédophile ne commette l'irréparable. Malgré tout, j'en ai gardé une trace, au fond de moi. Sans parler qu'au tribunal, les autres enfants, présents ce jour-là...N'ont pas eut autant de chance que moi. Surtout que moi...Je connaissais déjà Ryu, à cette époque. Finalement, il a toujours été là.
C'est le premier évènement qui m'a mit sur la voie "de la justice".  Sauf que ça m'a rendu amer, et véritablement cruel vis-à-vis des pédophiles. Combien de fois j'ai mis ce genre de déchet contre un mur avec le couteau sous la gorge ? Je sais parfaitement que je deviens inhumain face à ce genre de type. Effrayant. Ryu m'a vu faire un jour, sans que je m'en rends compte au départ. Et pourtant, jamais, pas une seul fois il n'y a eu de la peur dans ses yeux. C'était pourtant la première fois qu'il me voyait comme ça, mais jamais il n'a eu peur de moi, ou n'a montré le moindre signe de choc. Il m'a simplement observé. Comme si c'était normal. Comme si j'étais toujours moi-même.
Et ça m'a fait un bien fou.
Ce type me connait mieux que moi-même.

Même Ha Neul a eut peur de moi, quand elle m'a vu avec ce couteau de chasse, alors qu'elle peut se vanter de bien me connaitre. Elle s'est cependant merveilleusement bien rattrapé ensuite. Mais Ryu n'a pas sourcillé.

Il y avait autre chose. Trois ans auparavant, j'ai été un peu trop fouineur, et c'est ce qui m'a perdu. Je me suis retrouvé enfermé dans un salle avec un mafieux japonais qui m'avait grillé. Il m'a envoyé à l'hôpital en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. J'ai frôlé le coma, ce jour-là, et j'ai vraiment cru que j'allais y rester, mais le seul nom que j'ai prononcé...C'était le sien.
Ryu.
Et quand j'ai ouvert les yeux, deux jours plus tard...Qui était là, à mon chevet ? Qui me serrait la main avec la force du désespoir ? Qui avait traversé tout le continent en catastrophe pour venir me retrouver en apprenant ce qu'il s'était passé ?

Ryu.

Mes propres parents n'ont pas trouvé le temps de faire le déplacement. Lui, il était là. Il a toujours été là. Je crois que c'était même la première fois qu'il haussait la voix sur moi. La première fois qu'il me traitait "d'imbécile" en le pensant réellement. Et moi, je me suis contenté de rire en le voyant, malgré mon visage tuméfié. Ça m'a semblait tellement naturel qu'il soit là, lui....Tellement naturel.

Alors forcément...Le voir aujourd'hui, pour travailler ensemble, me rends fou de joie. Véritablement. Et je sais que ça doit se voir, au sourire que j'aborde depuis qu'il ait grimpé dans ma voiture. Je continue de rouler, alors que nous sommes presque arrivés à destination, tout en ayant autre chose en tête.
Depuis ces cinq dernières années...Il y a une affaire que je n'ai eu de cesse de traiter. Une en particulier. La raison du départ de Ryu Jeong.
Et j'ai enfin mis le doigt dessus. Cependant...Je veux la jouer fine. Voir si je suis capable de lui faire avouer de ses propres mots.
Mais je ne sais pas encore comment. Va falloir improviser, Kyu Jung. Mais l'improvisation, c'est ton truc.

« Et sinon, quoi de neuf ? »

Autant commencer par du basique.
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MessageSujet: Re: "I've been away so long?!"    Dim 6 Oct - 19:46

« Sérieusement...C'est tout ce que tu trouves à me dire ? »

Je souris, levant les yeux au ciel. Il s’attendait à quoi ? A ce que je fonde dans ses bras, à ce que je pleure des litres de larmes soulagés de l’avoir à mes côtés, à ce que je lui dise combien il m’a manqué et combien c’était dur sans lui ? Mais ça, il le sait déjà. Il n’a aucunement besoin que je le prononce à voix haute. Bien que j’en ai vraiment envie. De le sentir contre moi, comme pour me rassurer sur le fait qu’il soit vraiment là et nulle part ailleurs.

« Garde les yeux sur la route mon grand, je suis trop jeune pour mourir. » réponds-je avec un regard amusé. « Je devrais peut-être prendre le volant ? »

Je ricane. Me moquer de lui m’a tellement manqué que j’ai l’impression que tout ce qui me passera par la tête aujourd’hui, finira par sortir.

« Ne me cherche pas trop, je suis armé. »

Cette fois, j’éclate de rire. Qu’est-ce qu’il raconte ? Comme s’il était capable de lever ne serait-ce qu’une main sur moi. Je le sais parfaitement, la seule occasion pour laquelle j’ai senti ses doigts sur ma peau n’était certainement pas pour me faire du mal.

Pourtant, mon cœur s’est serré en entendant une telle menace. Qu’elle soit fausse, parce qu’elle est portée à mon égard, ou non, ça revient au même. Je sais parfaitement qu’il est capable du pire, avec cette chose à ses côtés. Je ne suis pas contre les armes, je suis allé dans des pays qui m’ont prouvé qu’en avoir une sur soi n’était pas de trop… Mais de savoir que mon cadet, que j’ai vu grandir, en porte une constamment sur lui ne me rassure pas tant que ça. Et encore moins depuis l’incident. Celui où je l’ai vu plaquer cet homme contre un mur, dégainant son couteau plus vite qu’un clignement de cil. Je ne dis pas que cette personne immonde ne le méritait pas, au contraire. D’autant plus sous la main de Kyu. C’est pour cette raison que je n’ai pas bronché, pas bougé d’un pouce, le regardant simplement faire. Il l’a arrêté avec une facilité déconcertante, qui quelque part m’a rendu fier. Tellement fier que le garçon anéanti que j’ai connu durant quelques temps ait grandit et soit devenu ce jeune homme apte à se défendre. Et à défendre les autres.

Alors évidemment, je le soutiens. Et si un jour je dois l’aider à cacher un corps, je le ferais. Pas parce que c’est mon rôle en tant que meilleur ami et confident, mais parce que je connais son histoire. Que j’étais là. Moi.

« Tu risques de te faire mal Kyun’ah. » souffle-je en réponse.

Je tourne la tête vers lui, surprenant son regard sur mon torse. Alors je baisse les yeux à mon tour, lorgnant ce qui retient son attention. Je souris remettant en place la petite chaine d’argent. Contre ma peau et mon cœur, là où elle a toujours été.

Je crois au destin, je crois aux signes que nous envoie le hasard.
Aussi, c’est pourquoi je ne l’ai jamais enlevé. Pas une seconde en cinq ans passé à traverser le monde de part et d’autre. De cette façon, je l’avais toujours avec moi, mon Kyun’ah. Quand il a eu cet accident avec un abruti de mafieux japonais, et qu’on m’a appelé pour m’annoncer que ma précieuse moitié était allongée dans un lit, endormi, ce n’était pas une surprise. Je le savais déjà. Qu’on me croit ou non, j’ai senti la peur et la douleur, rien qu’en refermant ma main sur le petit bocal de verre. J’ai cru mourir. Cet imbécile. J’aurai tué celui qui lui avait infligé de telles horreurs, de mes propres mains. Si la police ne s’en était pas chargé elle-même. Dommage.
Encore une fois, il n’y avait que moi à son chevet. J’ai quitté l’Allemagne pour le rejoindre, sans même penser à ce que je laissais derrière moi. Quelle importance peut bien avoir un foutu job, quand mon meilleur ami est dans le coma ? Je suis arrivé à temps pour entendre mon nom. Le mien, pas celui de quelqu’un d’autre, qui a passé ses lèvres.

« Mais puisque tu veux le savoir, tu m’as manqué mon Kyun’ah. » murmure-je après avoir bu une gorgée de café.

Et je suis plus que ravi de pouvoir travailler à ses côtés. Bien que l’affaire soit tout sauf amusante. De toute façon, pour que Kyu soit dessus, il faut bien que ça contienne des détails déplaisants. Comme un enfant. Et un homme. Par exemple… Je soupire. La prochaine fois, je m’arrangerai pour que ce soit sur les fêtes de noël. C’est bien plus sympa. Parce qu’en ce moment, je me sens plutôt coupable de me sentir si heureux d’être avec le détective.

« Et sinon, quoi de neuf ? »

Je souris davantage, notant la question routinière à laquelle je n’échappe pas depuis plus de cinq ans. A chaque occasion, il veut absolument savoir ce qui m’arrive, ce que je mange, qui je rencontre, ce que je fais… Si je vais bien. Et l’inverse est également vrai. Tout ce qui pouvait se passer dans sa petite vie, je voulais le savoir. Avec qui il dormait, sur quoi il travaillait, où il vivait. Tout, je voulais tout savoir. Seulement, ce dernier mois a été tellement plein que je n’ai pas eu le temps de discuter sérieusement avec mon meilleur ami.

« Rien de bien passionnant. Sun Hee s’est enfin installée, l’appart commence à ressembler à quelque chose et je commence à me dire que tu pourrais rencontrer ma fiancée sans trop me faire honte. C’est un grand pas, non ? »

Il sait que je rigole. Que jamais il ne m’a fait honte, et que si quelqu’un avait un problème avec lui, je n’hésiterais pas à couper les ponts avec cette personne. Mais aussi fou que cela puisse paraitre, je suis certain que Sun Hee n’aura aucun mal à apprécier Ryu Jung. Au contraire, elle risquerait même de l’adorer presque autant que moi. Ce qui en soit, n’est pas vraiment possible, je l’admets. Par contre, j’ai peur de la réaction de Kyu Jung fasse à celle qui partage ma vie. On en a souvent parlé, bien sûr. Il la connait à travers tout ce que je dis d’elle. Mais lui, il sera forcément plus attentif, non ? Alors, en soit… Ca m’inquiète un peu. Comme je n’ai pas de parents à qui la présenter – si on fait omission de Jong In, qui l’a déjà adopté – c’est Ryu qui tient un peu ce rôle. Me donner sa bénédiction, et tout le blabla…

« Je pense… Que je vais me poser maintenant. Je vais arrêter d’aller et venir n’importe où, et vraiment m’installer à Séoul. Pour de bon… »

Bien sûr, lui, il ne sait pas ce que ça implique. Mais pour moi, prononcer ces mots est difficile. C’est renoncer à mes rêves pour une femme. Une femme qui, il y a cinq ans, aurait pu tout aussi bien être Kyu s’il avait choisi de me retenir plutôt que de me laisser partir. Et je crois qu’au fond, on en est tous les deux conscients.

Je secoue la tête. C’est un choix, mon choix. Et je ne le regrette pas.

« Heureux ? Tu vas me supporter touuuute ta vie ! » lance-je en le poussant un peu du plat de la main
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« Invité » Invité
MessageSujet: Re: "I've been away so long?!"    Dim 6 Oct - 21:20

« Garde les yeux sur la route mon grand, je suis trop jeune pour mourir. Je devrais peut-être prendre le volant ? »

J'entends son ricanement. Aaah, décidément, ses attaques verbales m'ont manqués !

« Moi vivant, tu poseras pas un doigt sur mon volant.  »

Je le vois éclater de rire. Ce rire qui lui va si bien. Je pourrais l'écouter rire toute la journée, tellement c'est agréable à entendre. Cependant, je le sens se tendre un peu à l'énonciation de mon arme. Yah, il s'inquiète encore ? Je peux le comprendre ceci dit, mais il sait parfaitement pourquoi j'en portes. Décidément...Je me rappelle que le jour où mon colocataire e l'avait vu, il avait carrément fui dans la cuisine tellement il avait eu peur. Faut dire que montrer son arme le premier jour, en se présenter, c'était pas très fin de ma part.

« Tu risques de te faire mal Kyun’ah. »

J'arque un sourcil, avant de comprendre qu'il s'inquiète vraiment pour moi. Au fond, ça me fait plaisir, et je m'empresse de le rassurer :

« Ne t'inquiète pas. Je ne porterais jamais une arme que je ne maîtrise pas sur le bout des doigts. »

Un temps s'écoule en silence alors que nous sommes tous les deux plongés dans nos pensées respectives, jusqu'à l'entendre :

« Mais puisque tu veux le savoir, tu m’as manqué mon Kyun’ah. »

Je souris de toutes mes dents à l'entente de ses mots, et n'hésite pas à répondre, amusé :

« Je le sais, ça. »

Même si je suis bien heureux qu'il le dises. Et enfin, il répond à ma question :

« Rien de bien passionnant. Sun Hee s’est enfin installée, l’appart commence à ressembler à quelque chose et je commence à me dire que tu pourrais rencontrer ma fiancée sans trop me faire honte. C’est un grand pas, non ? »

Je ne retins pas un léger rire. Toujours le mot en trop, hein ? Je souris en entendant ses mots. Bien, alors tout se passait sans encombre, c'est l'essentiel.

« Je lui raconterais tous les épisodes honteux de ta vie rien que pour cette phrase, Ryu. »

Sun Hee....La pauvre, elle n'a rien fait de mal et pourtant, je l'ai haï de toute mon âme la première fois que Ryu Jeong m'a parlé d'elle. Parce qu'à ce moment là...J'avais déjà découvert, pour ce gêne particulier que Ryu possède en plus.
Avant qu'il ne s'amourache d'elle, j'ai eu vent de l'existence de ceux qui sont comme lui. Et quand j'ai compris, en reliant tous les éléments, la nature de Ryu....Ça m'a détruit, réellement. Et j'ai pété les plombs, seul chez moi. Je me souviens avoir hurler, encore et encore, profitant de l'insonorisation de mon appart :

"Une âme soeur ? Une...âme soeur ? C'est pour ça qu'il m'a quitté, ce jour-là ? ....
Et moi… ?
Est-ce que tu sais seulement à quel point tu comptes pour moi ?
EST-CE QUE TU SAIS QUE DANS MON CŒUR, TU REPRÉSENTES CETTE MOITIÉ DE MON ÂME ?! L’as-tu seulement compris, Ahn Ryu Jeong ?!"


Je l’aime. Je l’adore. Ce n’est pas simplement de l’amour, c’est bien plus fort que ça. Un sentiment sur lequel je n’arrive pas à mettre des mots. Je n’ai pas besoin de lui répéter inlassablement des « je t’aime » mielleux, ou de lui faire passionnément l’amour. Je ne tiens pas à me coller à lui H24 en caressant tendrement son avant-bras avec des sourires timides. Je veux juste qu’on soit ensemble. Qu’on rit ensemble.
Qu’on vive intensément ensemble.

"Humain ou pas…Je vois pas quelle différence ça fait ! Je peux très bien remplacer cette personne !"


Du moins, c'est ce que j'ai pensé, au cours de ces vingt-quatre heures de pure folie. Je me suis souvenu de ce baiser dans lequel j'avais mis toute mon âme. Toute l’importance que ce garçon représente à mes yeux.
Ce jour-là, où il m'avait annoncé son départ, je l'avais embrassé comme je ne l'avais jamais fait.
Pas même cette nuit-là.
Mais rien ne s'était passé, et je m'en rends compte aujourd'hui. Il manquait quelque chose pour lui. Ce n’est pas moi. Je ne suis pas fait pour lui. Et cruellement, ça m'a fait mal. Ça m'a véritablement brisé, ce jour où j'ai tout découvert, de penser que mes émotions, tous mes sentiments ne valaient rien.
Absolument rien.
.
Après le chagrin, j'avais découvert un nouveau sentiment.
L’injustice.
Et je m'étais remis à hurler, ce jour-là.
"Pourquoi… ?  Cette personne, elle a fait quoi pour toi ? Qui est-ce qui te fais rire chaque jour, qui te soutiens, et qui t’aime ? POURQUOI CE N’EST PAS MOI ?!"

J'ai mis 24h à m'en remettre. Mon appart était sens dessus dessous, dévasté, à l'image de mon coeur. Dans un accès de colère, j'avais fracassé tout ce qui me tombait sous la main. Ce pourquoi j'ai haï Sun Hee au départ. Cette personne qui me vole la personne la plus précieuse que j’ai….

Et c'est avec cette découverte que j'ai fini par comprendre que toute ma vie, j'ai été éperdument amoureux de mon imbécile de meilleur ami.

Heureusement que je me suis repris. Que je me suis fait une raison. Que je me suis rendu compte qu'il n'y est pour rien, s'il est comme ça. Comme tous les autres de son espèce. Personne n'a décidé. Ainsi, j'ai commencé à apprécier Sun Hee en écoutant ce que Ryu me disait d'elle. En découvrant ce qu'elle était réellement, elle, et pas ce qu'elle représentait. Une femme faite pour lui, en tout cas, et j'en suis ravi. Elle doit être adorable...Et en tant que frère de coeur, elle serait un peu ma belle-soeur, alors j'espère bien qu'il compte me la présenter avant le mariage. Maintenant que je suis parvenu à annihiler mes sentiments, et qu'une autre personne commence peu à peu à le remplacer dans ce rôle-là, je me sens capable d'aimer Sun Hee comme une soeur, et d'être sincèrement heureux pour eux. Je pourrais lui dire de prendre soin de Ryu, et qu'elle pourra venir crécher chez moi quand elle en aura marre de son imbécile de mari.
Même si je savais qu'il y a cinq ans, il aurait suffit que je lui demande une dernière fois de ne pas partir, pour qu'on soit ensemble, aujourd'hui. Pourtant, je me dis que nous avons fait le bon choix, tout les deux, malgré mon once de regret. Ça n'aurait pas fonctionné. Parce que j'étais humain, et pas lui.

Et ça, c'est le seul et unique secret que je cache à Ryu. La seule chose que je ne peux pas lui avouer. Par contre, pour sa nature...J'ai bien l'intention de le mettre devant le fait accompli. Autant pour moi que pour lui. Il n'aura plus à être mal à l'aise devant moi, quand il comprendra que je suis en mesure de faire la part des choses, et que je l'accepte dans son entièreté. Comme il est.

« Je pense… Que je vais me poser maintenant. Je vais arrêter d’aller et venir n’importe où, et vraiment m’installer à Séoul. Pour de bon… »

Je garde le silence, accusant le coup. Réellement ? Mais...Est-il réellement heureux de ce choix ? Cependant...Si ça lui convient, je n'ai rien à redire. Surtout que je sens comme des feux d'artifices qui explosent en moi.

« Heureux ? Tu vas me supporter touuuute ta vie ! »

J'éclate de rire, alors qu'il me pousse légèrement. Si je suis heureux ? Évidemment ! J'allais pouvoir profiter de ses sales blagues plus d'une fois par an. Se voir presque toutes les semaines...Je ne peux pas espérer plus grand bonheur.

« Ça me va ! Je prends la responsabilité d'écouter tes bêtises pour le restant de mes jours. »

Je me gare enfin, alors que nous sommes arrivés. Pour commencer, on avait prévu de faire une filature. Lui comme moi, grâce à nos boulots respectifs, nous avions l'habitude d'attendre pendant des heures et des heures au même endroit, appareils photos en main. Mais c'est la première fois que nous en faisions une ensemble, et quelque chose me dit que les heures passeront bien plus vite :

« C'est cette baraque-là. On va bien voir si notre homme se montre. »

Je sors mon appareil photo, bien moins performant que celui de mon meilleur ami. La seule chose qui m'intéresse, c'était d'avoir un bon zoom pour photographier le visage de mon suspect. Lui par contre, ses photos doivent être parfaites. La voiture est bien planquée, nous aussi, nous n'avions plus qu'à attendre. Et je ne résiste pas, au bout d'une demi-heure de calme, finit par souffler :

« Au fait, Ryu...J'ai plusieurs choses à te dire. »


Ton gêne, pour commencer. Mais d'abord...Avant de le tester, j'ai besoin de ses conseils. De le mettre vraiment dans sn rôle de meilleur ami :

« Tu vas pas me croire mais...J'ai rencontré une fille et...Elle me plait. Elle me plait beaucoup, je veux dire...C'est une amie à la base mais un soir, je l'ai hébergé, elle a dormi avec mes vêtements, dans mon lit...Et je l'ai même embrassé. »

Il est temps que je lui parle d'Ha Neul. Après tout ce temps passé en célibataire, jusqu'ici, il ne m'a entendu parler que d'un seule copain, avec qui ça avait durer une année, avant la rupture. Mais jamais de fille...Puisque je suis gay.
Je m'achève moi-même, lui laissant une occasion en plus de se foutre de ma gueule :

« Et....C'est une lycéenne. »

Bien sûr, il sait parfaitement que c'est une majeur. Jamais je ne toucherais à une mineur, tout de même. Mais elle avait quatre ans de moins que moi dans tous le cas.
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« Invité » Invité
MessageSujet: Re: "I've been away so long?!"    Lun 7 Oct - 18:48

« C'est cette baraque-là. On va bien voir si notre homme se montre. »

Je suis son regard, tombant sur une de ces maisons banales comme on peut en voir des centaines à Séoul. Qui se douterait de l’individu qui y habite ? Est-ce que ses voisins se doutent de ce qu’il fait en dehors de ses heures de travail, ou ce qu’il cache derrière son sourire ? Ce genre de personne devrait être exposé sur une place publique en guise d’exemple – de mauvais exemple.
Je soupire, prêt à passer des heures interminables caché dans cette voiture et sort mes affaires. C’est-à-dire mon carnet de note, et mon appareil photo. C’est une de ces affaires où je dois tout faire moi-même. Parfois, j’ai un photographe, ou un caméraman pour m’accompagner et se charger de ces détails pendant que je m’occupe du reportage « écrit », mais là… Non. Je dois me débrouiller tout seul, comme un grand. Pourtant, il y a quelque chose de différent aujourd’hui.

Je suis avec Kyu Jung. On travaille ensemble, on va passer la journée ensemble et ça, ça vaut tout l’or du monde. Même si c’est pour surveiller un malade. Ce même genre de malade qui a fait du mal à la personne qui se trouve près de moi en ce moment.

Je souffle, jetant un regard vers Kyu qui reste silencieux. Est-ce qu’il y pense encore parfois ? J’espère que non. J’aimerai pouvoir ôter tous ces souvenirs douloureux, les remplacer par des moments plus doux. Mais je me doute que travailler dans ce genre d’affaire ne doit pas l’aider à oublier. A passer au-dessus, à se venger, certes, mais pas à oublier. Si je pouvais, je l’enfermerais dans une bulle de savon extensible et je le garderais en sécurité contre moi, pour toujours. Et toujours, c’est terriblement long.
Finalement, c’est lui qui rompt le silence au bout d’un moment, en chuchotant qu’il a beaucoup de choses à m’apprendre. J’arque un sourcil, lâchant des yeux la demeure que l’on surveille et le regarde. Il a l’air nerveux, ce qui me fait légèrement douter sur ce qu’il pourrait bien avoir à me dire.

« Qu’est-ce que t’as fait encore ? » marmonne-je avec un rictus amusé.

Il semble réfléchir pendant quelques minutes, me laissant largement le temps de me poser des questions. Ce ne doit pas être grave, sinon je le saurais. Je l’aurai senti, et il me l’aurait dit aussitôt. Alors quoi, qu’est-ce que tu me caches Kyu ?

« Tu vas pas me croire mais...J'ai rencontré une fille et...Elle me plait. Elle me plait beaucoup, je veux dire...C'est une amie à la base mais un soir, je l'ai hébergé, elle a dormi avec mes vêtements, dans mon lit...Et je l'ai même embrassé. »

Je reste figé, les yeux écarquillés. Je me suis immobilisé dès qu’il a prononcé le mot fille. Je suis sans voix. Littéralement. La bouche grande ouverte, mais aucun son n’a la force d’en sortir. Si j’étais debout, alors je serais surement tombé. Dire que je suis choqué serait un euphémisme, c’est clair. J’ai du mal entendre. Il a ajouté quoi ? Elle me plait ? Lui plait ? Une fille ? Il l’a embrassé. Qui ça ? La fille ? Mais… C’est une fille.

« Mais… Attends… T’ES PAS GAY ? »

Ok, Ahn Ryu Jeong, ceci est une réaction tout à fait mature et calme. Comme d’habitude.

« Je veux dire… Tu sais. Les mecs, les vrais. Plein de sueur au-dessus de toi, avec ce qu’il faut entre les jambes. Gay quoi. Non ? Plus maintenant ? » tente-je en passant une main dans mes cheveux.

Alors ça, oui, c’est une nouvelle à laquelle je ne m’attendais pas. Il m’aurait parlé d’une de ses conquêtes masculines, disant qu’il en est tombé éperdument amoureux et qu’il compte lui faire des enfants, j’aurais certainement été moins surpris. Même en sachant le mal qu’a mon cadet à s’attacher. Mais qu’il m’avoue qu’il est intéressé par une fille, une fille… Ce qu’il évitait comme la peste lorsque nous étions adolescents. Ça non, je ne l’ai pas vu venir.

Qu’est-ce qu’il s’est passé ?

Je ne le quitte pas des yeux, guettant ses expressions comme s’il allait soudainement me dire que tout ceci n’est qu’une blague. Que jamais il ne s’approcherait d’une femme. Pourtant, il a beau avoir l’air embêté, il n’en reste pas moins sérieux. Ses traits sont tendus, mais pas troublés par son sourire habituel. C’est donc vrai. Il ne ment pas.

Oh mon dieu.

« Et....C'est une lycéenne.
- Oh ! Rien que ça. » lâche-je dans un souffle.

Même si je me doute bien qu’il ne s’agit pas d’une mineure, puisque Kyu n’aurait même pas eu à l’idée de poser les yeux sur l’une d’elles. On aura tout vu. Une lycéenne, une adolescente donc, a réussi à faire virer de bord mon meilleur ami. Comment est-ce que c’est possible ?

« … Je suis parti si longtemps ?! » m’exclame-je.

Mais d’un coup, je me rends compte de la situation. Choi Kyu Jung, mon meilleur ami qui ne jurait que par son homosexualité… A craqué sur une lycéenne. Une de celles qui le dégoutait. Et ça, honnêtement, c’est drôle. Tellement drôle que j’éclate de rire, me frappant presque la tête contre la vitre de la portière. Je me tiens les côtes, ne pouvant m’arrêter de rire. Ah ça, oui. C’est la chose la plus drôle à laquelle j’ai dû faire face concernant Kyu. Il ne cessera donc jamais de me surprendre ? D’un revers de manche, je m’essuie les yeux dont des larmes, dues à mon fou rire, avaient coulé. J’essaie vainement de me calmer, mais à chaque fois que j’y pense, une montage de vannes en tout genre me vient à l’esprit.

Ah Kyu… Pourquoi tu me fais ça ?  

« Elle doit avoir de bons arguments. » dis-je en le lorgnant du coin de l’œil.
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MessageSujet: Re: "I've been away so long?!"    Lun 7 Oct - 20:58

Je garde le silence tout d'abord, observant mon meilleur ami, la bouche grande ouverte. C'est bien la première fois que je le vois avec une telle expression, mais je ne suis pas surpris. Le temps qu'il s'en remette, je surveille la maison de notre suspect du coin de l'oeil, on se sait jamais. Finalement, mon attention est détournée, lorsqu'enfin Ryu parvint à formuler la première phrase :

« Mais… Attends… T’ES PAS GAY ? »

Je ne vois pas vraiment à quoi je m'attendais d'autre. Ceci dit, impossible de lui en vouloir, vu quel point il sait que je suis gay, depuis que nous nous connaissons. Ça doit être perturbant. Il reprend son calme et passe une main dans sa chevelure :

« Je veux dire… Tu sais. Les mecs, les vrais. Plein de sueur au-dessus de toi, avec ce qu’il faut entre les jambes. Gay quoi. Non ? Plus maintenant ? »

Je retiens un sourire en entendant sa façon de penser. Ryu Jeong, tu es toujours aussi amusant :

« Je suis gay, y'a pas photo. Les filles me dégoûtent physiquement, ça ça change pas. »

Parce que sinon, j'avais des amies féminines aussi, aucun problème. Ne serait-ce que ma merveilleuse pâtissière ou mon adorable petit mannequin. Bon....J'admets que je ne ne suis pas si tactile que ça, avec elles. On s'entend bien quoi, sans plus....Mon seul problème c'est que l'idée de toucher le corps d'une femme ou désirer une fille me répugne. C'est comme ça.

« C'est juste qu'avec elle...C'est différent. J'aime les hommes, mais chez les femmes, il n'y a qu'elle. »

Finalement, elle m'a rendu plus accro que ce que je pensais.

« … Je suis parti si longtemps ?! » s'exclame-t-il.

Je ne prends pas le temps de répondre que déjà, sans prévenir, il éclate de rire. Ryu se tient presque les côtes, évitant de justesse de se cogner la tête à la vitre de la portière. J'ai toujours aimé son rire, c'est vrai, mais aujourd'hui, j'esquisse un sourire sarcastique en crispant la mâchoire, alors qu'il se met carrément à pleurer, s'étouffant presque en se marrant.

Saleté.

Il essuie doucement ses larmes avec sa manche, avant de m'observer. Ryu me jette un regard en soufflant :

« Elle doit avoir de bons arguments. »

Je lève les yeux au ciel. Je n'arrive même pas à être vexé, c'est dingue. Lentement, j'arque un sourcil en l'observant, avant de répondre d'un ton neutre :

« Elle est très belle, c'est sûr, avec de beaux yeux et des cheveux magnifiques, et elle a un joli corps. Même si c'est pas vraiment ce qui me fait le plus réagir à la base. »

Je baisse les yeux un instant en essayant de me souvenir quand est-ce que je me suis rendu compte qu'elle me troublait, avant de lancer :

« Au départ, elle m'a grillé sur une affaire et m'a fait du chantage. Finalement, ça s'est révélé plus utile que prévu, et le suspect que je soupçonnais d'adultère et détournement de mineur était prof de mathématiques dans son lycée. »

Je le sens gros comme une maison qu'il va se foutre de moi en apprenant la suite, mais soyons honnête jusqu'au bout :

« ...Donc, je suis allé voir le proviseur et je me suis fait passé pour un lycéen. Avec l’uniforme, oui oui. Je m'étais même reteint les cheveux en noir pendant une semaine, t'as raté ça. »

Je poursuis, même si ce fourbe est mort de rire. Bon....Faut dire qu'à 22 ans, un détective d'1m84 qui réussit à passer ni vu ni connu dans un lycée c'est pas ce qu'il y a de plus glorieux...Si je l'entends seulement souffler le mot "cosplay" je le renie. Ce pourquoi je le menace pour la forme, même si je ne mettrais pas mon plan à exécution :

« Ahn Ryu Jeong, continue de te marrer et je te promets que je t'arrache les dents en passant ma main par ton oreille. Bon...Ensuite, on a passé la semaine ensemble et elle m'a vraiment aidé. Finalement, j'ai appris dans le tas que c'était une vrai mangeuse d'homme, tu vois le genre. Sauf que je sais pas...Y'a quelque chose. Elle est différente.»

Je passe une main dans ma chevelure en y repensant. Ha Neul faisait souvent la forte, mais parfois, elle me donne l'impression qu'elle risque de s'écrouler à tout instant :

« ...Il y a une solitude autour d'elle qui fait que j'arrive pas à m'en détacher. On se ressemble. Et une fois, par un concours de circonstances, elle s'est retrouvée dans mes bras...Et ça ne m'a pas déplu. C'est pareil pour ce baiser. Est-ce que tu sais qu'elle a dormi dans ma chambre ce soir-là ? Elle m'a vue menacé un pédophile avec un couteau, elle est entrée dans ma chambre et elle a répondu à mon baiser. Ma chambre qui contient suffisamment d'armes pour éradiquer une île toute entière. Mon propre colocataire s'est enfui dans la cuisine quand il a vu mon pistolet. Elle n'est pas normale cette fille, et c'est pour ça qu'elle me plait. J'arrête pas d'y repenser. Du coup je ne sais plus vraiment où j'en suis.»

En plus....C'est la première personne qui a su me faire penser à quelqu'un d'autre que toi. C'est quelque chose quand même.


J'observe Ryu quelques secondes, vérifiant qu'il ait arrêté de rire, même s'il semble avoir du mal, et lance avec un sourire, un peu amusé malgré tout. Après tout, je suis incapable de lui en vouloir :

« Dis donc toi...Ton meilleur ami est en proie au doute et tout ce que tu trouves à faire c'est pleurer de rire ? Bien, la solidarité ici. »
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MessageSujet: Re: "I've been away so long?!"    Jeu 24 Oct - 15:15

« Elle est très belle, c'est sûr, avec de beaux yeux et des cheveux magnifiques, et elle a un joli corps. Même si c'est pas vraiment ce qui me fait le plus réagir à la base. »

Evidemment que ce n'est pas ce qui l'a fait réagir à la base. Il n'aime pas le physique féminin, et ce depuis que nous sommes au collège, probablement. Il  n'a même pas dû poser ses yeux sur elle avec le même intérêt qu'il détaillerait un homme. Il a beau dire, ça reste tout de même incroyable... Même pour moi, qui de la part de Kyu, m'attendait à tout.
Je veux dire... Je me souviens parfaitement du jour où il s'est enfin décidé à me l'annoncer. Comme si je ne l'avais pas remarqué plus tôt. Comme si je ne le connaissais pas par coeur. J'avais déjà remarqué que son attitude en présence des filles de sa classe avait quelque chose de différent. Il n'agissait plus comme moi, à essayer de les âpater pour les séduire d'une quelconque façon, ou s'il le faisait, ça donnait seulement l'impression d'un jeu de rôle qu'il s'était forcé de jouer. Il peut mentir à n'importe qui, faire semblant devant n'importe qui. Mais pas moi. Et puis, c'est son regard qui a commencé à se modifier légèrement. Il devenait plus intense lorsqu'il se posait sur ses camarades masculins. Il paraissait les observer avec plus d'insistance, avec cette même envie que moi-même j'avais lorsque je regardais l'une de ces filles qui me courait après. Je ne sais pas ce qui m'a fait douter. Parce qu'au fond, son comportement aurait pu passer inaperçu, comme normal. Mais non, bien avant qu'il ne me le dise, tremblant et nerveux à l'idée que je le rejette -Ou je ne sais quelle autre bêtise- je savais que Kyu Jung était gay. Je l'ai peut être même su avant lui finalement.

« Au départ, elle m'a grillé sur une affaire et m'a fait du chantage. Finalement, ça s'est révélé plus utile que prévu, et le suspect que je soupçonnais d'adultère et détournement de mineur était prof de mathématiques dans son lycée. »

Je me tourne vers lui afin de l'observer pendant qu'il me raconte leur première rencontre. J'ai arrêté de rire, même si un rictus amusé orne mes lèvres. Il a l'air pensif, quelque peu perdu alors qu'il doit revivre la scène sous mes yeux. Je veux comprendre. Du moins, essayer de comprendre ce qu'il s'est passé pour que mon meilleur ami, ne passe de l'autre côté pour rejoindre les bras d'une lycéenne, aussi jolie soit-elle.

« ...Donc, je suis allé voir le proviseur et je me suis fait passé pour un lycéen. Avec l’uniforme, oui oui. Je m'étais même reteint les cheveux en noir pendant une semaine, t'as raté ça. »

Evidemment que je ris. Je faisais un effort, mais il a tout foutu en l'air en me rappelant l'air idiot qu'il devait avoir dans cet uniforme. Qui a osé le croire? Il a vingt-deux ans, mais en fait tout de même plus de visage et de taille. Du moins, maintenant. Après tant d'absence, je dois reconnaitre que Kyu a mûrit. Il pourrait bien être aussi beau que moi, maintenant. Je ne suis pas si étonné qu'il ait fait craquer une lycéenne finalement, il a même dû avoir l'embarras du choix.

J'ouvre la bouche, prêt à répliquer en me moquant gentiment, mais il me devance avec un regard noir:

« Ahn Ryu Jeong, continue de te marrer et je te promets que je t'arrache les dents en passant ma main par ton oreille »

Je me tais, faisant la moue.

« On ne peut même plus rire. » Souffle-je en me renfrognant.

Il m'ignore, continuant son récit. Ce qui me pousse à m'intéresser davantage à ce qu'il a à dire. S'il ne réplique pas, c'est qu'il est sérieux. Et ce geste banal de passer sa main dans sa chevelure bonbon, me le confirme. Il est sérieux. Et nerveux à l'idée que je ne réagisse pas bien.

« Bon...Ensuite, on a passé la semaine ensemble et elle m'a vraiment aidé. Finalement, j'ai appris dans le tas que c'était une vrai mangeuse d'homme, tu vois le genre. Sauf que je sais pas...Y'a quelque chose. Elle est différente. Il y a une solitude autour d'elle qui fait que j'arrive pas à m'en détacher. On se ressemble. Et une fois, par un concours de circonstances, elle s'est retrouvée dans mes bras...Et ça ne m'a pas déplu. C'est pareil pour ce baiser. Est-ce que tu sais qu'elle a dormi dans ma chambre ce soir-là ? Elle m'a vue menacé un pédophile avec un couteau, elle est entrée dans ma chambre et elle a répondu à mon baiser. Ma chambre qui contient suffisamment d'armes pour éradiquer une île toute entière. Mon propre colocataire s'est enfui dans la cuisine quand il a vu mon  pistolet. Elle n'est pas normale cette fille, et c'est pour ça qu'elle me plait. J'arrête pas d'y repenser. Du coup je ne sais plus vraiment où j'en suis.»

C'est juste parce qu'ils ne te connaissent pas aussi bien que moi.

Je soupire discrètement, reportant mon regard vers la demeure silencieuse. Le menton appuyé sur ma paume, je ne peux m'empêcher de penser à Sun Hee. Elle aussi est différente, assez pour me faire oublier ma quête, pour rendre mon obsession moins importante. Il m'arrive de me demander si ma vie ne serait pas mieux si je cessais tout, pour la vivre simplement à ses côtés. Elle a tout ce que je pourrais attendre d'une âme soeur, je ne vois pas en quoi des gènes pourraient y changer quoique ce soit. Elle aussi, elle a peur. Elle ne supporte pas l'attachement, trop habituée à devoir quitter les personnes qu'elle aime. Pourtant, elle m'a suivie jusqu'à Séoul. Sur ces points, la précieuse amie - petite amie?- de Kyu Jung, et elle, se ressemblent énormément. Ma fiancée est belle et donne l'impression de pouvoir porter le monde à bout de bras s'il le faut, mais je suis bien capable de voir que parfois elle faiblie. Seulement, bien qu'elle ne le montrera jamais, c'est dans ces moments qu'elle a besoin de moi.  

Alors au fond, je crois que je le comprends.

Je lui lance un regard rieur, bien que la situation ne m'amuse plus tellement.

« Dis donc toi...Ton meilleur ami est en proie au doute et tout ce que tu trouves à faire c'est pleurer de rire ? Bien, la solidarité ici. »

Idiot.

Je ne ris pas de toi. Je me moque de l'absurdité de ma réaction. J'ai peur de voir que trop de chose ont changé. De m'apercevoir que finalement, même si on parait être aussi proches que lorsque je suis parti il y a cinq ans, je ne suis plus capable de te reconnaitre. Cette perspective est effrayante. Je t'ai laissé et tu as eu le temps d'évoluer à ta façon, sans moi.

Je soupire, et sans quitter la maison des yeux, je laisse mon sourire reprendre sa place.

« Tu ne te souviens pas de ce que je t'ai dit quand tu m'as annoncé que tu préférais les hommes ? Kyu... Femme ou homme, ce n'est pas important. C'est d'une âme dont tu tombes amoureux, pas de son sexe. »

C'est la vérité. Je lui ai répété des dizaines de fois ce jour-là, m'assurant qu'il comprenait bien le sens de ces mots. Ca avait suffit à le rassurer, alors pourquoi pas aujourd'hui? Quelle ironie. C'est bien la première fois que l'on doit dire à un homme, qu'aimer une femme est possible et normal. Ca me donne de nouveau envie de rire jusqu'à en avoir mal aux côtes. Mais je me retiens, parce que je sens bien que ce n'est pas le moment.

« Peut-être que tu aimes les deux, ça arrive. Tu goûtes de tout comme ça, un champ plus ouvert, tu vois? T’es jeune, tu peux bien essayer. Au fond t'as de la chance, mon grand. » déclare-je en souriant.

Je tourne les yeux vers l’une des fenêtres de l’étage supérieur, apercevant une silhouette derrière les rideaux. Je fronce les sourcils, enlevant la protection sur mon objectif. Juste au cas où. Bien que je me doute que Kyu ne soit pas si perdu dans ses pensées pour ne pas l’avoir noté lui aussi. Rares sont ceux qui parviennent à le détourner de son travail. Si cette fille en est capable, autant qu’il l’épouse tout de suite.

M’écartant légèrement de la vitre, j’étends un peu mes jambes. Je lance un regard en coin à mon meilleur ami, essayant de deviner ce qu’il peut bien être en train de penser en ce moment. C’est bien l’une des premières fois où je n’y arrive pas complètement. C’est aussi la première fois que je ne lui dis pas ce que je ressens réellement, cette boule au ventre qui me serre doucement l’estomac.

« Tu n’as aucune raison de douter. La seule question que tu dois te poser, c’est si elle te rend heureux et si elle continuera de le faire plus tard. Et si ce n’est pas le cas, si elle – ou un autre peu importe- te fait pleurer, je n’hésiterais pas à lui faire autant de mal. Laisse faire le reste. C’est tout. » conclus-je fièrement. « Suis-je assez solidaire pour vous Détective Choi ? »

Je croise ses yeux sombres un instant, laissant nos regards s’accrocher. Puis je lui souris, en essayant autant que possible de le rassurer. Il peut faire des erreurs, que ce soit maintenant avec cette fille ou plus tard avec quelqu’un d’autre. Ca arrive à tout le monde, même aux meilleurs. Mais quoiqu’il arrive, il y aura toujours quelqu’un à ses côtés et ça, il n’y a pas de doute possible.  Et moi, contrairement à lui, je me fie à son jugement. Si cette lycéenne a retenu son attention, alors elle le mérite.

Est-ce que tu le comprends ça, Choi Kyu Jung ?

Percevant un mouvement vers la maison, je tourne vivement la tête. L’homme claque sa porte, regardant autour de lui avec un regard méfiant. Bah voyons, on n’a pas la conscience tranquille ? Récupérant mon appareil photo, je me dépêche de boucler ma ceinture de sécurité. A la différence de Kyu, qui n’a pas bougé et dont je sens le regard lourd s’écraser sur moi. Levant les yeux au ciel, je le secoue un peu par l’épaule.

« Range tes mouchoirs Kyun’ah. Va y avoir du mouvement... »
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MessageSujet: Re: "I've been away so long?!"    Lun 28 Oct - 3:46

J'observe Ryu en silence, alors que ce dernier soupire à ma dernière question. Relevant la tête, il me regarde avant de répondre.

« Tu ne te souviens pas de ce que je t'ai dit quand tu m'as annoncé que tu préférais les hommes ? Kyu... Femme ou homme, ce n'est pas important. C'est d'une âme dont tu tombes amoureux, pas de son sexe. »

Je garde le silence, répétant les mots en boucle dans ma tête. C'est vrai....Quand je suis venu le voir, il y a un peu moins d dix ans, pour lui dire que je préférais les garçons, il m'avait gentiment rassuré. Et c'était ces mots, les mêmes, qu'il avait prononcés pour me soutenir. Et pour me faire comprendre que ce n'était pas une mauvaise chose.
Et ça m'avait fait sacrément plaisir.

« Peut-être que tu aimes les deux, ça arrive. Tu goûtes de tout comme ça, un champ plus ouvert, tu vois? T’es jeune, tu peux bien essayer. Au fond t'as de la chance, mon grand. »

Les deux ? Ah oui, la bisexualité...Je n'ai pas pensé à ça, mais depuis Ha Neul, j'ai l'impression que tout est possible. Craquer pour une lycéenne, il y a deux mois, je n'y aurais pas cru, après tout...
Je me rassure un peu plus devant le sourire de Ryu, qui me détend. Il a raison, oui...Comme souvent. Depuis notre enfance, il a toujours su me guider, et je constate que ça ne change pas, même aujourd'hui.

« Tu n’as aucune raison de douter. La seule question que tu dois te poser, c’est si elle te rend heureux et si elle continuera de le faire plus tard. Et si ce n’est pas le cas, si elle – ou un autre peu importe- te fait pleurer, je n’hésiterais pas à lui faire autant de mal. Laisse faire le reste. C’est tout. Suis-je assez solidaire pour vous Détective Choi ? »

Je ne le quitte pas des yeux, alors qu'au fond, sa tirade me retourne de l'intérieur. Vraiment...Que ferais-je sans toi, Ahn Ryu Jeong ? Mes parents, mes amis pourraient bien me tourner le dos, tant que tu es là, je vais bien. Et je e sens capable de tout. A sa façon de parler, je me sens presque gonflé de fierté, comme s'il acceptait déjà Ha Neul, alors qu'elle et moi, nous n'étions encore que des amis. Surtout depuis notre dernière entrevue, où elle m'avait sous-entendu que nous ne resterions que des amis. Mais ça, je devais encore en discuter avec elle.

« Oui. Merci... »

J'esquisse un sourire, avant d’observer à nouveau Ryu. Toujours prêt à m'aider, à m’encourager. Depuis qu'on est haut comme trois pommes. Il a toujours accepté chaque facette de mon être, comme un frère protecteur, une moitié. Alors pourquoi en m'a-t-il jamais avoué sa nature ? Est-ce qu'il n'avait pas confiance en moi ? Me trouvait-il trop immature, trop jeune pour comprendre ? Avait-il seulement peur que je lui tourne le dos ? Une partie de moi comprends qu'il ait eu peur, mais l'autre se sent mal à l'aise.
S'il pensait que je ne l'accepterais pas, c'est qu'il ne me connait pas si bien que ça. Depuis un an que je suis au courant, je lui ai déjà tendue une perche ou deux - qu'il a ignoré ou simplement pas comprises. Mais maintenant, je veux savoir .Je veux comprendre, je souhaite qu'il m'explique...Et qu'il comprenne que moi aussi, je l’accepte. Que notre amitié ne marche pas que dans un sens.

Alors que je suis perdu dans mes réflexions, je ne remarque pas de suite la porte qui s'est ouverte dans la demeure que nous surveillons depuis une heure.

« Range tes mouchoirs Kyun’ah. Va y avoir du mouvement... »

Je me réveille enfin, alors que Ryu me secoua légèrement, et relève les yeux. Ces derniers se déplacent en rythme avec les pas de l'homme large et légèrement bedonnant qui sort de l'immeuble. Il a une certaine carrure cependant, suffisante pour immobilisait un enfant...
Je frissonne à mes pensais malsaines, et souffle doucement. Il fallait quand même que je mettes les choses au clair, et là, seul avec Ryu, c'est le meilleur moment. Sans préavis, je lance simplement :

« Au fait, j'avais autre chose à te dire. Je sais que tu n'es pas humain, Ryu. »

Je ne le quitte pas des yeux, et observe son expression se transformer au fil des secondes, alors que l'information monte à son cerveau. Je remarque le choc de ma révélation sur son visage, puisqu'il comprend à mon regard que je ne plaisante pas. Cependant, faussement agacé, je lève les yeux au ciel en soupirant :

« Ryu, j'ai été promu inspecteur à la vingtaine. Tu croyais vraiment pouvoir cacher quelque chose de ce genre à un génie comme moi ? Pire...A ton meilleur ami ? Naïf, va. »

Alors que j'attache ma ceinture de sécurité, mes doigts se glissent autour du volant, et je fixe la route devant moi, avant d'inspirer :

« Autre chose. Jusqu'à il y a six mois, j'étais amoureux de toi. J'ai eu du mal à m'en rendre compte, mais finalement, c'était évident. Rassure-toi...Je veux pas pourrir tes fiançailles. J'ai une fille à séduire, maintenant, même si j'ai pas ton talent~  Maintenant que je n'ai absolument plus aucun secret pour toi, j'espère que je vais comprendre pourquoi mon meilleur ami me cache des choses si importantes sur son propre métabolisme. »

Au fond, peu de temps avant de rencontrer Ha Neul, mes sentiments avaient déjà commencé à s'adoucir. Au bout de cinq, six ans, voir plus sans que ce ne soit réciproque, j'imagine que mon amitié à de plus en plus repris le dessus. Et ça s'est confirmé le jour où j'ai rencontré cette adorable chipie qui m'a suffisamment fait tourné la tête pour me détourner des hommes.
Sauf que je n'avais pas l'intention d'en parler à Ryu. Il n'a pas à le savoir, surtout si je considère que j'ai tourné la page, mais là, c'était sorti tout seul. Comme d'habitude, tu ne maîtrise pas grand chose quand tu es à côté de lui, hein, Kyu Jung ? Il y a quelque chose de trop mystérieux dans ce lien qui nous unit. Comme s'il était ma moitié - mon frère. Un jumeau de l'âme, par exemple ? Je n'ai besoin que de sa présence. De savoir qu'il va bien. Qu'il tombe amoureux d'une femme, qu'il fasse sa vie avec, et fonde une famille, ça ne me blessera pas. S'il est heureux, et s'il continue de rire avec moi. S'il me soutient. Et s'il me conseille en amour, aussi, pourquoi pas.
Tant qu'il est là.
Je ne quitte pas notre suspect des yeux, et fronce les sourcils en le voyant se mettre dans une voiture pour commencer à la conduire. Desserrant le frein à main, mes mains se crispent un peu plus sur le volant alors que j'annonce :

« Mais on en reparlera plus tard, si tu veux bien. Contrairement à il y a cinq ans, je suis capable de comprendre, maintenant. Alors je compte sur toi pour m'expliquer tout ça quand on en aura finit avec l'autre malade. »

Je ne lui laisse pas le temps de répondre, et démarre immédiatement. La vitesse nous collent légèrement au siège, et je tente de suivre le pédophile sans se faire remarquer. Je jette un léger coup d'oeil à mon meilleur ami, qui semble être encore un peu perdu par ce que je viens de lui dire. Évidemment. Je n'ai pas choisi le meilleur moment pour les révélations, il faut admettre...J'aurai dû attendre la fin de la mission. Mais là, ça lui donnait l'obligation de s'expliquer avec moi ce soir. Pas question que je le laisse partir sans savoir. S'il a peur de ma réaction, c'est qu'il ne me connait toujours pas, malgré toutes ces années. Ryu est toujours Ryu. Humain ou pas, c'est mon meilleur ami. Mais est-ce mal de vouloir connaître le fonctionnement, les secrets et et les subtilités qui compose l'âme de la personne la plus importante du monde à mes yeux ? Je ne sais pas. Je ne pense pas, honnêtement.
Mais l'heure n'est pas aux questionnements.

Je continue de suivre notre suspect, mais il accélère peu à peu. Fronçant à nouveau les sourcils, je finis par comprendre que s'il regarde systématiquement dans son rétroviseur, c'est qu'il nous à remarqué.
Déjà ?
Il commence à slalomer entre les voitures, et je tente de le suivre, avec un peu de mal, je dois l'avouer. Sa voiture est plus petite, et étrangement, il s'en sort plutôt bien pour esquiver les files de circulation.
J'écrase l’accélérateur de mon pied, oubliant totalement le code de la route afin de réduire la distance entre l'enfoiré d'en face et notre voiture. Ryu avait tout de même prit une photo de la plaque d'immatriculation au cas où, mais pas question de le laisser filer. Je lâche un juron alors que notre suspect, de son nom Young Kiho, parvient à nous distancer au fil des minutes. A cette allure, il va nous échapper. Réfléchissant à toute vitesse, je devine la rue où nous sommes, et une idée me vint. Mais si je rate l'occasion, ce serait fichu. Je retire l'une de mes mains du volant pour ouvrir la fenêtre à ma gauche, avant de fouiller dans ma veste en soufflant :

« Ryu, tu me fais confiance ? »

Je sens son regard se poser sur moi, et un silence d'à peine une seconde s'ensuit. Je devine son soupir, jusqu'à l'entendre répondre par la positive. Évidemment. Pour peu que la situation ne soit pas si désastreuse, je me serais permis un sourire. Mais au lieu de ça, ma main gauche retrouve mon arme dans ma poche de veste, et passe mon bras par la fenêtre. Okay, alors rouler d'un bras tout en visant une voiture avec son autre bras, c'est extrêmement difficile. Et surtout, j'utilise rarement mon arme. Pourquoi ça ne peut pas être comme dans les films, avec le super flic qui vise à l'envers depuis le rétroviseur et dégomme tout le monde ?

Expirant une première fois, je tire. Je ne touche pas la voiture, mais le macadam, et étouffe une insulte entre mes lèvres, alors que la voiture accélère, et vu les légers zigzag, je comprends que notre homme panique. Me concentrant un peu plus, j'appuie sur la détente une seconde fois et perce l'un des pneus directionnel. Notre suspect perd le contrôle du véhicule et dérape violemment. Elle percute la barrière de sécurité qui apparait sur le côté, protégeant les inconscients de tomber dans la rivière Han qui se trouve juste là.

Comme prévu.

Heureusement, nous n'étions pas engagés sur le pont, mais à son entrée, de ce fait notre suspect en fuite n'est pas tombé de haut - il en serait mort.
Je freine violemment, m'excuse auprès de Ryu et défait rapidement ma ceinture de sécurité pour descendre. Il faut être rapide. Vite. Vite.
D'un même geste, je jette ma veste et mes chaussures au sol en soufflant à l'intention du journaliste à mes côtés :

« Je vais le chercher. »

Sans attendre plus longtemps, je plonge dans la rivière. Vite, sinon il va vraiment y rester. Je vois la voiture en train de sombrer, beaucoup trop vite. Mes mouvements sont difficiles à cause des vêtements, mais heureusement, la portière est ouverte. Cependant, Young Kiho semble inconscient, la ceinture de sécurité toujours attaché. Rapidement près de lui, je me bats avec cette dernière et finit par sortir un couteau que j'avais attaché à l'une des poches de ma cuisse, et sectionne la ceinture qui le retient dans le véhicule. Le manque d'air se fait sentir, et je tente difficilement de sortir l'homme de cette boite de ferraille sombrant vers le fond. J'avais visualisé toute la scène dans mon esprit dix minutes avant, mais je ne pensais pas que cette étape-là serait si difficile. Attrapant le bras de l'homme inconscient, je parvins in extremis à remontrer à la surface, et en quelques minutes, nous nous retrouvons sur la berge tous les deux ; lui étendu sur le sol, moi à quatre pattes en train de cracher mes tripes à cause de la tasse que j'ai avalé en apnée. Ryu arrive à toute vitesse près de moi, et sa main chaude de pose sur mon épaule, me calmant instantanément. Je crois l'entendre vaguement me demander si je vais bien, et vu son air inquiet, je réponds par la positive. Après avoir reprit mon souffle, je m'approche avec un regard de dégoût pour Young Kiho, et retrousse mes manches trempées. La seule raison qui me pousse à le sauver tourne en boucle dans ma tête.

S'il meurt, il ne paiera pas pour ses crimes.

J'appuie sur sa cage thoracique d'un coup sec avec mes paumes, démarrant un massage cardiaque, tout en intimant à mon meilleur ami de ne pas appeler d'ambulance. Pas tout de suite. Je veux son témoignage d'abord, même s'il doit crever après ça. Surmontant mon dégoût, je presse les narines du suspect pour bloquer le passage d'air, et pose ma bouche sur la sienne pour poursuivre les gestes de premier secours. Une fois, deux fois. Finalement, l'homme se redresse d'un coup pour se retourner sur les genoux, vomissant une quantité d'eau assez impressionnante sur le sol. Il tousse longuement, presque en pleurs à cause du resserrement de sa gorge, et retrouve son calme. Mais en relevant les yeux, et en nous voyant, Ryu et moi, il panique et se redresse maladroitement en courant, tentant de fuir.

Comme s'il pensait pouvoir m'échapper.

En deux foulées, je le rattrape et le colle à plat ventre contre un mur, d'un bras. Il se débat violemment, mais stoppe tout mouvement, raide comme une statut en sentant le canon de mon beretta contre l'arrière de son crâne.

« Bien. On va pouvoir discuter à présent. »

Les mains contre le mur, l'homme qui me fait dos serrent les poings en lançant, à moitié hésitant :

« Vos...Vos menaces ne m'effraient pas ! Un flic ne peut pas utiliser son arme sans qu'il n'y ait une menace ou un danger potentiel face à lui ! Vous...Êtes en tort du point de vue de la loi ! »

Je garde le silence, presque abasourdi par ses mots. Mais...Est-ce que je rêve ? J'ai bien entendu ? Je ricane doucement, presque choqué, et appuie un peu plus mon arme contre son crâne, murmurant à son oreille :

« Sauf que je suis pas flic. Et j'en serais pas à mon premier meurtre, avec toi. »

Il se crispe, et je l'entends doucement gémir. Il a peur ? Tant mieux. Je n'ai lâché une balle mortelle qu'une seule et unique fois, dans ma vie. Lorsque j'ai été promu inspecteur, ça n'a duré que six mois, simplement parce que la situation m'était insupportable ; j'étais si jeune que tous mes "camarades" de promotion, la plupart trentenaire, me harcelait. J'imagine qu'avoir un gamin dans leur rang, voir hiérarchiquement supérieur, devait les enrager. Outre le harcèlement moral et les moqueries, j'avais du mal avec certains aspect de la loi, injuste à mes yeux. Mais j'avais une partenaire. Nous travaillons en duo, et je m'entendais bien avec elle. Elle faisait partie des rares personnes à ne pas sans cesse me rabaisser et me voyait comme un collègue, d'égal à égal. Et vint ce jour où en pleine enquête, le suspect s'est jetée sur elle, prêt à l'égorger. Et en voyant ça, j'ai tiré. Une balle dans le torse, perforant le poumon. Il est mort de ses blessures dans l'ambulance, sur le trajet de l'hôpital. J'ai tiré pour la protéger, mais prendre la vie de quelqu'un est le pire sentiment du monde. Évidemment, Ryu n'ignore rien de tout ça. Et comme d'habitude, il ne m'a pas jugé, lorsqu'il l'a appris. Ce pourquoi je n'ai jamais eu peur de me confier à lui ; il ne me tournera pas le dos.
Finalement, la seule chose que j'avais gardé pour moi, c'était la découverte de sa différence, et mes sentiments.

Enfin, jusqu'à il y a vingt minutes.

Me concentrant sur mon suspect, je fronce les sourcils, la colère grondant dans ma gorge, alors que ses mots me reviennent en mémoire :

« Alors comme ça, je suis en tort du point de vue de la loi ? Et abuser d'enfants innocents, c'est quoi ? C'est LÉGAL peut-être ? »

Mes doigts se referment sur sa chevelure, et je le force à tourner la tête, pour qu'il puisse observer Ryu. Qu'il en profite, d'ailleurs, parce que ce sera sans doute la dernière vision plaisante qu'il aura avant de finir à l'ombre pour plusieurs années :

« Il est journaliste. Ça veut dire que s'il le décide, même si tu n'es pas jugé par un tribunal, le fait d'être suspect suffit pour que tu ais ta tête collée dans tous les journaux, les médias ne te lâcheront plus, tes voisins, ta famille et tes amis te marqueront du sceau de l’infamie, et finalement, tu vivras caché chez toi, terré comme le rat que tu es pour finir le restant de tes jours seul et sans aucune perspective d'avenir, d'affection ou d'amour. »

Je serre un peu plus sa chevelure entre mes doigts, et tire dessus pour dévoiler la gorge de mon suspect, le voyant déglutir :

« L'autre option, c'est que je te défigure. J'aurais aucune pitié pour un salaud dans ton genre. Alors maintenant, avant que je ne deviennes vraiment violent, je te conseille de cracher tout ce que tu sais. Où sont les enfants ? Où sont-il ?. »

Il oppose encore une légère résistance, et j'enfonce mon arme contre sa nuque, avant de desserrer le cran de sécurité. Le bruit de l'arme le fait frémir, et sans aucun fierté, il finit par lâcher en tremblant :

« C...Chez moi...Ils sont chez moi...J'ai une trappe sous le tapis du salon...Il mène à un sous-sol...Je peux les attacher comme ça... »

Ma respiration s’accélère, et la colère m'étouffe puissamment, alors que je demande :

« Tu les as touchés...? »

Il gémit doucement en secouant la tête, et ma colère monte d'un cran :

« Tu les as touchés ? Est-ce que tu t'imagines seulement à quel point tu les as marqué à vie ? Tu le sais ?! »

Ses poings se referment contre le mur, et Young Kiho commence à pleurer, les bras tremblant. Je l'observe une seconde sans comprendre, et lance un regard à Ryu. Il n'a pas l'air non plus de saisir le comportement de notre suspect, jusqu'à ce que ce dernier avoue :

« Bien sûr que je le sais...Mon...Père à abusé de moi le jour de mon dixième anniversaire. »

Quelque chose se brise.

Pendant un instant, j'écarquille les yeux, alors que mon bras retombe lourdement contre ma hanche, ne retenant plus du tout l'homme en face de moi. Ce dernier n'esquisse aucun geste pour s'enfuir, chouinant contre son mur, alors que mon arme tombe au sol. Est-ce que c'est...C'est une blague ?
Cet homme est une ancienne victime de viol ?
Dans les analyses de profilage, il est très souvent arrivé que des prédateurs sexuels reproduisent le même schéma que ce qu'ils ont pu vivre dans leur enfance. Mentalement instables à cause du traumatisme, ou simplement l'excitation que ce dernier représente. Le rapport de dominé à dominant. Le syndrome de Stockholm, aussi. Mais c'est la première fois que j'ai un taré de ce genre en face de moi.
Et ça me fait péter les plombs. Attrapant l'arrière de son crâne, sans me contrôler une seconde, je le frappe avec violence contre le mur en face de lui. Il rebondit presque dessus, et tombe au sol, en arrière, tout en se tenant le front en sang. Sans m'en soucier, j'attrape son col, debout en penché en avant, pour le saisir vers le haut :

« On t'a fait vivre des horreurs....Que tu n'oublieras jamais...Qui te hanteront toutes les nuits, dès que tu fermeras les yeux. Tu verras toujours le visage de ce malade penché au-dessus de toi, sans que tu puisses te débattre, avec cette sensation d'étouffement, de noir et de solitude, avec personne pour te sauver de cet enfer....Et toi...Et toi, tu oses faire subir la même chose à des enfants ? PUTAIN D'ENFOIRÉ ! »

Le premier coup de poing atterrit contre sa mâchoire. Le second entaille le coin de sa lèvre, alors qu'une rage indescriptible me vrille les entrailles, comme un besoin urgent de me défouler, là, tout de suite. Et peu importe que la peau de mes phalanges se râpent contre les os durs de sa mâchoire. Son coeur pourrait cesser de battre sous mes coups, je crois que ça ne me toucherait absolument pas. Et une partie de moi en a peur, la partie censée, raisonnée, calme. Elle me demande de me reprendre, et de me calmer. Mais elle n'a pas suffisamment d'impact pour m'arrêter, là, tout de suite.

Ryu, par contre, si.

Alors que mon poing allait rencontrer son visage pour la troisième fois, mon bras est stoppé en plein élan, par une force assez conséquente. Je tourne la tête, jetant un regard noir à Ryu qui retient mon poignet en m'observant, toujours calme. Il sait parfaitement que ce n'est pas à lui qu'est destiné ma haine. Jamais je ne le regarderais de cette façon. Ce n'est pas lui, c'est tout les enfoirés de la même espèce que le sale type qui gît à mes pieds en gémissant. Mais pourquoi Ryu m'arrête ? La petite partie censée en moi le sait. Mais mon coeur ne le comprend pas. Si ça se trouve, Young Kiho avait abusé d'un enfant, là, dans sa cave à quelques mètres de nous, alors que nous discutions comme si de rien n'était devant sa maison.

Et si c'est le cas, jamais je ne me le pardonnerais.

Je me redresse légèrement, lâchant le col du coupable, avant de regarder mon poignet entravé, puis Ryu. Une phrase, une seule, franchit le seuil de mes lèvres :

« Lâche-moi. »
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« Invité » Invité
MessageSujet: Re: "I've been away so long?!"    Lun 28 Oct - 18:41

Je m’attendais à tout. Vraiment à tout. De la part de Kyu Jung, je m’attends toujours à tout d’ailleurs. Mais ça non. Je ne l’ai pas vu venir. Une phrase, une seule. Qui a réussi à passer la barrière de ses lèvres avec une facilité déconcertante.

« Au fait, j'avais autre chose à te dire. Je sais que tu n'es pas humain, Ryu. »

Mon cœur prend un coup, si puissant qu’il en arrête les battements durant de longues secondes. Je peine à reprendre mon souffle, les doigts soudainement crispés sur la poignée accrochée à la portière. J’en oublie de garder ce sourire en coin habituel. Je sens à l’expression tordue que la peur se lit sur mon visage.

« Regarde-toi Ryu Jeong. Tu n’es pas humain. Tu es un monstre. »

Tu n’es pas humain. Combien de fois l’ai-je entendu en dix ans ? Comme un disque rayé qui se répétait sans cesse. J’étais si jeune à l’époque, ça me semblait tout à fait normal d’entendre de tels mots de leur bouche. Après tout, je l’étais mais pas eux. Je me suis souvent demandé pourquoi d’ailleurs, pourquoi des personnes aussi banales et humaines que mes parents avaient engendré quelqu’un comme moi. Je devais avoir douze ou treize ans quand j’ai compris que non, ce n’était pas normal de me traiter de cette façon sous prétexte que j’étais différent. Il me suffisait de sauter le petit muret pour m’en rendre compte. Mon voisin aussi, était comme moi… Pourtant, ses parents l’aimaient. Alors que les miens ne me regardaient même plus.

Alors l’entendre de sa bouche… J’ai juste l’impression de vivre un véritable cauchemar. Je dois juste mal comprendre. Ça doit être ça.

«  - Qu’est-ce que tu racontes ?
- Ryu, j'ai été promu inspecteur à la vingtaine. Tu croyais vraiment pouvoir cacher quelque chose de ce genre à un génie comme moi ? Pire...A ton meilleur ami ? Naïf, va. »

J’écarquille les yeux, alors qu’il s’empare doucement du volant. Si je pensais lui cacher ? Non. Il n’a rien compris. Je n’ai jamais essayé de lui mentir, ou de lui dissimuler quoique ce soit. Il y’avait des preuves tout autour de moi que j’aurais pu aisément enlever si je l’avais voulu. Seulement, je ne l’ai pas fait. Il a fallu qu’il soit promu inspecteur pour s’en rendre compte ? Ce n’est pas moi le naïf. Non.

« Autre chose. »

Laisse mon cœur se reposer, ne serait-ce que cinq minutes, s’il te plait…

« Jusqu'à il y a six mois, j'étais amoureux de toi. J'ai eu du mal à m'en rendre compte, mais finalement, c'était évident. Rassure-toi...Je veux pas pourrir tes fiançailles. J'ai une fille à séduire, maintenant, même si j'ai pas ton talent~  Maintenant que je n'ai absolument plus aucun secret pour toi, j'espère que je vais comprendre pourquoi mon meilleur ami me cache des choses si importantes sur son propre métabolisme. »

Cette fois la peur laisse sa place à un sentiment que je n’avais plus ressenti avec tant de force depuis un moment. La dernière fois aussi, devait être à cause de lui d’ailleurs, lorsque je l’ai retrouvé dans un lit d’hôpital. L’impuissance. Une colère qui commence doucement à gronder dans ma poitrine alors que je prends conscience du poids de ses mots. Je le savais, je l’ai toujours su. Mais comme pour mes gènes, je n’ai rien dit. Ça valait mieux comme ça. Je ne voulais pas l’entendre. Je ne voulais pas savoir qu’encore une fois, j’étais passé à côté d’une partie de ma vie parce que je ne suis pas humain. Combien de fois il m’a fait souhaiter que je ne sois pas un twao en manque de charge toutes les cinq heures ? Si je ne l’avis pas été, ça aurait différent. Je n’ai pas besoin qu’on me le rappelle.

Je me renfrogne dans mon siège, ne répondant rien. Il n’a pas besoin que je dise quoique ce soit de toute façon. Pas maintenant en tout cas. Ce serait pour quoi de toute façon ? Pour lui dire que je suis heureux ainsi. Que je suis fou amoureux de Sun Hee, et que je veux faire ma vie avec elle, quoiqu’il arrive ? Je veux lui offrir le mariage le plus beau jamais vu, lui faire des enfants, et mourir dans une de ces grandes maisons traditionnelles au jardin immense ? C’est la femme de ma vie, au même titre que lui est la moitié qui me complète depuis l’enfance. Je ne le laisserai pas, jamais. Le seul qui pourrait me repousser, c’est lui.

Je serais toujours là. C’est ce qui compte non ?

« Mais on en reparlera plus tard, si tu veux bien. Contrairement à il y a cinq ans, je suis capable de comprendre, maintenant. Alors je compte sur toi pour m'expliquer tout ça quand on en aura finit avec l'autre malade. »

Il desserre le frein à main, tournant légèrement le volant dans un crissement de pneu. Mon regard se perd sur la voiture devant nous. Il démarre, et mes pensées s’égarent un instant. La vitesse me serre les tripes, comme si je n’avais pas suffisamment envie de vomir. Je sais que je vais devoir m’expliquer, cette fois je n’y couperais pas. Aussi, je suis presque soulagé d’avoir à travailler. Ça me laisse un peu de répit pour y réfléchir calmement. A ce que je vais lui dire, à comment je vais lui expliquer ça.

Je remarque que Kyu a commencé à slalomer difficilement entre les voitures, accélérant toujours un peu plus. Il nous a remarqué alors ? Je jette un regard rapide dans la voiture qui nous devance, et en déduit que oui alors que je croise les yeux aussi paniqués qu’énervés de son propriétaire. Ca ne va pas aidé Kyu à se calmer, ça c’est sûr. Je referme mes doigts sur ma ceinture de sécurité, sans quitter la route des yeux. Même si on le perd, on pourra toujours le retrouver avec la plaque que j’ai photographiée un peu plus tôt. Mais ça ne semble pas satisfaire mon meilleur ami qui s’entête à vouloir le rattraper. Dans d’autres circonstances, je me serais surement jeté par la fenêtre depuis longtemps. Seulement, j’ai une confiance presque aveugle en l’homme qui tient le volant. Il pourrait bien se mettre à tirer avec l’aide de son arme, ça ne me ferait même pas ciller.

« Ryu, tu me fais confiance ? »

… Mais ce n’est pas une raison pour le faire.

« Evidemment… » souffle-je tout de même.

C’est donc sans surprise que je le vois sortir son arme. J’inspire doucement, laissant mes yeux voyager entre la route et le bras tendu de mon cadet. Le premier essai est un échec, et probablement que si nous n’étions pas dans une telle situation, je me serais moqué de lui. Seulement, l’envie me manque légèrement. Je tends les mains vers le volant pour l’aider à conduire et qu’il puisse se concentrer sur ce qu’il fait. Manquerait plus qu’il tire sur un innocent tiens.  

« Respire et recommence. » murmure-je doucement en guidant la voiture un peu plus près.

Il hoche la tête en réponse, et reprend sa cible en vision. Il se concentre alors que je retiens mon souffle. Il n’y aura surement pas d’autre chance. La deuxième fois est la bonne puisque la balle part se loger directement dans le pneu directionnel. La voiture part violemment heurter la barrière de sécurité, et j’ouvre de grands yeux en la regardant  faire un vol plané par-dessus. Le cœur battant à tout rompre contre mes côtes, j’entends à peine Kyu qui s’excuse en freinant brusquement à quelque mètre de la barrière qui ne ressemble plus à grand-chose.

Je vais me faire tuer par mon patron. Je le sens.

Kyu me sort de ma torpeur en claquant la portière. Réagissant rapidement, je sors à mon tour, n’oubliant pas d’emporter mon appareil photo. Autant faire le travail jusqu’au bout. Et alors que je prends la dite-barrière en photo, j’aperçois du coin de l’œil mon ami jeter sa veste et ses chaussures sur le bas-côté.

« Je vais le chercher.
- Fais attention.» marmonne-je en sachant pertinemment que le retenir ne servirait à rien.

Je reste immobile, comptant difficilement les secondes avant qu’il ne sorte de la rivière. Sur le qui-vive, je me sens prêt à aller le récupérer si besoin est. Bien qu’il fasse une vingtaine de centimètre de plus que moi et que si quelqu’un doit se noyer, il y a plus de chance que ce soit moi. J’arrête brièvement de respirer, les poings serrés sur le fer froid de la barrière. Je ne quitte pas la scène des yeux. Dépêche. S’il te plait.
Le soulagement implose dans mon cœur alors que j’aperçois sa chevelure bonbon remonter à la surface, trainant le corps inerte de l’homme derrière lui. Sans réfléchir davantage, je saute au-dessus de la barrière et me précipite vers eux, alors que Kyu se retrouve à quatre pattes, inspirant difficilement. Arrivant à sa hauteur, je me jette à genoux à côté de lui, le retenant par les épaules pendant qu’il tousse. Son corps trempé est tremblant, ce qui ne me rassure en rien. Evidemment, plonger dans une rivière glacée en plein mois d’avril…

« Ca va aller Kyun’ah ? » lui demande-je en passant une main dans ses cheveux roses.

Sa réponse ne me rassure pas tant que ça, mais puisqu’il se redresse en retroussant ses manches, j’en déduits que oui. Pour le moment, il va bien.

« Laisse, je vais le faire… »

Mais il ne m’écoute pas. Penché sur le corps étendu, il appuie sur la cage thoracique à l’aide de ses paumes. Je fronce les sourcils, le regardant faire en silence. Je sais très bien pourquoi il tient à le faire. Ce n’est pas seulement une affaire comme les autres, c’est bien plus personnel. Il veut s’assurer qu’il ne lui échappera pas aussi bêtement. Car s'il meurt, il ne paiera pas pour ses crimes. Mais ça me dégoute autant que mon cadet de voir qu’il prend énormément sur lui pour lui sauver la vie, allant jusqu’à exercer un bouche à bouche pour lui redonner un souffle d’air. Si ça ne tenait qu’à moi, je le laisserai se vider les poumons sur cette berge, sans même essayer de l’empêcher de rejoindre un enfer brulant et douloureux.

Finalement, l'homme finit par se redresser vivement, crachant l’eau qu’il a ingurgitée. Je l’observe d’un œil critique avant de m’en désintéresser et me tourner vers mon meilleur ami qui s’essuie la bouche d’un geste empli de dégoût. D’un regard, je lui fais comprendre qu’il a bien fait. Quoiqu’il en pense. Seulement cette seconde d’inattention suffit au suspect pour se relever sur ses jambes molles, et s’enfuir. Du moins essayer. Puisque les réflexes de mon cadet sont aussi bons que mon sens de l’observation. En deux temps trois mouvements, il l’a rattrapé et plaqué contre le premier mur croisé. Je les rattrape une seconde plus tard, ayant tout juste le temps de voir les mouvements secs de l’homme cesser alors que le canon de l’arme se retrouve sur l’arrière de son crâne.

Il est foutu. Ca y’est. Je n’ai pas besoin d’être devin pour savoir comment va finir le semblant de discussion qu’ils vont avoir dans quelques instants. J’y suis habitué.

« Bien. On va pouvoir discuter à présent.
- Vos...Vos menaces ne m'effraient pas ! Un flic ne peut pas utiliser son arme sans qu'il n'y ait une menace ou un danger potentiel face à lui ! Vous...Êtes en tort du point de vue de la loi ! »

J’arque un sourcil avant de lever les yeux au ciel. Il ne sait vraiment pas à qui il parle, c’est triste. D’autant que je me souvienne, Kyu Jung n’a jamais été doué pour suivre un semblant de règle. Que ce soit à l’école ou dans la vie de tous les jours.

« Sauf que je suis pas flic. Et j'en serais pas à mon premier meurtre, avec toi. »

Je me souviens de cette histoire. Je pense ne pas me tromper en disant qu’il ne s’en est jamais totalement remis. Comment pourrait-on oublier la mort que l’on a causé de ses mains après tout ? Là encore, j’avais pris le premier avion pour le rejoindre. Je n’allais pas le laisser se morfondre dans son lit alors que ce qu’il avait fait était juste. N’importe qui ayant un minimum de bon sens et de courage aurait appuyé sur la détente. Il a bien fait, et quand bien même ça ait couté une vie, je sais qu’il le referait si ça devait se reproduire.

« Vous devriez l’écouter. Il a du mal à se retenir avec les ordures. » lance-je avec un léger sourire.

Je me balance légèrement sur mes pieds, attendant avec impatience la suite. Pour une fois que ce n’est pas moi qui pose les questions, je ne peux rien faire de plus. Non pas que ça me dérange, Kyu le fait aussi bien – voir mieux – que moi. Puis je sais que ça lui fait plaisir de s’en occuper lui-même. Sinon, il ne m’aurait pas interdit d’appeler une ambulance, ou même la police.  

« Alors comme ça, je suis en tort du point de vue de la loi ? Et abuser d'enfants innocents, c'est quoi ? C'est LÉGAL peut-être ? »

Un point pour le détective.

Je le vois passer ses doigts dans les quelques cheveux restant sur le crâne de la pourriture, le forçant à tourner la tête vers moi. Je croise son regard terrifié, comme s’il espérait que je lui vienne en aide. Dans tes rêves, mon grand. Je garde le silence, n’intervenant pas dans les affaires de mon meilleur ami. Ma poitrine se gonfle de fierté. S’il m’a souvent raconté ses interventions, je n’ai jamais eu l’occasion d’y assister réellement. Et le voir ainsi, me montre à quel point il a grandi. Il est fort, courageux, et déterminé. De cette façon dont je l’ai toujours vu.

« Il est journaliste. Ça veut dire que s'il le décide, même si tu n'es pas jugé par un tribunal, le fait d'être suspect suffit pour que tu ais ta tête collée dans tous les journaux, les médias ne te lâcheront plus, tes voisins, ta famille et tes amis te marqueront du sceau de l’infamie, et finalement, tu vivras caché chez toi, terré comme le rat que tu es pour finir le restant de tes jours seul et sans aucune perspective d'avenir, d'affection ou d'amour. »

J’hoche la tête, trouvant que c’est une punition idéale. Quoique pas assez impitoyable pour son cas.

« L'autre option, c'est que je te défigure. J'aurais aucune pitié pour un salaud dans ton genre. Alors maintenant, avant que je ne devienne vraiment violent, je te conseille de cracher tout ce que tu sais. Où sont les enfants ? Où sont-il ?»

Son arme s’enfonçant contre la nuque grasse de l’homme, je fais un pas en avant. Juste au cas où. J’ai comme un mauvais pressentiment qui m’entrave l’estomac. Quelque chose qui me crie que ce que l’on va entendre ne va pas être pour calmer les nerfs de mon compagnon. Le cliquetis automatique me donne des frissons, et je devine qu’il finit par convaincre le suspect de se livrer.

« C...Chez moi...Ils sont chez moi...J'ai une trappe sous le tapis du salon...Il mène à un sous-sol...Je peux les attacher comme ça...
- Tu les as touchés...? »

Je ferme les yeux, ne voulant pas tellement connaitre la suite. Rien que de voir ses mains, coincées dans son dos me soulève le cœur. Est-ce qu’elles se sont posées sur les corps innocents d’enfants ?

Je sens la colère crachée par des élans de haine alors qu'il répète sa question en hurlant. Je le savais, que c’était une affaire personnelle. Comme j’aimerai pouvoir ne pas le laisser entendre les détails de ce que cet homme a infligé à des gamins, ce qu’il était lui aussi. Néanmoins c’est son travail, il l’a choisi et désormais, il y est aussi habitué que moi. Des horreurs, j’en ai vu au cours de mes voyages, mais ce n’est rien en comparaison de ce qu’il peut endurer lui. Après tout, il était à leur place. En quelque sorte. Et rien que d’y penser, ça me rend fou de rage.

Seulement, il y a quelque chose de différent dans l’attitude de cet homme. Sans que je parvienne à mettre le doigt dessus.

« Bien sûr que je le sais...Mon...Père a abusé de moi le jour de mon dixième anniversaire. »

… Et merde.

J’écarquille les yeux, manquant d’en lâcher l’objet entre mes mains alors que Kyu laisse lourdement retomber son bras le long de son corps. Aussi abasourdi que moi, voire probablement plus. Qu’est-ce qu’il vient de dire exactement ?  Comment peut-il simplement avouer une telle chose, après l’avoir répété sur des enfants ? Est-ce qu’il pense qu’il sera pardonné plus facilement, qu’il s’en sortira sans dommage ?   Est-ce qu’on peut être aussi stupide pour croire une telle absurdité ? Quand on s’en prend à des personnes aussi innocentes que le sont des enfants, on ne peut pas s’en sortir indemne.

Surtout quand en ce moment même, il est face à l’un de ces enfants.

Mon souffle se coupe alors qu’après un long moment pétrifié, je vois mon cadet réagir de la pire des façons. Il attrape l’arrière de son crâne et le frappe violemment contre le mur. L’homme n’a plus aucun soutien sur ses jambes, et tombe en gémissant la face ensanglantée penchée sur le sol. Est-ce que ça arrêterait mon ami ? Loin de là. Tel qu’il est parti, il pourrait bien mettre à exécution ses menaces précédentes et le tuer. Et je ne dis pas que la pourriture ne mérite pas de rejoindre les gens comme lui, en enfer.

« On t'a fait vivre des horreurs....Que tu n'oublieras jamais...Qui te hanteront toutes les nuits, dès que tu fermeras les yeux. Tu verras toujours le visage de ce malade penché au-dessus de toi, sans que tu puisses te débattre, avec cette sensation d'étouffement, de noir et de solitude, avec personne pour te sauver de cet enfer....Et toi...Et toi, tu oses faire vie la même chose à des enfants ? PUTAIN D'ENFOIRÉ ! »

Sa voix me brise le cœur et me laisse de marbre. Comme si je pouvais recevoir tout ce qu’il ressent en cet instant. C’est loin d’être agréable. J’ai la poitrine compressée, les yeux brulants et la gorge nouée. Je ne supporte pas de le voir ainsi, frappant de toutes les forces offertes par sa rage effrayante. Il me fait plus de mal qu’il ne lui en fait. Pas parce qu’il réagit violemment, non. Mais parce que je sens sa souffrance, et c’est pire que tous les coups qu’il peut donner à cet homme.

Il va le tuer.

Et je refuse qu’il ne se salisse davantage les mains sur une telle horreur.

Agissant enfin, je m’avance calmement vers lui. Alors que son poing se lève de nouveau pour frapper le visage recouvert de sang qu’il tient à bout de bras, je lui attrape le poignet. Mes doigts glissent sur sa peau encore humide et froide, malgré la colère qui boue ardemment en lui. Je le serre un peu plus en le sentant résister. Il tourne vivement la tête vers moi, me dédiant un regard noir qui pourrait faire frémir le plus courageux des yakuzas. Mais pas moi. Parce qu’il reste mon meilleur ami que je connais par cœur, même avec cette lueur meurtrière qui habille ses jolis yeux. Il semble pourtant vouloir me fusiller sur place, c’est vrai. Seulement je tiens bon, le forçant doucement à baisser le bras. Il se redresse légèrement, me surplombant des nombreux centimètres qui nous séparent, mais je ne cille pas une seule fois.

« Lâche-moi. »

Je lève un sourcil, sans détourner le regard.

« Non. »

Je sens sa colère et sa frustration monter d’un cran. Pour ce que ça change. Il tente une nouvelle fois de se dégager, mais cette fois, je tire brusquement son bras pour le ramener contre moi. Si proches l’un de l’autre que je peux sentir son souffle s’écraser sur mon visage. Je soutiens ses pupilles ténébreuses, sans penser une seconde à les abaisser. Je glisse mes doigts le long de son bras, jusqu’au dos de sa main que je caresse doucement. Je le sens desserrer le poing, ses doigts crispés venant s’emmêler aux miens. Alors, je tente un léger sourire, sentant qu’il se calme doucement. Je l’observe tout en gardant mon rictus rassurant sur les lèvres, avant d’ôter ma veste en essayant de ne pas délaisser ma prise. De ma main libre, je lui passe sur les épaules pour éviter qu’il n’attrape froid avec ses vêtements trempés.
Sûr qu’il ne fera pas un geste de trop, j’ose un regard vers l’homme qui se tient difficilement assit contre le mur. Il continue de se plaindre en gémissant longuement. Il ne pourrait pas faire autrement de toute façon, je pense que chaque muscles de son visage le fait terriblement souffrir maintenant. Certain qu’il ne bougera pas – il n’en a pas la force – je tourne de nouveau mon attention vers mon meilleur ami qui essaie tant bien que mal de reprendre ses esprits.

« Il ne vaut pas la peine que tu te salisses davantage, tu ne crois pas ? Les gens comme lui ne mérite rien d’autre qu’un trou où pourrir jusqu’à la fin de leurs jours, ignorés et oubliés de tous. C’est ce qui va lui arriver, j’y veillerais. Alors… S’il te plait… Calme-toi. » murmure-je doucement en accompagnant mes paroles d’une légère pression du bout des doigts.

Jugeant qu’il m’a l’air assez calme, et qu’il le restera, je relâche délicatement mon emprise sur sa main. Je remarque alors que la mienne est désormais couverte de sang frais. Je fronce les sourcils, baissant les yeux sur la main que je tenais il y a quelques secondes. Je lorgne dessus un moment, avant de la reprendre. Je l’essuie doucement à l’aide de ma manche, à défaut d’avoir autre chose. Et lorsqu’elle me parait être plus saine, je la laisse retomber comme inerte, au bout de son bras. Il ne bouge pas, se contentant de me regarder. Je lui souris toujours, essayant de ne pas montrer l’état désastreux dans lequel est mon cœur. Puis je tourne les talons, m’approchant de l’homme dont les plaintes se sont amoindries.

« On n’aura surement pas besoin de tes menottes maintenant. » souffle-je en fouillant mes poches.

Je sors mon portable, celui dans lequel tous mes indics et autres personnes importantes, sont notés. Je compose le numéro du commissariat le plus proche, leur expliquant rapidement la situation avant de recommencer, avec celui de l’hôpital du coin. Lorsque j’ai terminé, les sirènes résonnent déjà au loin.

« C’est fini Kyu Jung. Respire. Tu as fait du bon boulot. »

Il suffit de quelques minutes passées dans le silence, l’un à côté de l’autre devant le corps immobile à nos pieds, pour que les premières voitures arrivent en trombe. Je m’écarte, laissant le soin à Kyu Jung de raconter ce qu’il s’est passé à ses collègues par procuration. Pendant, ce temps, je m’occupe de noter les détails sur mon carnet, histoire de ne rien oublier lorsque j’écrirais l’article. Puis je souffle, passant la main dans mes cheveux. Ça va être plus long que prévu, finalement.

Nous sommes de nouveau côte à côté, épaule contre épaule, lorsque l’ambulance repart à grand bruit de sirène. Le silence retombe et mon regard se perd sur deux policiers qui prennent la scène en photo, comme je l’ai fait un peu plus tôt. Je ne saurais dire ce qu’il pense en ce moment. Je sens juste qu’il est plus apaisé qu’il ne l’était lorsque nous nous sommes rencontrés ce matin. Je soupire. Il y a ça, aussi…Je tourne la tête, admirant son profil quelque seconde. Autant m’en débarrasser maintenant. Il le mérite après tout.

« Je suis humain. » lâche-je soudainement.

Je souffle doucement. Je dois le faire. Je peux le faire.

« Je suis aussi humain que toi Kyu… La seule différence vient de mes gènes. L’un d’entre eux s’est développé ‘anormalement’ lorsque j’avais quatre ans. On nous appelle twao. Nous sommes comme toi Kyu. Mais notre corps a seulement besoin de quelque chose de plus. D’un échange d’énergie entre deux personnes, sinon… Nous mourrons. Simplement. Ce n’est pas explicable. Je ne sais pas trop comment c’est possible, tout ce que je connais de ce que je suis me vient de Jong In. Et il n’avait pas la science infuse non plus… Enfin. Je suis humain, ne va pas penser le contraire. »

Mes mains tremblent légèrement alors que je me sens nerveux. Je ne l’ai jamais été face à mon cadet, je n’ai jamais eu de raison de l’être. Mais là, tout de suite, je sens que tout m’échappe et ça me fait peur. Je lui fais confiance, depuis toujours et ça ne changera pas. Son regard ne changera pas parce qu’il me sait différent. Il n’est pas comme ça. Pas comme eux. Alors pourquoi me sens-je aussi mal à l’aise à l’idée de tout lui dévoiler ?

« Maintenant que j’y pense, tu ne m’as jamais demandé pourquoi je vivais chez Jong In, et pas chez mes parents puisqu’ils sont toujours vivants et en ville. Je n’aurais pas su quoi te répondre de toute façon. Je ne sais pas te mentir, pas à toi… Je ne te l’ai pas caché non plus. Si tu m’avais posé la question, je te l’aurais expliqué sans hésiter. Seulement… Je ne le criais pas sur les toits à l’époque. Pas alors que mes propres parents me traitaient comme un monstre lorsque je rentrais chez moi. Je ne dis pas qu’ils ne m’ont jamais aimé. Ils l’ont fait les cinq ou six premières années. Le temps qu’il leur a fallu pour comprendre que leur fils n’était pas normal. Tu n’es qu’un monstre Ryu Jeong. Un monstre. Quel genre de mère dit ça à son enfant ? Quel genre de père ne pose même pas les yeux sur progéniture, comme s’il était atteint d’une maladie contagieuse ? C’est ce que je vivais tous les jours Kyun’ah. C’est la raison pour laquelle j’ai fini par vivre avec Jong In. Il est ma famille, tu le sais. Tout comme toi tu étais mon souffle d’air, quelqu’un qui me voyait vraiment. » Je prends une légère inspiration, m’interrompant pour resserrer les pans de mon gilet autour de mon corps. Je lui lance un regard en coin, ne sachant quel mot utiliser exactement. « Je ne te l’ai jamais dit parce que je ne voulais pas que ça change quoique ce soit. Si tu restais ignorant sur ma nature, alors tu continuais de me traiter comme tu le faisais. C’était tout ce que je voulais. Que tu restes à mes côtés. Je ne dis pas que tu m’aurais fuis ! Je sais que non. Mais à l’époque, je n’étais qu’un gamin repoussé par ses parents. Tu ne peux pas m’en vouloir d’avoir eu peur… »

Je me tais, lui laissant le droit de parler s’il a quelque chose à ajouter à ma tirade. Il ne peut pas racheter mon passé, ni le nôtre. Et si c’était à refaire, je le ferais surement de la même façon. Pour nous préserver, et le protéger. Surement. Ou parce que je suis un froussard, apeuré à l’idée de perdre la personne la plus importante à mes yeux. Conscient de ses yeux noirs qui me brulent le dos alors que je m’avance vers la voiture. Le temps s’est rafraichi, et de gros nuages font leur apparition au-dessus de nos têtes nous menaçant d’une grosse averse. Comme par hasard, tiens. J’ouvre la portière, me glissant à l’intérieur en attendant que mon meilleur ami ne me rejoigne. Laissant mes yeux dériver sur le fleuve un peu plus bas, je soupire de nouveau :

« Comment tu l’as su ? »
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MessageSujet: Re: "I've been away so long?!"    Mar 29 Oct - 2:22

Il se redresse légèrement, me surplombant des nombreux centimètres qui nous séparent, mais je ne cille pas une seule fois.

« Lâche-moi. »

Je lève un sourcil, sans détourner le regard.

« Non. »

Ma colère augmente d'un cran. Je n'apprécie pas cette réponse, clairement pas. Évidemment, il le sait. Je tente de me dégager d'un coup sec, avant de me rappeler que mine de rien, Ryu a beaucoup de force. Il tire brusquement sur mon bras et je me retrouve presque contre lui. Je cligne des yeux, et nos souffles brûlants se mélangent presque, si proches. Les souvenirs d'une nuit vieille de six ans me reviennent en mémoire, mais je les chasse immédiatement. Comme si c'était le moment.
Il ne baisse pas les yeux une seconde, me défit presque du regard. Mais ses doigts, eux, desserrent leur emprise dominatrice pour glisser le long de mon bras, m'arrachant un frisson, alors que je suis surpris d'une telle attitude. Il caresse doucement le dos de ma main, et ma tension se relâche, alors que j'accroche doucement ses doigts dans un geste familier. Son sourire me détend lui aussi, comme il l'a toujours fait, et sa veste se pose sur mes épales, me rappelant que je suis trempé et qu'on est au mois d'avril. Pneumonie me voilà~
Mon meilleur ami jette un coup d'oeil observateur à l'homme que je viens de frapper, et je devine aux gémissements de ce dernier qu'il n'a pas l'intention de bouger, trop occupé à se tenir le visage. Je ne dis rien, sachant que je risque de m'énerver à nouveau si j'ouvre la bouche. Et Ryu le fait à ma place en me lançant :

« Il ne vaut pas la peine que tu te salisses davantage, tu ne crois pas ? Les gens comme lui ne mérite rien d’autre qu’un trou où pourrir jusqu’à la fin de leurs jours, ignorés et oubliés de tous. C’est ce qui va lui arriver, j’y veillerais. Alors… S’il te plait… Calme-toi. »

La pression qu'il exerce sur le bout des mes doigts à le pouvoir de me calmer. Tout comme ses mots. Depuis l'enfance, et comme toujours, il a toujours compris comment je fonctionnais. J'expire doucement pour lui obéir, et baisse les yeux en voyant sa main couverte de sang. Il récupère la mienne et l'essuie...Avec sa manche ? Mon coeur bat doucement, alors que je me sens ému de ce geste anodin. C'est tout bête, pourtant. Mais là, le voir froncer les sourcils en essuyant ma main de sa manche, si on oublie le détail du sang, j'ai l'impression de revenir des années en arrière, lorsque nous étions au lycée. Ou même au collège. Dès que je me salissais, n'était-ce pas le geste qu'il avait toujours pour moi ? Quel que soit le vêtement qu'il portait, même si c'était une belle chemise, il n'hésitait pas à utiliser le tissu pour s'occuper de moi. Parce que j'étais "plus important".

Il a toujours pris soin de moi. Mais moi, j'ai fais quoi pour lui ?

Je le ses me relâcher doucement, et l'observe sans bouger. Doucement, il me sourit. Il a un très beau sourire, mais je devine que le coeur n'y est pas, cette fois. Cependant, sans  rien dire, il s'éloigne vers le suspect au sol :

« On n’aura surement pas besoin de tes menottes maintenant. »

J'hoche la tête sans répondre, ne quittant pas l'homme des yeux. J'entends la voix de Ryu près de moi expliquant brièvement au commissariat la situation, alertant les autorités pour qu'ils nous rejoignent. Et une seconde plus tard, la voix douce de mon meilleur ami me sort de ma torpeur :

« C’est fini Kyu Jung. Respire. Tu as fait du bon boulot. »

Je soupire doucement, soulagé, et me détend peu à peu; Les sirènes retentissent au loin, et en moins de temps qu'il ne le faut pour le dire, les policiers sont là. Je m'approche de mes "collègues" pour leur expliquer rapidement la situation, ce qu'il s'est passé, et où sont cachés les enfants. Ils notent le tout, me faisant promettre de prendre ma déposition détaillée plus tard, alors que Ryu prend ses propres notes, un peu plus loin.
Nous nous retrouvons à nouveau côte à côte, les voitures s'éloignant peu à peu, aussi rapidement qu'elles sont arrivées.Mon regard se perd sur un point fixe au loin, la colère s'étant complètement évaporé de mon corps. Vidé, je garde le silence, jusqu’à entendre la douce voix de Ryu Jeong s'élever à mes côtés :

« Je suis humain. »

Je me tourne vers Ryu sans comprendre, écarquillant les yeux. L'information monte au cerveau, et je l'observe longuement, sans oser dire quoi que ce soit pour l'instant.

« Je suis aussi humain que toi Kyu… La seule différence vient de mes gènes. L’un d’entre eux s’est développé ‘anormalement’ lorsque j’avais quatre ans. On nous appelle twao. Nous sommes comme toi Kyu. Mais notre corps a seulement besoin de quelque chose de plus. D’un échange d’énergie entre deux personnes, sinon… Nous mourrons. Simplement. Ce n’est pas explicable. Je ne sais pas trop comment c’est possible, tout ce que je connais de ce que je suis me vient de Jong In. Et il n’avait pas la science infuse non plus… Enfin. Je suis humain, ne va pas penser le contraire. »

Je baisse doucement les yeux, et vois les mains de mon meilleur ami trembler. Il est nerveux. Par ma faute, ou à cause de ce qu'il est en train de m'avouer ? Je veux le serrer dans mes bras pour le rassurer, mais mon corps n'esquisse pas le moindre geste. Mon cerveau est trop occupé à enregistrer les mots qu'il est en train de prononcer. Twao....

Ryu est donc un Twao.

« Maintenant que j’y pense, tu ne m’as jamais demandé pourquoi je vivais chez Jong In, et pas chez mes parents puisqu’ils sont toujours vivants et en ville. Je n’aurais pas su quoi te répondre de toute façon. Je ne sais pas te mentir, pas à toi… Je ne te l’ai pas caché non plus. Si tu m’avais posé la question, je te l’aurais expliqué sans hésiter. Seulement… Je ne le criais pas sur les toits à l’époque. Pas alors que mes propres parents me traitaient comme un monstre lorsque je rentrais chez moi. Je ne dis pas qu’ils ne m’ont jamais aimé. Ils l’ont fait les cinq ou six premières années. Le temps qu’il leur a fallu pour comprendre que leur fils n’était pas normal. Tu n’es qu’un monstre Ryu Jeong. Un monstre.

Mon respiration se bloque, alors qu'un étau brûlant enserre mon coeur avec une force douloureuse. Est-ce que j'ai bien entendu ? Ses parents...Ils ont vraiment osé dire de tel mots à Ryu Jeong ? A Ryu ? J'ai l'impression d'étouffer, en imaginant la scène. Mon meilleur ami à t-il vraiment vécu une enfance aussi horrible sans même que je m'en doute ? Une vague de culpabilité et de douleur s'empare de moi, en imaginant le petit Ryu Jeong, rejeté par ses propres parents, pour une faute qu'il n'a pas commise. quelle faute ? Quel monstre ? J'en vois deux ; mais aucun des deux n'a le visage de Ryu.

« Quel genre de mère dit ça à son enfant ? Quel genre de père ne pose même pas les yeux sur progéniture, comme s’il était atteint d’une maladie contagieuse ? C’est ce que je vivais tous les jours Kyun’ah. C’est la raison pour laquelle j’ai fini par vivre avec Jong In. Il est ma famille, tu le sais. Tout comme toi tu étais mon souffle d’air, quelqu’un qui me voyait vraiment. Je ne te l’ai jamais dit parce que je ne voulais pas que ça change quoique ce soit. Si tu restais ignorant sur ma nature, alors tu continuais de me traiter comme tu le faisais. C’était tout ce que je voulais. Que tu restes à mes côtés. Je ne dis pas que tu m’aurais fuis ! Je sais que non. Mais à l’époque, je n’étais qu’un gamin repoussé par ses parents. Tu ne peux pas m’en vouloir d’avoir eu peur… »

C'est ça...C'est donc ça qu'il cachait derrière le masque ? Devant ses sourires en coin, son assurance inébranlable, sons sang-froid légendaire et ses techniques de séduction...Il avait ça derrière lui ? Je cligne des yeux, me concentrant de toutes mes forces pour ne pas que les larmes ne dévalent mes joues. C'est pas à toi de pleurer, abruti. Certainement pas. Fort heureusement, mes yeux me piquent juste, sans pour autant trahir le mal-être que je ressens à l'entente de l'histoire de mon ami. Comme il garde le silence un moment, j'en profite pour souffler :

« Je ne te le reproche pas. C'est...Normal, d'avoir eu peur. On était jeunes tous les deux et...J'ai juste eu peur que tu n'ai pas confiance en moi. C'est tout. Mais je ne t'en ai jamais voulu. Ou du moins, jamais plus d'une journée, en tout cas. Et je...Je ne regrette rien du passé. Si ce n'est que j'aurais voulu pouvoir...T'aider.»

Même si je en sais pas si ça aurait pu être possible. Il y a des choses contre lesquelles je ne peux malheureusement rien.Doucement, Ryu se déplace vers la voiture, alors qu'un orage grondait au dessus de nos tête. Je en  quitte pas Ryu du regard, jusqu'à ce que nous montions en voiture. Il garde un instant le silence, avant de soupirer :

« Comment tu l’as su ? »

J'inspire doucement. Normal qu'il veuille savoir, ce pourquoi je répondais sans hésitation :

« Je l'ai compris. Au bout de quatre ans de recherche. Je suis au courant depuis l'année dernière.»

Je m'étire légèrement, mettant de l'ordre dans mes pensées. Par quoi je pourrais commencer ? Il faudra revenir cinq ans en arrière, mais ce n'est pas un problème. Je suis prêt à tout lui dire :

« Le jour où tu es parti...A tes larmes, ta réaction, c'était évident qu'il n'y avait pas que ton rêve de journaliste qui jouait dans ta décision. Je suis même allé voir Jon In, tu sais ? Mais les seules réponses que j'obtenais de sa par, c'était quelque chose qui s'approchait du "Ce n'est pas quelque chose que tu es en mesure de comprendre. Mais c'est très important pour Ryu Jeong, contente toi de ça." Alors j'ai cherché à comprendre. Je ne trouvais rien dans le livre ou sur le net, mais les témoignages des gens étaient différents. Il y eut cet homme qui m'a appelé pour une affaire...Il voulait que je lui trouve son "âme soeur". Il était absolument désespéré. Ça m'a semblait risible, incompréhensible. Pour moi, on ne peut pas "rechercher" son âme soeur de quelqu'un d'autre, comme si elle était déjà désigné. Les choses se font naturellement. Mais son attitude désespérée, comme s'il s’agissait d'un besoin vital et d'autres éléments s'enchaînant, j'ai commencé à avoir des doutes... Sans parler du grand patron de cette agence de rencontre, qui, pour les mêmes raisons, voulaient m'engager. Afin que j'aide ses clients. Mais il avait l'air sans cesse de vouloir me cacher certaines choses "que je n'étais pas habilité" à comprendre. »

Je reprends doucement mon souffle, avant de poursuivre :

« C'est devenu mon obsession. dès que je ne travaillais pas sur une affaire, la plupart de mon temps libre, je le passais à réfléchir là-dessus. Les bouquins, les lois de l'astrophysique, tout ce qui pouvait me donner un petit indice était bon à prendre. Et quand je te voyais...De temps en temps, quand on restait très longtemps ensemble tu te sentais mal. A chaque fois que c'est arrivé, tu me sortais une excuse. Une migraine, un manque de sommeil...Au départ, je ne m'en étais pas rendu compte, mais en retraçant les évènements passés, tu trouvais toujours un moyen pour t’éclipser. Et quand tu revenais plus tard, tu avais meilleure mine. Je sais que tu m'aurais répondu. Mais au final, c'est moi...Qui ait eu peur de te poser la question. J'avais peur de comprendre que finalement...C'est ce gêne qui nous as séparés il y a cinq ans. »

Finalement, je suis quasiment sûr qu'il a toujours su que je l'aimais, et pas uniquement comme un meilleur ami. Ryu à toujours été sacrément observateur, et particulièrement quand il s'agit de moi. Alors j'imagine qu'il doit comprendre l'effet que ça m'a fait, quand j'ai découvert son gêne. Je me tourne lentement vers lui, et dans un geste familier, caresse ses joues en posant mon front contre le sien, en douceur. Fermant les yeux une seconde en repensant à sa famille, je les rouvrent pour le regarder.
Son regard d'ébène me fait frissonner.

« Je suis désolé. Je n'aurais pas dû dire que tu n'étais pas humain. Mais...Twao ou pas, tu sais que ça ne change rien pour moi, pas vrai ? Tu es toujours pareil. Tu aimes me taquiner, tu as toujours un sourire à se damner, doux et gentil, taquin et provocant. Ça ne change rien à mes yeux. Tu es toujours mon meilleur ami, j'espère que tu le comprends.  »

Ma main se glisse à sa nuque en une douce caresse, rassurante, tout en murmurant avec douceur :

« Tes parents sont des idiots. Aveugles et bêtes. Les vrais monstres, ce sont eux, pour avoir osé abandonné leur enfant parce qu'il était différent. Différent et unique. Tu es unique, Ryu. Un vrai bijou. Étincelant comme le soleil. Dans mon coeur, tu as toujours été la huitième merveille du monde, tu sais ? Tu as tout pour toi, et tu le sais parfaitement...Même si tes géniteurs t'ont répétés encore et encore ces mots atroces, ne les crois pas. Leur seul réussite, c'est de t'avoir mis au monde. Mais malgré tout, ils n'ont jamais su voir à quel point leur fils est fantastique. »

Je termine ma tirade sans cesser de le regarder, et lève la tête, déposant un baiser sur son front. J'ébouriffe ses cheveux avec un sourire, avant de me reculer pour me remettre à ma place, devant le volant. Un silence s'installe, mais cette fois-ci, il n'est pas gênant, et je sens que le malaise de Ryu à disparu. Sans démarrer la voiture, sans attacher ma ceinture on plus, je tapote le volant du bout de l'index, avant de souffler :

« Il ya des choses que je veux comprendre...Cette histoire d’échange d’énergie dont tu parles, si indispensable, comment ça se passe ? C'est une sorte de rituel ? Qu'est-ce que tu ressens ? Ce n'est pas douloureux, j'espère...»

Évidemment que je m'inquiète. C'est la personne la plus importante que j'ai dans ma vie. Je veux savoir ce qu'il ressent, ce qu'il pense, et s’il risque sa vie...Enfin, maintenant, je sais que oui. C'est pour sa survie. Finalement, n'y avait-il pas d'avantages à être Twao ? Si la seule différence est d'être dépendant de cette charge d'énergie, c'est plus embêtant qu'autre chose. Mais un autre sujet m'intéresse, au plus haut point :

« Et...Pour les âmes soeurs. Il y 'a une différence entre les Twaos et les autres, non ? C'est...Plus important...Pour les Twaos, pas vrai ? Sun Hee, c'est ton âme soeur ? Elle est une Twao aussi ? Et...Jong In ? Comme tu as dis qu'il t'a tout appris...»

Je sais que je pose beaucoup de question. Beaucoup trop, et un peu personnelle. Mais ça me démange, j'ai besoin de savoir. C'est vital.  J'ai enfin mis le doigt sur cette différence qui m'a toujours échappé. Et il y a trop de choses que j'ignore de Ryu. Je veux qu'il se sente apaisé et accepté comme il est. Et pour ça, je dois avoir. Si vraiment ça embête mon meilleur ami, il sait qu'il lui suffit d'un mot pour que je me taise, et que je cesse avec mes questions. Je me tairais sans rechigner s'il me le demande. Alors qu'il le fasse, s'il juge mes questions déplacées. Je me tairais.

« Ce n'est pas pour te juger. Je veux juste te connaître...Mieux que je ne l'ai fais ces dernières années.»
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« Invité » Invité
MessageSujet: Re: "I've been away so long?!"    Ven 1 Nov - 0:30

« Je l'ai compris. Au bout de quatre ans de recherche. Je suis au courant depuis l'année dernière.»

J’hoche la tête, l’écoutant avec une attention particulière. Il faut que je sache… Qu’est-ce qui l’a mis sur la piste ? Est-ce que je n’ai pas été aussi discret que je ne le pensais, ou est-ce que ça n’a rien à voir avec moi, et il a seulement fait le lien par la suite ? Je reste silencieux alors qu’il m’explique doucement que ma réaction lors de mon départ lui a mis la puce à l’oreille. Je souris tristement, me souvenant parfaitement de ce jour où j’ai cru sentir mon cœur m’être arraché. C’était mon choix, et aujourd’hui encore, je ne le regrette pas. Je savais déjà qu’il était allé voir Jong In. Ce dernier me l’a dit lorsque je l’ai appelé peu après mon départ, me brisant un peu plus. « Ce n’est pas à moi de lui dire Ryu Jeong, tu le sais ? Tu aurais dû être honnête avec lui. » Je pensais juste bien faire. Comment aurait-il réagit s’il avait su que je partais à la recherche de mon âme sœur ? Il m’aurait pris pour un fou. Jong In n’a rien dit, comme toujours il s’est rangé de mon côté. Lorsqu’il parle de cet homme qui l’a appelé pour qu’il trouve son âme sœur, mon cœur tressaute légèrement. Risible. Oui, on doit l’être. Quelque part, on est complètement ridicules à courir après ce que beaucoup prennent pour une légende. Puis, il mentionne ce Kim Soo Jong qui fait fleurir son entreprise de recherche. Je lève les yeux au ciel. Comme si c’était aussi simple.

Si ça l’était, ça ferait longtemps que je m’y serais inscrit. Seulement, je n’y crois pas tant que ça. Pourquoi demander à quelqu’un ce que je suis le mieux placé pour faire. C’est ma quête, pas celle d’un autre.

« C'est devenu mon obsession. Dès que je ne travaillais pas sur une affaire, la plupart de mon temps libre, je le passais à réfléchir là-dessus. Les bouquins, les lois de l'astrophysique, tout ce qui pouvait me donner un petit indice était bon à prendre. Et quand je te voyais...De temps en temps, quand on restait très longtemps ensemble tu te sentais mal. A chaque fois que c'est arrivé, tu me sortais une excuse. Une migraine, un manque de sommeil...Au départ, je ne m'en étais pas rendu compte, mais en retraçant les évènements passés, tu trouvais toujours un moyen pour t’éclipser. Et quand tu revenais plus tard, tu avais meilleure mine. Je sais que tu m'aurais répondu. »

Il a remarqué tellement de chose, finalement. Tous mes mensonges éclatent lentement en de fins lambeaux. J’aimerai pouvoir les rattraper afin de m’en excuser, les uns après les autres, mais je sais que c’est inutile. C’est trop tard. Après tout, il ne m’en veut pas.

« Mais au final, c'est moi...Qui ait eu peur de te poser la question. J'avais peur de comprendre que finalement...C'est ce gène qui nous as séparés il y a cinq ans. »

Je me fige, sentant mon cœur cesser de battre une pénible seconde. Lentement, je me tourne vers lui, les yeux ouverts d’un air effaré. S’il savait à quel point. Soudain, je sens son front se poser sur le mien. Je me laisse faire, appréciant ce contact qui nous a, à de nombreuses reprises, rapprochés. Je cligne doucement des paupières, profitant de sa présence autour de moi, chaleureuse et rassurante. Il ouvre les yeux, et je croise ses pupilles sombres qui me font lentement chavirer. Je ne peux retenir mon sourire. Comme lorsqu’on était enfant, pas vrai ?


« Je suis désolé. Je n'aurais pas dû dire que tu n'étais pas humain. Mais...Twao ou pas, tu sais que ça ne change rien pour moi, pas vrai ? Tu es toujours pareil. Tu aimes me taquiner, tu as toujours un sourire à se damner, doux et gentil, taquin et provocant. Ça ne change rien à mes yeux. Tu es toujours mon meilleur ami, j'espère que tu le comprends. »

Sa main se glisse sur ma nuque, alors qu’il continue de murmurer doucement. Presque comme s’il ne voulait pas m’effrayer :

« Tes parents sont des idiots. Aveugles et bêtes. Les vrais monstres, ce sont eux, pour avoir osé abandonné leur enfant parce qu'il était différent. Différent et unique. Tu es unique, Ryu. Un vrai bijou. Étincelant comme le soleil. Dans mon coeur, tu as toujours été la huitième merveille du monde, tu sais ? Tu as tout pour toi, et tu le sais parfaitement...Même si tes géniteurs t'ont répétés encore et encore ces mots atroces, ne les crois pas. Leur seul réussite, c'est de t'avoir mis au monde. Mais malgré tout, ils n'ont jamais su voir à quel point leur fils est fantastique. »

Je souffle, alors que ses mots fondent dans mon cœur. Comme d’habitude, ils trouvent toujours les bons. Si j’étais capable de rougir aussi facilement que lui, alors je serais surement écarlate.  J’ai toujours su que mes parents ne valaient pas la peine que je me sente mal pour eux, même si leur réaction et ce qu’elle a entrainé, fait ce que je suis aujourd’hui. Mais l’entendre de sa bouche, après toutes ses années, ça fait du bien. Vraiment.

« Merci Kyun’ah~ » souffle-je.

Il embrasse mon front, dans ce geste que j’ai souvent eu pour le rassurer autrefois, avant de s’écarter. Sa main vient ébouriffer mes cheveux et j’hausse un sourcil, comme pour lui rappeler qui est l’ainé dans cette voiture. Le silence reprend sa place, alors que je ne cesse de l’observer. Il a grandi et je suis fier de lui. Je sais qu’avec le temps, il deviendra vraiment quelqu’un de bien. A force d’aider les gens comme il le fait, de se donner corps et âme pour anéantir toute forme d’injustice. Et je ne cesserai jamais d’être fier de lui, comme un frère le serait. Sauf qu’il est plus que ça.

« Il ya des choses que je veux comprendre...Cette histoire d’échange d’énergie dont tu parles, si indispensable, comment ça se passe ? C'est une sorte de rituel ? Qu'est-ce que tu ressens ? Ce n'est pas douloureux, j'espère...»

Je rigole un peu devant la multitude de question qui me tombe soudainement dessus. J’essaie de retenir chacune d’elle dans un coin de ma tête pour me concentrer afin de l’éclairer. Je lui dois bien ça, pas vrai ? Alors je me lance, d’une voix qui n’a plus rien de tremblante. Je veux qu’il essaie de me comprendre un peu mieux.

« En fait, c’est comme… Un malade qui aurait besoin de prendre des médicaments à intervalles régulières, tu vois ? Généralement, je charge le matin, et le soir. Les jours où je me sens moins bien, j’ai besoin de plus de charges alors j’en prends dans la journée. J’ai une partenaire fixe, ici à Séoul. Tu l’as sûrement déjà vue d’ailleurs, c’est l’américaine que j’ai ramené il y a un mois. Mais quand je suis en voyage, je m’arrange pour avoir un donneur dans mon équipe, sinon j’improvise. »

J’inspire un peu, essayant de mettre des mots sur ce que je ressens durant mes charges. C’est assez difficile à décrire, maintenant que je suis devant le fait accompli. Mais j’essaie de mon mieux.

« Ce n’est pas vraiment… Un rituel… En fait, on doit juste s’embrasser. Après, ça dépend de la dose d’énergie qu’on a besoin de se transmettre. Le baiser peut durer quelque seconde, comme il peut durer plusieurs minutes. Mais ça peut devenir dangereux quand même, parce que si je reçois trop d’énergie, mon corps ne le supportera pas. Ça n’a rien de douloureux, au contraire. C’est une chaleur qui parcourt chaque partie de mon corps, une soudaine bouffée d’énergie qui me donne l’impression d’être plus fort. C’est plutôt agréable la plupart du temps, tant mieux d’ailleurs. Ce serait embêtant que le seul moyen de me tenir en vie soit douloureux. »

Je souris, lui laissant le temps d’assimiler mes explications. Je l’observe du coin de l’œil alors qu’il semble perdu dans ses pensées. Il grimace légèrement, ce qui m’amuse. Je n’ai jamais dit que c’était une partie de plaisir, d’avoir un gène différent.

« Et...Pour les âmes soeurs. Il y 'a une différence entre les Twaos et les autres, non ? C'est...Plus important...Pour les Twaos, pas vrai ?
- Notre âme-sœur est notre raison de vivre. Du moins, ça l’était autrefois d’après les histoires que me racontait Jong In. Maintenant, ça a un peu changé. Surement parce que notre société est plus moderne. Nous ne pouvons être entier si nous ne la trouvons pas. Son énergie nous semblera plus forte, plus belle… Ce n’est pas quelque chose d’explicable… Je suppose… »

Ce le serait peut-être si je l’avais vécu en tout cas. Ce qui n’est pas le cas jusqu’à maintenant.

« Sun Hee, c'est ton âme soeur ? Elle est une Twao aussi ? Et...Jong In ? Comme tu as dis qu'il t'a tout appris...»

Cette fois, je ne trouve pas la réponse aussi facilement. Je reste silencieux, me demandant comment lui expliquer ma situation actuelle et surtout, qu’elle sera sa réaction. Il est conciliant, même compréhensif jusqu’à maintenant, mais le sera-t-il toujours quand il saura que la raison pour laquelle je suis partie n’a plus de raison d’être quand j’ai Sun Hee ? Il a été à cette place aussi. Pourtant, j’ai fuis. Je l’ai fuis…

« Ce n'est pas pour te juger. Je veux juste te connaître...Mieux que je ne l'ai fais ces dernières années.»

Je secoue la tête doucement. Je sais. Je le sais qu’il ne me juge pas, pas encore. Doucement, je soupire et repose ma tête sur le siège, n’osant pas le regarder alors que je réponds avec une certaine hésitation :

« Jong In est un twao, oui. C’est pour ça que c’est lui qui m’a élevé. Mes parents ont jugé bon de me laisser entre les mains de quelqu’un de ma race car il était mieux placé qu’eux pour m’aider. Seule sage décision qu’ils ont eu d’ailleurs. Il est comme un père pour moi, tu sais ? Il m’a tout appris, il a même chargé avec moi lorsque ma partenaire est partie… »

Je serre les poings, fuyant son regard qui semble me lire. Peut-être que je me fais des idées ? Après tout, il y a prescription maintenant, non ? Il ne pourra pas m’en vouloir éternellement… Ou… Je suis vraiment un abruti. Le cœur battant, je finis par avouer à mi-voix :

« Sun Hee est humaine… » J’inspire profondément avant de continuer, sous son silence que je n’arrive pas à interpréter. « Elle ne connait rien des twaos, et ne sait même pas que je suis différent. Je… Je pensais que c’était elle. Je croyais qu’en posant mes lèvres sur les siennes, je sentirais cette bouffée d’énergie qui changerait ma vie. Mais ce n’est pas le cas. Je n’ai rien eu d’autre qu’une vague d’amour pour balayer mon coeur. J’ai essayé de la quitter, tu sais ? J’ai vraiment essayé. Mais j’ai fait l’erreur une fois, je ne voulais pas prendre le risque de recommencer et de le regretter… »

Je tourne les yeux vers lui, plongeant dans son regard plus noir que l’encre. Est-ce qu’il comprend ce que cela implique ? Est-ce qu’il pense au nombre de fois où j’ai prié pour que ce soit lui ? A toutes les fois où j’ai dû lutter pour rester droit et ne pas céder à ses bras ? Toutes ces fois où j’ai préféré lui fermer mon cœur, alors que j’ai laissé quelqu’un d’autre me le prendre.

« C’est la femme de ma vie, je le sais. Est-ce que je devrais la laisser filer entre mes doigts pour un rêve que je ne trouverais probablement jamais ? »
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« Invité » Invité
MessageSujet: Re: "I've been away so long?!"    Ven 1 Nov - 19:47


« Merci Kyun’ah~ »

Je souris légèrement, ravi de voir une expression soulagée habillait ses traits. Il est tellement mieux ainsi. Surtout lorsque je lle vois rire, alors qu'il est amusé par ma multitude de question.

« En fait, c’est comme… Un malade qui aurait besoin de prendre des médicaments à intervalles régulières, tu vois ? Généralement, je charge le matin, et le soir. Les jours où je me sens moins bien, j’ai besoin de plus de charges alors j’en prends dans la journée. J’ai une partenaire fixe, ici à Séoul. Tu l’as sûrement déjà vue d’ailleurs, c’est l’américaine que j’ai ramené il y a un mois. Mais quand je suis en voyage, je m’arrange pour avoir un donneur dans mon équipe, sinon j’improvise. »

J'écoute chacun de ses mots avec attention, observant Ryu alors qu'il tente de me décrire les sensations qu'il ressent depuis des années, lors de ces "charges". Effectivement, ça ressemble pas mal à un malade qui prend ses médicaments quotidiennement, matin et soir. Sauf que là, c'est pour la vie. Et qu'il a besoin d'un partenaire complémentaire, pour ça.
J'hoche la tête, lorsqu'il me parle de cette fameuse américaine. En effet, je me souviens d'elle. Par contre, impossible de différencier les humains des Twaos. Je ne l'aurais jamais su, pour elle.

« Ce n’est pas vraiment… Un rituel… En fait, on doit juste s’embrasser. Après, ça dépend de la dose d’énergie qu’on a besoin de se transmettre. Le baiser peut durer quelque seconde, comme il peut durer plusieurs minutes. Mais ça peut devenir dangereux quand même, parce que si je reçois trop d’énergie, mon corps ne le supportera pas. Ça n’a rien de douloureux, au contraire. C’est une chaleur qui parcourt chaque partie de mon corps, une soudaine bouffée d’énergie qui me donne l’impression d’être plus fort. C’est plutôt agréable la plupart du temps, tant mieux d’ailleurs. Ce serait embêtant que le seul moyen de me tenir en vie soit douloureux. »

Je cligne des yeux, en entendant la suite. Un baiser ? C'est comme ça qu'il charge ? Je reste longuement perdu dans mes pensées, analysant les propos de mon meilleur ami. Je grimace légèrement. U baiser avec tant d'effet, juste pour une charge...ça dit être très troublant à vivre.

« Et...Pour les âmes soeurs. Il y 'a une différence entre les Twaos et les autres, non ? C'est...Plus important...Pour les Twaos, pas vrai ?
- Notre âme-sœur est notre raison de vivre. Du moins, ça l’était autrefois d’après les histoires que me racontait Jong In. Maintenant, ça a un peu changé. Surement parce que notre société est plus moderne. Nous ne pouvons être entier si nous ne la trouvons pas. Son énergie nous semblera plus forte, plus belle… Ce n’est pas quelque chose d’explicable… Je suppose… »

Il suppose ? Oui....Il ne l'a pas encore rencontré.

Quand je lui pose la question pour Jong In et Sun Hee, d'un coup, Ryu semble se fermer. Il garde le silence, et je suis un peu surpris, alors qu'il semblait prêt à tout me dire une minute auparavant. Je cherche à le rassurer en ajoutant que je ne le jugerais pas, et il hoche doucement la tête, l'air un peu perdu, voir...Effrayé.
Il soupire en collant son dos au siège, et je penche la tête sans le quitter des yeux, alors qu'il hésite :

« Jong In est un twao, oui. C’est pour ça que c’est lui qui m’a élevé. Mes parents ont jugé bon de me laisser entre les mains de quelqu’un de ma race car il était mieux placé qu’eux pour m’aider. Seule sage décision qu’ils ont eu d’ailleurs. Il est comme un père pour moi, tu sais ? Il m’a tout appris, il a même chargé avec moi lorsque ma partenaire est partie… »

Je frissonne en entendant le mot "race". Bon sang....Comment j'ai pu vivre à ses côtés pendant si longtemps sans même rien remarqué ? Finalement, je n'ai jamais rien su de lui. Tu parles d'un meilleur ami...Je regrette mon manque de perspicacité. Réellement.
Son regard fuyant se détache de moi, alors que ses poings se serrent. Je m'inquiète un peu, et mon coeur s'accélère, alors qu'un mauvais sentiment m'assaille.
Et j'aurais préféré ne jamais entendre les mots qui passèrent la barrière de ses lèvres.

« Sun Hee est humaine… »


Humaine.

Sun Hee est humaine.

Comme moi.

J'ignorais qu'une phrase aussi banale pouvait me faire autant de mal.


« Elle ne connait rien des twaos, et ne sait même pas que je suis différent. Je… Je pensais que c’était elle. Je croyais qu’en posant mes lèvres sur les siennes, je sentirais cette bouffée d’énergie qui changerait ma vie. Mais ce n’est pas le cas. Je n’ai rien eu d’autre qu’une vague d’amour pour balayer mon coeur. J’ai essayé de la quitter, tu sais ? J’ai vraiment essayé. Mais j’ai fait l’erreur une fois, je ne voulais pas prendre le risque de recommencer et de le regretter… »

Ses yeux plongent dans les miens, alors que mon esprit est déjà loin. J'ai des flash-back qui remontent dans ma tête, me frappant de plein fouet. Je regrette. Je n'aurais jamais dû lui poser la question. Je ne voulais pas savoir.
Ryu poursuit doucement, retournant le couteau dans la plaie, à vif. Sans même le savoir.

« C’est la femme de ma vie, je le sais. Est-ce que je devrais la laisser filer entre mes doigts pour un rêve que je ne trouverais probablement jamais ? »

Tais-toi. Pitié, tais-toi.


Je lutte contre l'envie de poser mes paumes sur mes oreilles, afin de ne plus entendre ces mots qui me font mal, et souffle doucement, détournant le regard. Il ne faut pas que j'y pense. Pas que je pense qu'il est parti sans se retourner en me laissant derrière, alors qu'il est prêt à tout abandonner pour elle.
Je reprends ses mots, les retournent dans mon esprit. Humaine. Humaine et totalement ignorante de l'existence des Twaos.

Comme moi jusqu'à il y a un an.

Nous sommes exactement pareils. Humains, et ignorants. Pourtant, elle, il l'aime. Il est tombée désespérément amoureux d'elle. Au point d'oublier la raison qui l'a séparé de moi il y a cinq ans. Elle, elle à su le retenir, elle a su obtenir son coeur, le détourner de cette âme soeur qu'il recherche pourtant avec l'énergie du désespoir.

Je n'en ai pas été capable.

Je baisse les yeux en soufflant lentement. Pitié, garde ton calme. Contrôle-toi. Ne craques pas maintenant. Attends au moins d'être chez toi pour pleurer, Kyu Jung. C'est ton meilleur ami, là, qui t'a tout dis. Il te fait confiance, il s'est confié, alors que je vois encore ses poings serrés par le doute. Il a encore peur de ma réaction. Pourtant, il n'a rien fait de mal. Rien du tout.
C'est moi qui suis tombé amoureux de la mauvaise personne, et qui s'est trouvé incapable de la retenir. Maintenant que je suis adulte, il est temps de je réagisse comme tel. Je lui ai dis il y a une heure que mes sentiments faisaient partis du passé, non ? C'est le moment de le prouver.
Kyu Jung, il est temps que tu parles comme ce frère de coeur que tu es censé être. Aide-le.

« Restes avec elle. »

J'inspire en regardant droit devant moi. Allez, Kyu Jung. C'est de ton meilleur ami qu'il s'agit. Arrête de ne penser qu'à toi. Il a besoin de toi.

« Tu es fou d'elle, Ryu. Ça crève les yeux. Ça ne te ferait que du mal de la quitter alors que tu l'aimes, pour quelqu'un dont tu ignores l'existence que tu ne rencontreras peut-être jamais. Pour l’instant, du moins... »

S'il l'a déjà essayé de rompre et que ça lui a fit du mal, il ne devrait pas recommencer, ou il va se détruire. Cependant, une pensée me frappe. Et si jamais...Et s'il rencontrait son âme soeur ? La sensation parait si forte, imprévisible, incontrôlable. J'ai vu les émotions pétillaient dans les yeux de mon meilleur ami, quand il a tenté de le décrire. C'est si fort. Si jamais il la rencontrait...Ne risquerait-il pas de se retrouvait torturé entre deux eaux ? N'est-ce pas d'ailleurs déjà le cas ? Son âme soeur, sa moitié donc, et la femme de sa vie ? Comment fera-t-il, si ça arrive ? Il va péter les plombs.
Pris d'une vague de peur, je déglutis en imaginant la scène. Ça va lui faire beaucoup de mal. Beaucoup trop. Et une vague de colère s'empare de moi. Mais vraiment, quel idiot je suis. Il souffre tellement depuis si longtemps, et je n'avais strictement rien remarquer.
Si seulement...Si seulement Ryu ne rencontrait pas son âme soeur. Il pourrait être heureux avec Sun Hee, après tout. Évidemment que ça va le tourmentait un peu, mais il est tellement amoureux d'elle, au bout d'un moment, son désir de retrouver son âme soeur s'estomperait, non ?
...Ou peut-être pas.

Quoi qu'il en soit, il ne faut pas que je le lâche. Pas maintenant, alors que je comprends tout juste dans quel situation compliquée il s'est mit. Inspirant, je lance enfin :

« Ça ira, Ryu. Tu seras heureux avec Sun Hee, j'en suis persuadé. Vous êtes faits l'un pour l'autre. Quand tu me parles d'elle, et quand tu me l'as présenté, je n'ai jamais vu tes yeux aussi vifs et expressifs. Brillants. Et elle, elle t'observe de la même façon. Vous êtes fous l'un de l'autre, on ne trompe pas un détective. » ris-je doucement. « Mais si d'aventure...Ton âme soeur devait se placer sur ton chemin...Le moment venu, tu sauras quoi faire. Des solutions, il y en a toujours. Des bonnes solutions. N'aies jamais de regrets. Si c'est bien, c'est merveilleux. Sinon, c'est une expérience. S'il te faut du temps, tu prendras le temps, tout simplement. Tu sauras ce qui est mieux pour toi, j'en suis persuadé. Parfois...Il faut se résoudre à laisser partir quelqu'un, quel que soit l'intensité de l'amour que tu lui portes. Pour son bien et pour le tien. Et si tu as du mal à t'en sortir, je serais là pour t'aider. Et faire le point. Tu n'as pas à t'en faire, d'accord ? Quelle que soit la solution que tu choisiras, même si c'est la mauvaise, tu t'en sortiras. Et si, par malheur, il t'arrive d'atteindre le fond, tu sais qu'il ne dépendra que de toi de t'en relever, et tu as cette force là en toi. Et je t'aiderais, si tu n'y arrives pas tout seul. Il s'agit de savoir où mettre les pieds, et quand tu sauras, tu te relèveras facilement, parce que Ahn Ryu Jeong ne se laisse terrasser par personne, pas vrai ? Je ne dis pas que ce sera de la tarte, c'est très facile de déraper. Une précipitation, un regard à la dérobée, et on tombe dans le fossé. Mais est-ce la fin du monde ? Je ne le pense pas. tu es couvert de bleus et de bosses, un peu esquinté. C'est douloureux, bien sûr. Mais ça guérit. Tu es entier et tu peux guérir. Pour reprendre le dessus, il suffit juste de se faire une raison. Et quand tu y arrives, tu comprends que tu as encore des choses à vivre. »

Et je sais de quoi je parle, crois-moi.


Je souffle, me rendant compte à quel point mes mots sont désorganisés. Pourtant, je les laisse sortir peu à peu, cherchant à exprimer ce que j'en pense, et effleure le volant des doigts :

« Mon avis...C'est que tu ne devrais pas t'affoler pour ça. Vis le présent avec Sun Hee. Goûtes au bonheur à ses côtés. Et si le destin décide de te faire rencontrer ton âme soeur, ce sera une nouvelle expérience, plus forte, plus intense encore, qu'on te donne le choix de vivre. Ne vois pas ça comme un malheur, mais comme l'opportunité de vivre ce que tu n'as jamais vécu, et que d'autres personnes, humaines comme moi, ne vivront jamais. C'est une chance, Ryu. Et si Sun Hee t'aime, et que tu lui expliques...Elle comprendra. J'en suis sûr. »

Moi, je l'ai compris. Pourquoi ne le pourrait-elle pas, elle ? Et si elle refuse de le comprendre, c'est qu'elle ne l'aime pas tant que ça. Le bonheur de l'être aimé passe avant le sien, non ? Je souris. Tu parles. A sa place, j'en serais détruit. Si Ryu m'aimait comme il aime Sun Hee, et m'annonçait qu'il a rencontré son âme soeur, qu'un lien inimaginable les lient, j'en mourrais sans aucun doute. Mais ça, je préfère éviter de le dire à voix haute. Il doit s'en douter, de toute façon, qu'elle aura sans doute du mal à l'admettre. Mais au fond...Elle arrivera à comprendre. Si elle aime Ryu...
Je tourne la tête vers lui, et esquisse un sourire pour le détendre, effleurant sa chevelure :

« Ça ne te ressemble pas, de te prendre autant la tête, mon grand. »

Mes doigts effleurent sa joue avec tendresse, alors que chacune des mots qu'il m'a lancé tourbillonnent dans ma tête, me brûlant de part en part. Ça fait mal. C'est bizarre. C'est trop d'informations...Il me faut du temps pour tout assimiler.

"Sun Hee est humaine."


Juste une chose. Une dernière chose.

Accrochant ma main au dossier de son siège, je me penche en avant sans lui laisser le temps de reculer. Et mes lèvres se posent sur les siennes. Un frisson électrique me parcourent le corps, délicieux. Elles sont chaudes, tremblantes. Ou plutôt...Non, ce sont mes lèvres qui tremblent. Tellement différentes de l'assurance qu'elles avaient il y a six ans. Je sens ses yeux qui s'écarquillent sous la surprise. Et bien quoi ? A-t-il oublié à quel point je suis imprévisible ? Mes dents attrapent légèrement sa lèvre inférieure, lentement, et je savoure le contact, ma langue cherchant doucement la sienne. Pour la dernière fois.
Comme je le pensais. Pas de charge, pas d'énergie, et sans doute pas de vague d'amour comme avec Sun Hee, hein ? C'est normal. Nous sommes des meilleurs amis.

Et je ne suis ni Twao, ni son âme soeur.

J'ai mal.


Lentement, je détache mes lèvres des siennes, et esquisse un sourire que je veux narquois, afin de cacher tout ce que je ressens sous le masque, avant de reprendre ma place, attachant ma ceinture :

« C'était le dernier. »

C'est terminé. A partir d'aujourd'hui, je t'oublies irrévocablement et définitivement. Je ne veux plus être seul. Je veux trouver quelqu'un qui sera là pour moi, moi aussi. Quelqu'un qui m'aimera comme je suis. Qui me feras rire et qui n'aimera que moi. Quelqu'un qui sera capable de me regarder dans les yeux et qui me diras qu'il m'aime et qu'il m'accepte avec mes défauts. Quelqu'un qui pourra me dire que je suis son âme soeur.

Irrésistiblement, mes pensés se tournent vers Ha Neul. La dernière fois que je l'ai vue, elle était en colère contre moi. Il faut que je m'excuse. Que je la revois et que je m'excuse. Il suffit que je revois son sourire au moins une fois, et je comprendrais ce qu'il se passe.
Elle est si belle quand elle rit.

Si je la revois rire, après tout ce qu'il s'est passé, je pourrais enfin mettre un nom sur les sentiments qu'elle apporte en moi quand elle me regarde.

Et tirer un trait définitif sur mon meilleur ami.

Mes doigts desserrent le frein à main, alors que je reprends la route en lui proposant de le raccompagner. Mes sentiments avaient déjà commencé à s'estomper, quand il m'a annoncé ses fiançailles. Et c'était pire quand j'ai rencontré Ha Neul. Mais entendre que cette femme dont il est fou est...Humaine...Ça fait mal, oui. Personnellement, je ne demande qu'une chose, c'est rentrer chez moi. Il s'est passé trop de choses aujourd'hui.
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« Invité » Invité
MessageSujet: Re: "I've been away so long?!"    Sam 9 Nov - 10:37

Le silence est insoutenable. J’ai l’impression d’entendre nos cœurs se débattre à l’unisson, tant il règne autour de nous. Etouffant. Qu’il parle, même si c’est pour hurler que je suis égoïste, que je mérite de me retrouver seul, ou que je ne suis qu’un monstre. Ca m’est égal, mais qu’il dise quelque chose.

« Reste avec elle. »

Je sursaute, tournant vivement la tête vers lui. Je m’attendais à tout, sauf à ça.

« Tu es fou d'elle, Ryu. Ça crève les yeux. Ça ne te ferait que du mal de la quitter alors que tu l'aimes, pour quelqu'un dont tu ignores l'existence que tu ne rencontreras peut-être jamais. Pour l’instant, du moins...
- Kyun’ah…»

Sa voix est calme, presque même trop. Pourtant, elle tremble. Je la sens alors qu’elle s’inscrit douloureusement dans chacun de mes pores. Je déglutis difficilement alors qu’il ne me regarde toujours pas, comme ce jour-là sur la plage. Comment est-ce que je sais que Kyu Jung me ment ? Ses yeux sont incapables de soutenir les miens dans ces moments-là. Qu’est-ce qu’il a envie de me dire et qu’il me cache ? Dis-moi Kyu, à quel point tu prends sur toi pour me dire ce que j’ai tellement envie d’entendre…

Je sais très bien qu’il est capable de ressentir cette peur qui m’étreint quand je pense à mon avenir avec ou sans Sun Hee. Ce qu’il se passera si je rencontre mon âme sœur alors que je suis promis à la femme que j’aime ? La torture, c’est tout ce qui m’attend. Et comme un idiot, j’y fonce tête baissée. Mon cœur sera déchiré, mon être tout entier sera anéanti. Ça… Il doit bien le sentir. N’est-ce pas ? C’est pour ça qu’il cherche ses mots. Son visage reflète la peur qui me serre l’estomac. Comme toujours, il me comprend mieux que personne. Les mots qui suivent sont si forts, que mon cœur palpite fébrilement en les entendant :

« Ça ira, Ryu. Tu seras heureux avec Sun Hee, j'en suis persuadé. Vous êtes faits l'un pour l'autre. Quand tu me parles d'elle, et quand tu me l'as présenté, je n'ai jamais vu tes yeux aussi vifs et expressifs. Brillants. Et elle, elle t'observe de la même façon. Vous êtes fous l'un de l'autre, on ne trompe pas un détective. »

Je lève les yeux au ciel, tentant vainement de ne pas montrer mon trouble. S’il savait à quel point ses mots me touchent. Pour que lui l’ai remarqué, c’est que c’est une bonne chose. Inévitablement. C’est tout ce dont j’ai besoin, son consentement. L’appui de mon frère, de ma moitié.

«Mais si d'aventure...Ton âme soeur devait se placer sur ton chemin...Le moment venu, tu sauras quoi faire. Des solutions, il y en a toujours. Des bonnes solutions. N'aies jamais de regrets. Si c'est bien, c'est merveilleux. Sinon, c'est une expérience. S'il te faut du temps, tu prendras le temps, tout simplement. Tu sauras ce qui est mieux pour toi, j'en suis persuadé. Parfois...Il faut se résoudre à laisser partir quelqu'un, quel que soit l'intensité de l'amour que tu lui portes. Pour son bien et pour le tien. Et si tu as du mal à t'en sortir, je serais là pour t'aider. Et faire le point. Tu n'as pas à t'en faire, d'accord ? Quelle que soit la solution que tu choisiras, même si c'est la mauvaise, tu t'en sortiras. Et si, par malheur, il t'arrive d'atteindre le fond, tu sais qu'il ne dépendra que de toi de t'en relever, et tu as cette force là en toi. Et je t'aiderais, si tu n'y arrives pas tout seul. Il s'agit de savoir où mettre les pieds, et quand tu sauras, tu te relèveras facilement, parce que Ahn Ryu Jeong ne se laisse terrasser par personne, pas vrai ? Je ne dis pas que ce sera de la tarte, c'est très facile de déraper. Une précipitation, un regard à la dérobée, et on tombe dans le fossé. Mais est-ce la fin du monde ? Je ne le pense pas. Tu es couvert de bleus et de bosses, un peu esquinté. C'est douloureux, bien sûr. Mais ça guérit. Tu es entier et tu peux guérir. Pour reprendre le dessus, il suffit juste de se faire une raison. Et quand tu y arrives, tu comprends que tu as encore des choses à vivre. »

Je souffle. C’est douloureux de l’entendre dire ce que j’ai tant besoin d’entendre ces derniers temps, avec cette voix. Il sait de quoi il parle, ça se sent. Comment suis-je censé de marbre face à ça ? Tout mon corps tremble. Je m’en veux et je suis soulagé. Il sera toujours là, il sera toujours à mes côtés, quoiqu’il arrive. Ca me réchauffe le cœur de le savoir, et soudain, je me sens beaucoup moins seul. Ces vingt dernières années de solitude et de secret s’effacent petit à petit, pourtant je continue de me demander si c’est une bonne chose ou non…

Emu, je ne peux que l’écouter me conseiller d’être heureux avec ma fiancée. Sans penser une seconde à ce qu’il se passera dans les mois, ou les années qui viendront. Tout ce que j’ai toujours attendu, la boule au ventre, il me le dit. En quelques minutes, il détruit toutes mes incertitudes. Pourtant, mine de rien, j’entends toujours le fond de son mensonge. Si elle comprendra mon choix ? Je n’en suis pas si sûr. Durant toutes ces années, je lui aurais menti. Je lui aurais dissimulé ma nature et ce qui a rythmé toute ma vie jusqu’à présent. Elle ne pourra pas fermer les yeux sur ça, si je lui annonce que je préfère vivre le restant de mes jours avec l’âme qui m’est destinée quand c’est à elle que je me suis promis auparavant. Quelle femme seine d’esprit laisserait faire une telle chose ? Si elle m’aime, comme je l’aime… C’est impossible qu’elle comprenne. Je le sais parfaitement. Elle sera détruite, et de savoir ça, égoïstement, je n’y survivrais pas.

Soudain, je sens ses doigts effleurer ma chevelure dans un geste qui se veut rassurant.

« Ça ne te ressemble pas, de te prendre autant la tête, mon grand. »

Je souris faiblement, penchant la tête pour sentir sa paume contre ma joue. Comme j’aimerai ne jamais effacer ce contact. C’est tout ce dont j’ai besoin pour l’heure. Sentir que mon meilleur ami est là, et qu’il m’accepte tel que je suis.

« Que veux-tu Kyun’ah… On grandit. » soupire-je.

Nos regards se croisent et sans vraiment m’en rendre compte, je sais déjà ce qu’il va suivre. Parce que cette lueur qui me brise le cœur, je l’ai déjà vue. Une fois, deux fois, trois fois déjà.

Il se penche vers moi, sans même me laisser le temps de faire le moindre geste. Comme si j’allais le faire, d’ailleurs. Un frisson me parcourt alors que je sens ses lèvres se poser délicatement sur les miennes. Il tremble contre moi, ce qui marque cette différence douloureuse par rapport à il y a six ans. A cette époque, nous étions jeunes, inconscients. Il n’y avait que lui pour moi, et c’était peut-être bien ça le problème. Si mes yeux s’écarquillent, ce n’est pas sous la surprise de son geste. Quelque part, ça me semble être dans l’ordre des choses. Non, c’est uniquement parce que je la ressens encore. Enfoui au fond de moi, il y a cette toute petite étincelle que je pensais éteinte. Mais autant se rendre à l’évidence, c’est Kyu. Mon Kyu. Alors je le laisse faire, accrochant mes doigts à sa veste. Je suis incapable de le repousser. Je ne peux pas, ne veux pas le faire. Ce n’est qu’un baiser, comme je lui en ai déjà donné tant d’autres.

Seulement celui-là, il a un goût amer qui me brule les lèvres. Un au-revoir qui ne me plait pas tant que ça.

Il se détache lentement, un sourire narquois décorant ses lèvres. Qu’il m’ôte ce masque qui décore son visage, c’est insupportable. Il joue à être fort et droit, je le comprends. Il a toutes les raisons de le faire, après tout, c’est ce que j’ai fait aussi sur cette plage, il y a six ans. Mais je ne l’accepte pas forcément. Pas alors qu’il vient de m’embrasser. Encore une fois.

« C'était le dernier. »

Je ne réponds rien, me contentant de l’observer avec de grands yeux. Il n’y a rien à répondre de toute façon. Je ne peux ni protester, ni acquiescer. Je ne dirais rien sur le léger pincement de mon cœur, et je lui souris simplement. Doucement, je passe mes mains dans ses cheveux en essayant vainement de faire passer dans mon regard tout ce que je ne peux me résoudre à lui dire.

Ca aurait dû être toi. Je ne me le dirais plus maintenant, c’est ça ? Il ne saura jamais combien de fois j’ai répété ces mots, en tournant en rond dans ma chambre. Ça vaut sûrement mieux. Il n’a pas besoin de s’en douter, ça fait déjà trop pour une simple journée.
Tout ce que je peux faire, c’est lui souhaiter en silence de ne plus se sentir aussi seul. Si cette fille suffit à le remplir d’une joie que j’ai cru naïvement pouvoir lui transmettre un jour, alors je ne peux qu’attendre le moment de l’en féliciter. Si elle peut lui dire tous les je t’aime qui n’échapperont jamais la barrière de mes lèvres, alors qu’elle le fasse, mais qu’elle le fasse bien. Je veillerais toujours, même tapi dans l’ombre. Je te le promets Kyun’ah, tu seras heureux. Même si ça doit être sans moi, finalement.

Je ne saurais même pas dire si mon cœur est apaisé, ou tout le contraire.

Je fronce les sourcils en l’entendant me proposer de me ramener. J’ai cette boule dans l’estomac qui grandit en une forme apeurée qui lutte pour ne pas rentrer. Ce n’est pas le moment, je le sais. Il ne peut pas me laisser et repartir comme si rien n’était. Pourtant, il démarre la voiture, reprenant la route vers mon appartement. Si ça ne tenait qu’à moi, nous serions déjà immobilisés sur le bas-côté. Seulement, j’ai déjà été assez égoïste non ? Je me doute parfaitement que pour lui, cette journée est un peu trop à supporter. Il a besoin de se poser au calme, de réfléchir à tout ça, et de mettre de l’ordre dans ses sentiments. Exactement ce que j’ai fait en revenant de la plage, il n’y a pas si longtemps.

« Si je te laisse repartir, rien n’aura changé entre nous, pas vrai ? » souffle-je.  

Parfois, j’ai peut-être trop besoin d’être rassuré que j’en oublie ce que pensent les autres. Si je m’écoutais, je me roulerais en boule comme à chaque fois que je me sens en insécurité. C’est cette peur dans mon ventre, qui me le serre et me le tort… Je me mords la lèvre, observant toujours le profil sérieux de mon meilleur ami. Il doit bien deviner que je ne parle pas uniquement de ma nature, n’est-ce pas ?

Tu es absurde Ahn Ryu Jeong.

« Je ne veux pas te perdre. Tu le sais non… »

Que sans toi, je n’y arriverai pas. Tout comme je suis incapable de finir cette phrase, parce que je devine combien elle te fera du mal.

Et alors que l’immeuble qui accueille mon appartement apparait au-delà des toits, je serre les doigts un peu plus fort sur mon jean. Il a sûrement raison en fin de compte. On fait mieux de partir chacun de notre côté pour aujourd’hui, le temps de respirer confortablement. Maintenant, il n’y a plus le moindre secret entre nous, mais ça ne veut pas dire que cet après-midi marque un adieu de plus. Il faut que j’arrête de penser que les gens auxquels je tiens sont encore capables de m’abandonner. Si je dois avoir confiance en quelqu’un, ce devrait être Kyu Jung après tout.

Et puis en rentrant chez moi, il y a quelqu’un pour m’y attendre. Une personne presque trop belle, trop parfaite pour que j’ai le mérite de me tenir à ses côtés. Elle sera aussi aimante et douce que d’habitude, et en voyant mon état, elle me posera aucune question, se contentant simplement de passer sa main dans mes cheveux jusqu’à ce que je me calme. Ça aussi, un jour, je devrais lui dire, même si je crois qu’elle s’en doute. Je lui ai tellement parlé de mon meilleur ami, comment aurait-elle pu passer à côté de ce lien puissant qui nous unit ? N’est-ce pas elle qui un jour m’a soufflé en rigolant : ‘Si je te demandais de choisir entre lui et moi, je suis certaine de ne pas l’emporter, n’est-ce pas ?’ Aucune chance. Mais elle ne le fera jamais, peut-être à cause de la réponse d’ailleurs.

« Oublie ce que je viens de dire. Je n’ai aucun droit, je me laisse juste… » Je soupire, remarquant à peine qu’il se gare un peu à l’écart de l’entrée. « Je suis vraiment désolé Kyu. Pour tout. »

Je plonge mon regard dans le sien, et lui sourit. Finalement, mon cœur est peut-être un peu plus léger. Même si mes lèvres tremblent sous l’émotion, je suis certain d’avoir l’air sincère. C’est mon meilleur ami, et il le restera toujours.
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MessageSujet: Re: "I've been away so long?!"    Dim 10 Nov - 3:03

Je l'ai vu froncé les sourcils lorsque je lui ai proposé de le ramener. Il a peur ? Pourtant, je ne peux rien faire. Je me sens vidé, et je n'ai pas la force de poursuivre la conversation. C'est beaucoup à encaisser. Et je suis qu'un gosse de vingt-deux ans. J'ai rien. Je ne suis pas d'une force d'esprit incroyable. Je ne peux pas lui proposer de venir chez moi jouer aux jeux vidéos comme à l'époque.
Cependant, alors que je souffle, comme dépassé, il prend la parole, brisant le silence pesant de la voiture :

« Si je te laisse repartir, rien n’aura changé entre nous, pas vrai ? »

Je continues de rouler, et réfléchis à ses mots. J'ai bien la preuve qu'il a peur. Rien ? Si, les choses ont changés, il le sait, non ? Bien sûr qu'il le sait. Peut-être devrais-je le lui rappeler. Parce qu'il n'a pas l'air de comprendre que même si je suis épuisé, c'est un changement positif. Nous nous sommes tous dit, aujourd'hui. Plus de secret.  Et ça nous a rapprochés, non ?
Alors pourquoi....Affichons-nous des expressions digne d'un enterrement d'un membre de la famille ?

Je sais parfaitement pourquoi. C'est juste que j'ai peur de l'admettre.


« Tu es toujours mon meilleur ami, tu le sais... »

Je continues de fixer la route, alors que nous arrivons près de chez lui. Il le remarque aussi, et un coup d'oeil sur le côté me permets de voir que ses mains se sont crispés sur son jean. Une boule d'inquiétude m'envahit doucement. Qu'est-ce qu'il a ?

« Je ne veux pas te perdre. Tu le sais non… »

Ces mots. Ces mots-là. Ce sont ces mots-là, ceux là en particulier, qui me sorte de ma léthargie. Ce sont ces mots qui me font prendre conscience de ce que je suis en train de faire. De ce que je devrais faire, au lieu de faire la tête dans cette voiture en jouant un remake de tragédie. N'importe quoi, Kyu Jung. Ressaisis-toi.
Réponds-lui. Tu ne peux pas le laisser croire qu'il va me perdre. Ryu, merde, tu n'as pas encore saisis l'importance que tu as pour moi ?
Je me gare, avant de me tourner vers lui :

« Comment peux-tu croire que...
- Oublie ce que je viens de dire. Je n’ai aucun droit, je me laisse juste… » Il ne termine pas sa phrase, soupirant doucement. « Je suis vraiment désolé Kyu. Pour tout. »

J'écarquille les yeux. Pourquoi il s'excuse ? Pourquoi ? Il n'est pas...Ce n'est pas de sa faute. Si je me suis senti mal tout à l'heure...Ce n'est pas de sa faute.
Je vois Ryu qui pose sa main sur la portière, et rattrape son bras pour l'empêcher de sortir. Je ne peux pas le laisser partir comme ça. Il faut que je sois sincère. Vraiment sincère. Bien sûr, je pense chacun des mots que je lui ai dis. Mais je n'ai justement pas tout dit...

« Ryu, je... »

Je veux être honnête. Plus que je l'ai été jusqu'ici. Mes doigts restent autour du poignet de mon meilleur ami, desserrant légèrement la prise pour ne pas lui faire mal :

« Tu n'as pas à t'excuser, Ryu. Tu n'es pas responsable. C'est vrai, après tout...Tu n'as pas choisi d'être Twao. Tu n'as pas choisi de tomber amoureux, d'avoir une âme soeur. Il faut que tu comprennes que tu n'as rien fait de mal. »

Je laisse ma main descendre sur la sienne pour la serrer avec douceur, cherchant à le rassurer.  Et cette fois, j'ose lui dire ce que je pense vraiment, au fond. Allez, ne cache rien, Kyu Jung, dis-lui. Dis-lui.

« Je...Je ne vais pas te mentir. Ce serait idiot, tu le vois tout de suite de toute façon. Je sais pas comment te mentir, moi. Alors je vais être honnête. Savoir que... » Je souffle, fermant les yeux une seconde, avant de rouvrir les yeux « Que Sun Hee est humaine, ça m'a fait mal, la première seconde. Je me suis dis que j'ai raté ma chance, il y a six ans. Mais là, aujourd'hui, je me rends compte que c'est mieux comme ça. Parce que si tu m'avais quitté pour une âme soeur, j'aurais pas survécu. Franchement pas. Maintenant...Si tu rencontres ton âme soeur, et que Sun Hee ne prend pas bien la nouvelle, je pourrais te soutenir. C'est une maigre consolation, quand tu risques de perdre éventuellement la femme que tu aimes. Et j'espère...Je prie de tout mon coeur que quoi qu'il se passe, tu sois heureux. Avec ou sans elle. Enfin, dans le meilleur des cas, avec elle, évidemment...Ou ton âme soeur. Excuse moi, je m'emmêle les pinceaux, mais...Ce que je veux simplement te faire comprendre, c'est que tu ne seras pas tout seul. Je ne te laisserais pas seul. Je ne t'abandonnerais pas. »

Je passe une main sur sa nuque pour le regarder. Mes doigts trouvent le chemin de la chaîne en argent autour de son cou, au bout de laquelle je devine la fiole que je lui ai offerte ce jour-là. Mes lèvres s'étirent en un léger sourire. Il la portera toujours, ce qui me donne envie de poursuivre ce que je dois lui dire. Tu es en bonne voie, Kyu Jung. Continues.

« Tu es mon plus grand ami. Le plus grand que j'ai jamais eu. » Je me permets une petite plaisanterie en observant du coin de l'oeil le corps de mon meilleur ami d'un air amusé « Même si tu dépasseras jamais ma taille...Mais c'est pas ça qui compte, la taille. Tu as un coeur immense. Généreux. Tu m'as appris tellement de choses que c'est presque comme si tu m'avais élevé à ta façon. Est-ce que tu t'en rends compte ? Tout ce que tu as fait pour moi. Tout ce que tu m'as appris. Tu m'as appris à assumer ce que j'étais, sans jamais avoir honte de moi. Tu m'as appris que l'amour n'avait pas de sexe. Qu'aimer, c'était tomber amoureux d'un âme, pas d'un genre ou d'un corps. Tu m'as appris qu'on pouvait s'exprimer sans prononcer le moindre mot. Tu m'as appris ce que c'était d'avoir une confiance totale en quelqu'un, à un point inimaginable. Et maintenant...J'ai peur. »

Je plonge un peu plus mon regard dans le sien :

« Ça me fait peur de ne pas pouvoir te rendre la pareille. Tu as toujours été là pour moi, mais quand tu avais besoin de moi, je n'étais pas là. Je me rends compte que lorsqu'on s'est dit au revoir sur cette plage à l'époque, j'ai pensé qu'à ma gueule. Je voulais pas que tu partes et que tu me quittes. J'étais déçu, en colère, je ne comprenais pas pourquoi tu t'en allais sans rien me dire. » Je déglutis doucement, expirant pour contrôler mes émotions. « Et c'est seulement aujourd'hui que je me rends compte à quel point tu souffrais de ton départ. Plus que je le pensais. Tu souffrais en silence et je ne l'ai pas compris. Alors que c'est mon rôle...Toi...Être twao...Tout lâcher pour trouver l'âme soeur...Et tomber amoureux d'une humaine. Tu as dû te torturer à un point inimaginable. »

Je me mords la lèvre. Qu'est-ce que j'ai été con. Lui, pendant tout ce temps, il souriait. Il a trouvé la force de sourire alors qu'il a dû se sentir terriblement tiraillé. Pendant toutes ces années, il a souffert tout seul, de son côté. Combien de fois il a dû ruminer tout ça dans sa tête, en tombant amoureux de Sun Hee, en la demandant en mariage ? Mon meilleur ami avait besoin d'aide, et je ne l'ai pas compris. Mais qu'est-ce que j'ai foutu ?
Je relève les yeux une nouvelle fois. Il est toujours mon meilleur ami. Pas question que je le lâche maintenant.

« Tu m'as demandé tout à l'heure si quelque chose avait changé entre nous. Oui. Tout à changé, mon grand. Maintenant que je connais ton histoire, j'aimerais que tu souffles. Tu as le droit de craquer, tu as le droit de faiblir, tu as le droit de courber l'échine. Tu as le droit de péter un câble, tu as le droit de pleurer, tu as le droit de souffrir. Contrairement à ce que tu penses, tu as tous les droits. Tu as le droit de ne plus faire tout ça en silence, parce que je suis là. Parce que je sais? Parce que maintenant, je peux te soutenir pour de vrai, et je le ferais. Je te soutiendrais. Jusqu'au bout. »

Qu'il se repose. Pitié, pitié, qu'il repose un peu son esprit. Laisse-moi me rattraper pour toutes ces années perdues, s'il te plait. Repose toi un peu, à présent, c'est tout ce que je te demande. Et moi, je serais là pour veiller sur ton sommeil. Je te le promets.

« Je ne peux pas te dire que j'empêcherais qu'on te brise le coeur...Même si j'aimerais en avoir le pouvoir. Mais...Je serais là pour recoller les morceaux. Je serais là si tu ne sais pas par où commencer, je t'aiderais à le reconstruire, sois-en sûr. »

Je ne sais pas s'il arrive à saisir tout ce que j'essaie de lui dire, de lui faire comprendre. Mais il faut qu'il sache que jamais je ne le laisserais seul. J'en suis incapable. Parce que j'ai besoin de lui.

« Ton petit doigt. » Après un silence de sa part, j'insiste. « Allez, passe-moi ton petit doigt. »

Je le vois hausser les sourcils pendant une seconde sans comprendre, jusqu'à ce que le message passe. Il lève sa main en tendant son petit doigt vers moi, et je le saisis avec le mien, entrelaçant nos doigts. Comment appelle-t-on ça, déjà ? Un pinky promise ou pinky swear. Traditionnellement, le pinky promise est considéré comme un engagement, et équivalent à une poignée de mains en termes de sceau de contrat. D'aussi loin que je me souvienne, le pinky promise indiquait que la personne qui brisait le secret devait se couper le petit doigt. Maintenant, faire un pinky promise est une manière toute simple de sceller une promesse, une promesse qui ne peut être brisée. Ce n'est pas la première fois que nous avons ce geste, revenant souvent lorsque nous étions enfants. Mais c'est la première fois que je recommences depuis notre adolescence. Je veux que le message passe, et le regarde droit dans les yeux :

« Je ne t'abandonnerais jamais. J'ai besoin de toi dans ma vie. J'ai besoin de ta présence d'esprit pour m'aider. J'ai besoin de tes mots pour me soutenir, de tes bras pour me relever. J'ai besoin de ta raison pour me stopper. J'ai besoin de ta voix pour me guider, de tes mains pour me faire avancer. J'ai besoin de tes blagues pour rire, de tes sourires pour me réchauffer, de ta présence auprès de moi. Une vie sans toi, ce n'est pas une vie, mais une mort lente et douloureuse »

Ma voix ne tremble plus, cette fois. Parce que je suis sûr de moi.

« Tu le sais...Et tu l'as toujours su, pas vrai ? Choi Kyu Jung n'existe qu'aux côtés d'Ahn Ryu Jeong. »

Je serais toujours là. C'est ma promesse.
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« Invité » Invité
MessageSujet: Re: "I've been away so long?!"    Sam 7 Déc - 2:04

Je me sens ridicule. De quel droit je parle de cette façon, après ce qu’il vient de me dire ? J’ai essayé de le nier pendant des années, pourtant, maintenant que ça m’explose en plein visage, je ne me sens pas plus rassuré. Juste effrayé à l’idée de perdre la personne la plus importante de ma vie. C’est ça qui est le plus stupide. Je connais parfaitement mon meilleur ami, je sais qu’il ne peut pas partir sans se retourner alors que je reste derrière lui. Alors… Pour quelle sombre raison suis-je aussi mal de savoir qu’à présent, il n’y a plus aucune barrière entre nous ? Que tout est dit.

Il vaut mieux que je m’en aille. Maintenant, avant que je ne commence à dire des choses qui ne feraient qu’empirer la situation dans laquelle nous nous sommes mis. Vivement, je pose la main sur la portière, prêt à l’ouvrir et à m’enfuir avec un rapide au revoir.  Seulement, avant même d’avoir le temps de l’ouvrir, des doigts se referment autour de mon poignet. Je sursaute, tournant la tête vers lui. Pourquoi il me retient ? Je suis pas aveugle au point de ne pas remarquer qu’il a envie de rentrer chez lui, casser deux trois trucs et se cacher sous sa couette. Un peu comme moi. Pourtant, il me tient toujours, desserrant légèrement ses doigts.

« Tu n'as pas à t'excuser, Ryu. Tu n'es pas responsable. C'est vrai, après tout...Tu n'as pas choisi d'être Twao. Tu n'as pas choisi de tomber amoureux, d'avoir une âme soeur. Il faut que tu comprennes que tu n'as rien fait de mal. »

A toi, je t’en ai fait du mal. C’est suffisant.

Ses doigts descendent doucement serrer ma main au creux de la sienne. Cette caresse me rassure aussitôt, dispersant une douce chaleur le long de ma peau. Il a toujours su comment faire après tout. Je croise son regard, et frissonne. Il est sincère. Bien plus qu’il ne l’a été depuis un bon moment déjà.

« Je...Je ne vais pas te mentir. Ce serait idiot, tu le vois tout de suite de toute façon. Je sais pas comment te mentir, moi. Alors je vais être honnête. Savoir que... »

Mon cœur tressaute. On est pareil sur ce point, incapable de mentir à l’autre sans qu’il ne le devine. C’est frustrant tant c’est facile de cerner les mensonges lorsque c’est entre nous. Or là, j’ai comme la désagréable impression que la vérité ne me plaira pas autant que ce qu’il me cache.  

« Que Sun Hee est humaine, ça m'a fait mal, la première seconde. Je me suis dis que j'ai raté ma chance, il y a six ans. Mais là, aujourd'hui, je me rends compte que c'est mieux comme ça. Parce que si tu m'avais quitté pour une âme soeur, j'aurais pas survécu. Franchement pas. Maintenant...Si tu rencontres ton âme soeur, et que Sun Hee ne prend pas bien la nouvelle, je pourrais te soutenir. C'est une maigre consolation, quand tu risques de perdre éventuellement la femme que tu aimes. Et j'espère...Je prie de tout mon coeur que quoi qu'il se passe, tu sois heureux. Avec ou sans elle. Enfin, dans le meilleur des cas, avec elle, évidemment...Ou ton âme soeur. Excuse moi, je m'emmêle les pinceaux, mais...Ce que je veux simplement te faire comprendre, c'est que tu ne seras pas tout seul. Je ne te laisserais pas seul. Je ne t'abandonnerais pas. »

S’il savait. Si seulement il pouvait se douter de la puissance qu’ont ses mots sur moi. Je les sens s’infiltrer doucement dans chacun de mes pores, réchauffant mon corps alors que mon regard est incapable de quitter ses yeux. Une maigre consolation ? Il n’a toujours pas compris, n’est-ce pas ? Tant qu’il sera à mes côtés, je serais prêt à tout affronter. Si je croise la route de mon âme sœur demain, et que ma vie se trouve être totalement chamboulée, je n’aurais pas peur. Parce que je sais qu’il sera là pour ramasser les pots cassés. C’est uniquement grâce à lui que je garde confiance en mon avenir. Il est ce que j’ai de plus stable, de plus rassurant.

Je sens ses doigts glisser le long de ma nuque, rencontrant inévitablement la chaine d’argent qui ne m’a jamais quitté en six ans. Je l’ai toujours, ce petit bout de nous. Combien de fois ai-je porté la fiole devant mes yeux, en observant le sable blanc tout en me demandant ce qui aurait pu se passer si nous avions été totalement honnêtes ce jour-là. Je baisse les yeux sur son léger sourire alors qu’il admire le pendentif qui pend autour de mon cou.

« Tu es mon plus grand ami. Le plus grand que j'ai jamais eu. » Je me permets une petite plaisanterie en observant du coin de l'oeil le corps de mon meilleur ami d'un air amusé « Même si tu dépasseras jamais ma taille...Mais c'est pas ça qui compte, la taille. Tu as un coeur immense. Généreux. Tu m'as appris tellement de choses que c'est presque comme si tu m'avais élevé à ta façon. Est-ce que tu t'en rends compte ? Tout ce que tu as fait pour moi. Tout ce que tu m'as appris. Tu m'as appris à assumer ce que j'étais, sans jamais avoir honte de moi. Tu m'as appris que l'amour n'avait pas de sexe. Qu'aimer, c'était tomber amoureux d'une âme, pas d'un genre ou d'un corps. Tu m'as appris qu'on pouvait s'exprimer sans prononcer le moindre mot. Tu m'as appris ce que c'était d'avoir une confiance totale en quelqu'un, à un point inimaginable. Et maintenant...J'ai peur. »

Je souris doucement, attrapant ses doigts restés sur ma nuque. Idiot. Tous ces mots, toutes ces belles paroles, c’est toi qui me les as inspirées. Depuis le début.

« Ça me fait peur de ne pas pouvoir te rendre la pareille. Tu as toujours été là pour moi, mais quand tu avais besoin de moi, je n'étais pas là. Je me rends compte que lorsqu'on s'est dit au revoir sur cette plage à l'époque, j'ai pensé qu'à ma gueule. Je voulais pas que tu partes et que tu me quittes. J'étais déçu, en colère, je ne comprenais pas pourquoi tu t'en allais sans rien me dire. »

Je fronce les sourcils. Ne penser qu’à lui ? N’importe quoi. S’il l’avait vraiment fait, nous ne serions probablement pas dans cette voiture à discuter d’un sujet aussi épineux. Probablement serions-nous en train de rouler sous des draps, qui sait ? S’il m’avait retenu, je ne serais jamais parti.  Au fond, qui était le plus déçu et en colère ?

« Ne dis pas de bêtises Kyun’ah… » souffle-je avant qu’il ne m’interrompe.

« Et c'est seulement aujourd'hui que je me rends compte à quel point tu souffrais de ton départ. Plus que je le pensais. Tu souffrais en silence et je ne l'ai pas compris. Alors que c'est mon rôle...Toi...Être twao...Tout lâcher pour trouver l'âme soeur...Et tomber amoureux d'une humaine. Tu as dû te torturer à un point inimaginable. »

Imbécile. Ce n’était pas si compliqué que ça, finalement. Il a suffis que pour une fois, je suive mon cœur. Plutôt que de fuir comme j’avais l’habitude de le faire, comme je l’ai fait avec lui du moins. Je n’ai pas tourné le dos à Sun Hee, pour ne pas avoir ce gout amer que laisse le regret. Grâce à lui. Ca n’a pas été un choix difficile, enfin de compte.  

« Arrête de te culpabiliser inutilement, d’accord ? Tu ne savais pas, et pour ça, je prends la responsabilité. Comment est-ce que tu auras pu deviner ? Mh ? Arrête… C’est toi que tu tortures là. »

Ce n’est pas de sa faute.

« Tu m'as demandé tout à l'heure » Je relève les yeux vers lui, un peu surpris. « Si quelque chose avait changé entre nous. Oui. Tout a changé, mon grand. Maintenant que je connais ton histoire, j'aimerais que tu souffles. Tu as le droit de craquer, tu as le droit de faiblir, tu as le droit de courber l'échine. Tu as le droit de péter un câble, tu as le droit de pleurer, tu as le droit de souffrir. Contrairement à ce que tu penses, tu as tous les droits. Tu as le droit de ne plus faire tout ça en silence, parce que je suis là. Parce que je sais? Parce que maintenant, je peux te soutenir pour de vrai, et je le ferais. Je te soutiendrais. Jusqu'au bout. »

J’écarquille les yeux alors que mon cœur tombe en chute libre dans ma poitrine. Comment peut-il ? Oh, Kyu Jung… Des mots que j’ai attendu d’entendre durant des années, perdu dans ma solitude, dans cette impression oppressante d’être toujours incompris, abandonné. Je les ai souhaités si fort, sans penser que j’aurais la chance de les entendre un jour. Parfois je me les soufflais dans le noir de ma chambre, ne faisant attention qu’à l’écho que me renvoyait le silence. Ca n’avait rien de rassurant, ni de consolant. Pourtant, aujourd’hui, il me les dit sans ciller. Comme s’il savait, comme s’il avait deviné ce dont j’avais tant besoin. Les larmes me montent aux yeux alors que je resserre ma poigne autour de ses doigts.

Est-ce que tu mesures combien je suis heureux de t’avoir près de moi ? Chaque jour qui passe…

D’une voix douce, il continue dans sa lancée, s’enfonçant toujours un peu plus dans le creux de mon cœur. S’il affirme qu’il sera là pour recoller les morceaux que mon muscle vital dispersera derrière lui, alors pourquoi aurais-je peur ? Qui sait de quoi l’avenir, mon avenir, sera fait ? Personne. Certainement pas moi. Dans dix ans, je serais peut-être marié avec trois enfants, ou bien serais-je seul, avec une âme sœur perdue quelque part dans l’immensité du monde. Mais ça m’est égal à cet instant. Parce que je sais que lui sera là.

Ca ira.

« Ton petit doigt. »

Je le regarde avec de grands yeux, cherchant où il veut en venir. Jusqu’à ce qu’il ne répète, et que je ne lève doucement la main, en tant mon petit doigt vers lui. Avec un sourire, il l’entrelace du sien. Je comprends aussitôt. La promesse qui ne peut être brisée. La première fois que nous en avons fait une, il avait tout juste dix ans. Je m’en souviens comme si c’était hier pourtant. Il ignorait ce qu’était un Pinky Promise, mais je n’ai eu aucun mal à lui faire comprendre le principe. Serrés l’un contre l’autre dans son canapé, son corps tremblant de peur entre mes bras. J’essayais de paraitre fort, alors qu’au fond, j’étais aussi frémissant que lui. Les si qui trainaient dans mon esprits m’effrayaient. Et s’il ne l’avait pas retrouvé ? Et s’il était arrivé trop tard pour le sauver ? Et si… Nous n’étions que des enfants, pourtant, je me traitais déjà comme un coupable. C’est donc tout ce que j’ai trouvé pour le rassurer. J’ai pris son petit doigt contre le mien, puis avec un doux sourire, je lui ai fait la promesse de ne plus jamais laisser quiconque lui faire du mal. Tant que je serais là, jamais tu ne pleureras, d’accord ?

Aujourd’hui, c’est son tour.

« Je ne t'abandonnerais jamais. J'ai besoin de toi dans ma vie. J'ai besoin de ta présence d'esprit pour m'aider. J'ai besoin de tes mots pour me soutenir, de tes bras pour me relever. J'ai besoin de ta raison pour me stopper. J'ai besoin de ta voix pour me guider, de tes mains pour me faire avancer. J'ai besoin de tes blagues pour rire, de tes sourires pour me réchauffer, de ta présence auprès de moi. Une vie sans toi, ce n'est pas une vie, mais une mort lente et douloureuse.»

Quand arrêtera-t-il de dire de tels mots ? Est-ce qu’il veut me faire tomber… Oui, ça doit forcément être ça. Touché en plein cœur. Je cligne des yeux, libérant l’une de ces traitresses de larmes. J’ai bien plus besoin de lui, qu’il n’aura jamais besoin de moi. C’est un fait dont il ignore même le sens.

« Tu le sais...Et tu l'as toujours su, pas vrai ? Choi Kyu Jung n'existe qu'aux côtés d'Ahn Ryu Jeong. »

Sans pouvoir me retenir, je relâche son petit doigt et passe aussitôt le bras autour de ses épaules pour le ramener contre moi. Silencieusement, je le serre aussi fort qu’il m’est possible de le faire. Sa tête repose contre mon épaule alors que je niche la mienne au milieu de ses mèches roses. Est-ce qu’il est capable d’entendre les battements frénétiques de mon cœur à présent ? Il y a tellement de  sentiments qui m’heurtent de plein fouet. Ca devrait être douloureux, et pourtant, je m’en sens incroyablement heureux. Soulagé. Il doit savoir. Il doit bien savoir… A quel point, il a su me toucher aujourd’hui. Par ses mots, ses gestes. Comment pourrais-je être effrayé de ce qui pourrait m’arriver, à présent ? Lentement, je descends près de son oreille pour lui souffler quelques mots :

« Et Ahn Ryu Jeong n’existera jamais sans Choi Kyu Jung. »

Il a toujours été, il sera toujours, ce que j’ai de plus précieux. Ma moitié. Celui qui était destiné à être mon âme sœur, si seulement les gênes ne nous avaient pas séparés. Est-ce qu’il ne saura jamais combien je peux l’aimer ? C’est probablement mieux ainsi. Tant qu’il reste à mes côtés.

Doucement, je me détache, brisant notre étreinte de quelques centimètres. La sensation de gouffre a disparu. Nous sommes plus proches que nous ne l’avons jamais été, est-ce que tu peux le sentir aussi ? Quelque chose a bel et bien changé, et quelque part, je sais qu’il peut le voir briller dans mon regard.

« Merci. Je ne me souviens pas te l’avoir déjà dit, pourtant… Je le pense chaque jour depuis celui où tu m’as frappé sous cet arbre. » rigole-je, tout en essuyant ces idiotes de larmes qui coulent sur mes joues. « Merci de faire partie de ma vie Choi Kyu Jung. »

Merci d’être ma vie.

Attrapant son visage avec délicatesse, je me penche et pose mes lèvres sur son front. Un geste rempli d’habitude, que je ne peux m’empêcher d’exécuter pour finir cette promesse avec laquelle je repars, plus rassuré que jamais. Puis je m’écarte définitivement. Sans cesser de sourire, je ramasse mes affaires. Ca a toujours été difficile pour nous de nous séparer. Lorsque nous étions enfants, la question ne se posait pas, puisque nous avions à peine deux rues pour nous séparer. Mais quand je suis parti de Busan, tout a été plus compliqué. A chaque fois que j’annonçais mon départ et qu’il me regardait avec ses grands yeux suppliants, je ne faisais que me demander dans combien de temps nous serions capable de nous revoir, et ça me serrait le cœur. J’avais envie de lui ordonner de me retenir, que je ne voulais pas partir. Mais au lieu de ça, je souriais juste, haussant les épaules d’un air détaché, puis je lâchais sa main. Ca faisait un peu plus mal à chaque fois, c’est vrai.

Encore une fois, il faut être fort. Plus que je ne pense l'être réellement.

« On se revoit bientôt, d’accord ? Fais attention à toi. Je t’ai à l’œil. » lâche-je avec un regard sombre, mais amusé.

Sans me retourner, le cœur battant à tout rompre, je sors de la voiture.

Sans toi Kyun’ah, sans toi, je ne vis pas.

Fin
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