Laisserez-vous le destin jouer son rôle ?
 

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 Helping people doesn't necessarily mean not making them suffer.

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MessageSujet: Helping people doesn't necessarily mean not making them suffer.   Ven 7 Fév - 15:38

Helping people doesn't necessarily mean not making them suffer.

Kang Ae Ri & Gareth Lewis


23 mai, 18:06


Je n’ai vraiment pas envie de faire ça. Vous voyez, remuer le couteau dans la plaie encore béante de certaines victimes d’atrocité pour arriver à coincé une saloperie d’enfoiré est vraiment une partie de mon métier que je déteste. Je le fais quand même parce qu’il faut bien que ces ordures payent pour les crimes qu’ils ont commis, mais c’est tout de même loin d’être agréable.

Il y a deux jours, j’ai été contacté par un de mes supérieurs me disant qu’on avait retrouvé la trace d’un des agresseurs de l’affaire « Seo Min », un gamin de 18 ans assassiné l’année dernière. Enfin, qu’on pensait l’avoir retrouver, que les indices menaient tous à lui. J’ai été surpris d’entendre ça, puisque ça faisait presque un an que l’enquête était au point mort. Mais bref. On a envoyé une patrouille chez lui, dont je faisais partie, et on l’a arrêté. Il est encore en garde à vue. Malheureusement, l’interrogatoire ne donne rien, il est très résistant aux techniques d’intimidation habituels, et on ne peut pas se permettre d’aller plus loin. Droits de l’homme tout ça…

Alors après avoir discuté avec mes collègues, on est tous tombé d’accord sur le fait que l’amie de Seo Min qui était présente lors de l’agression devait venir l’identifier visuellement. Ça pourrait le déstabiliser de lui dire qu’on a un témoin, et ainsi le faire avouer. C’est un coup à tenter. Mais… Ae Ri avait déjà refusé de témoigner pour dire qu’il y avait deux des agresseurs qui avaient réussi à s’enfuir. En fait, elle refuse catégoriquement d’entendre parler de cette affaire. Elle est encore bien trop touchée. On ne devrait pas avoir à subir une telle tragédie à quinze ans.

Malheureusement, mes supérieurs me pressent pour que j’aille la solliciter. Et on en revient à ce que je disais au début. Je n’ai pas envie de remuer tout ça. Je suis là pour aider les gens, pas pour les faire souffrir encore plus, bon sang.

Je soupire en arrivant devant la maison de la famille Kang. Je me gare sur le trottoir et coupe le contact. Je dessers un peu ma cravate pour voir si ça me met plus à l’aise, mais rien à faire, j’ai toujours une boule dans la gorge. Je fais quelques exercices de respirations pour me donner du courage, et sors de ma voiture. Je vérifie que ma plaque est bien dans la poche intérieure de mon blazer et hésite un instant à enlever mon arme à ma ceinture. Je n’ai pas le droit normalement comme je suis en service mais elle ne me sera d’aucune utilité ici… Bon, j’espère que ça ne la fera pas plus se renfermer, je sais que ça peut être un peu intimidant des fois. Je ferme ma voiture à clé que je range dans ma poche et me dirige vers la porte d’entrée de la maison. Je ressers ma cravate que j’avais desserrée pour me donner un air un peu plus professionnel et toque à la porte. J’attends quelques secondes, puis elle s’ouvre, laissant apparaître une femme que je devine être la mère d’Ae Ri.

« Bonjour, me dit-elle poliment.
Bonjour madame. Je suis le lieutenant Lewisje sors ma plaque pour le lui prouver avant de la ranger à nouveauj’aimerais parler à Ae Ri si c’est possible.
— Oh, oui, bien sûr, entrez. »

J’entre et, après avoir refermé la porte derrière moi, elle me demande de la suivre, ce que je fais. La boule que j’ai dans la gorge se renforce au fur-et-à-mesure que nous avançons dans la maison, et elle finit par s’arrêter devant une porte. Elle toque deux fois, et m’annonce à sa fille, avant de me sourire tristement et de se retirer après que je l’ai remerciée. Elle doit se douter de la raison pour laquelle je suis là… Bon. Ok Gareth, c’est le moment de montrer que t’es capable de montrer ta compassion tout en essayant d’avoir ce que tu veux… Putain.
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MessageSujet: Re: Helping people doesn't necessarily mean not making them suffer.   Ven 7 Fév - 23:17

Sculpter… C’est la seule activité qui parvient à me détendre totalement. C’est le seul moment où je peux ne plus penser et me laisser guider simplement par mes émotions. J’ai pleuré des journées et des nuits entières dans cet atelier. J’ai balancé de la terre partout, j’ai brisé des dizaines de pièces… Et pour une fois, je suis venue ici le cœur relativement léger, simplement pour sculpter, sans penser à rien d’autre. Je ne voulais pas me cacher, je ne voulais pas pleurer, je voulais juste sculpter. Et c’est ce que j’ai fait, pendant une bonne heure, en compagnie d’un chocolat chaud maintenant froid. J’aurais pu rester des heures ici, paisible, mais on a fini par frapper à la porte de mon atelier. Je jette un œil à ma montre posée sur le guéridon. Il n’est même pas dix-neuf heures. D’habitude, Maman ne vient pas toquer à ma porte avant que Papa ne soit rentré, soit aux alentours de vingt heures, pour que je puisse aller me débarbouiller et enfiler des vêtements propres avant le repas. Décontenancée, je ne réponds pas assez vite et la porte de mon sanctuaire s’ouvre sur ma mère. Sa silhouette cache une personne.

« Ma chérie, c’est l’inspecteur Lewis, il voudrait te parler. »

Le sourire que j’avais affiché instinctivement en voyant Maman disparaît immédiatement. L’idée qu’un inspecteur veuille me parler m’effraie au plus haut point. Je cherche dans le regard de Maman une réponse pour calmer l’angoisse qui empoigne mon cœur. Malheureusement, elle ne me regarde plus et commence à s’éloigner, me laissant découvrir le profil de l’inspecteur. Je connais ce visage et il cause en moi une vive émotion. Mon esprit l’a associé à la souffrance pour une raison que je n’identifie pas vraiment. Et s’il était arrivé quelque chose à Papa et que Maman n’avait pas le courage de me le dire ? Pire, s’il était arrivé malheur à Woonie ? Ou à Se Jong ? Et à Hwannie… Puis il se tourne totalement vers moi et je me rappelle de l’endroit d’où vient ce visage.

J’ai un mouvement de recul instinctif alors que mes bras restent pendants le long de mon corps. J’essuie mécaniquement la terre humide de mes mains sur le bas de mon tablier rose, épargnant par un miracle incompréhensible mon jean. Ce gars, il n’a rien à faire là. Rien du tout. Il fait partie de ce que je voudrais oublier. Je caresse machinalement le bracelet de Seo Min. J’ai l’impression qu’on m’écorche vive. Son visage me rappelle la douleur que j’ai ressentie cette nuit-là. Elle est intacte, je le sais. Je me sens tremblante mais je n’arrive pas à bouger. Je lâche le visage désagréable de l’inspecteur du regard pour chercher le soutien de Maman, en vain. Elle est partie et a même pris soin de refermer la porte derrière elle. Je me sens prise au piège. Je regarde alors encore le visage du policier. Finalement, je n’arrive plus à détacher mon regard de lui et je prie intérieurement pour ne pas fondre en larme sous la pression des images qui se bousculent dans mon esprit.

« Vous voulez quoi ? »

Je le fixe, l’air clairement apeuré. Je dois être pitoyable. Avec mes mains sales, mon tablier tâché d’argile, mon front sans aucun doute strié d’une fiche couche de terre et mes cheveux retenus négligemment par un gros chouchou imprimé panda alors que des mèches s’en échappent. En réalité, je me doute de la raison pour laquelle il est là. Il ne vient pas m’annoncer un nouveau drame. Il vient plutôt remuer le couteau dans la plaie. Je ne parle pas de l’agression. Jamais. Hormis pour la déposition, je n’en ai plus jamais parlé. Ca fait trop mal. Beaucoup trop mal. J’ai peur que cette souffrance ne s’arrête Jamais.

« Si c’est pour… ce qu’il s’est passé il y a un peu plus d’un an, vous pouvez partir tout de suite. Je n’ai rien de nouveau à vous dire. »

Mon regard céruléen le supplie de partir, de quitter ma maison et d’arrêter d’amener avec lui des souvenirs que je m’efforce d’enfouir au fond de ma mémoire.


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MessageSujet: Re: Helping people doesn't necessarily mean not making them suffer.   Dim 16 Fév - 18:01

J’ai vu son sourire se faner lorsque sa mère m’a annoncé, et encore pire lorsqu’elle m’a vu, mais de la voir reculer m’a encore plus perturbé. Et si c’était encore pire que ce que je pensais ? Pas que je minimise sa douleur, bien évidemment. Mais… je sais de moins en moins comment je vais aborder le sujet pour ne pas qu’elle se braque immédiatement (quoique je n’ai visiblement même pas besoin de l’avoir abordé pour qu’elle se braque…). Elle essuie ses mains pleines de terre sur son tablier, et je la vois ensuite passer ses doigts sur un bracelet qu’elle a au poignet. Aucun doute, elle sait pourquoi je suis là. En même temps… J’ai un visage assez reconnaissable en Corée, elle doit très certainement se rappeler que c’est moi qui aie pris sa déposition à l’époque. Et même sans ça, son cerveau doit m’y associer quand même. Respire, Gareth.

Je la vois regarder derrière moi, son regard se posant sur la porte fermée. Est-ce une manière d’éviter mon regard ? Ou cherche-t-elle quelque chose ? Ma première hypothèse s’évanouit alors qu’elle repose ses yeux sur moi. Comme si… elle n’avait pas le choix. Je tente de me débarrasser de mon expression froide que j’arbore par habitude au travail, quand elle ouvre la bouche pour la première fois depuis que je suis arrivé.

« Vous voulez quoi ? »

Je ne réponds pas. Elle est effrayée, et je ne veux pas la brusquer encore plus. Je m’en veux un peu plus de l’avoir interrompue alors qu’elle semblait vraiment faire quelque chose qu’elle aimait et qui la détendait. J’ai tout gâché, on peut le dire. J’ose m’approcher un peu, sans pour autant entrer dans son espace vital.

« Si c’est pour… ce qu’il s’est passé il y a un peu plus d’un an, vous pouvez partir tout de suite. Je n’ai rien de nouveau à vous dire. »

Le regard qu’elle me lance me donne presque envie de l’écouter et de tourner les talons pour m’en aller définitivement. Mais je me rappelle pourquoi je suis là, et je me rappelle aussi que même si ça risque d’être dur pour elle, ça pourra lui permettre de faire son deuil, ce qui n’est pas un détail négligeable. Je souffle légèrement après avoir pris ma respiration et lui réponds.

« Je sais. Mais moi si. »

Je plonge mes yeux dans les siens un instant avant de détourner le regard en mettant les mains dans les poches, cherchant comment continuer sur cette lancée. Je fais quelques pas sur le côté, ne voulant pas m’approcher d’avantage pour ne pas la faire fuir, et ouvre une deuxième fois la bouche.

« Un des deux suspects qui avaient réussi à s’enfuir après l’agression a été appréhendé il y a deux jours. Tous les indices mènent à lui, mais nous n’avons aucune preuve pour l’inculper, et il le sait. Les techniques d’interrogatoires n’ont pas marché pour lui soutirer des aveux. »

Je la regarde de nouveau, tentant d’afficher un air rassurant. Minne de rien, même après ces années de métier, on ne sait jamais réellement faire ou dire les choses comme il faut. Les personnes à qui on s’adresse sont toutes différentes, c’est sans doute pour ça.

« Je sais pertinemment que tu ne veux plus en entendre parler. Je sais que tu en souffres encore, et je sais que si tu pouvais, tu oublierais toute cette douleur d’un claquement de doigt. Mais… »

Je me mords la lèvre, cherchant mes mots.

« Nous avons besoin de toi. Tu es la seule personne qui les a vus, et ton témoignage pourrait le faire tomber. Tu n’es même pas obligée d’assister au procès, tu as juste à venir au commissariat et à l’identifier officiellement. Peut-être même que sous la pression, il avouera tout et nous dira qui est le dernier complice. »

Je ne pense pas que ça sera aussi simple que ça de la convaincre, mais il faut bien commencer quelque part…
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MessageSujet: Re: Helping people doesn't necessarily mean not making them suffer.   Jeu 20 Fév - 0:30

Je le vois s’approcher de moi, prudemment, comme on approche un animal blessé. Je ne fais rien pour changer cette image qu’il a de moi. Je n’en suis pas capable. Toute pensée raisonnable m’a fuie. Je sais qu’il ne vient pas simplement pour me torturer. Je sais que c’est une personne en qui je suis censée avoir confiance. Je sais que s’il est là, c’est sans doute pour une bonne raison. Et pourtant… Je suis parfaitement incapable de ne pas rester sur la défensive.

« Je sais. Mais moi si. »

Je me doute qu’il a des choses à me dire. Il n’a pas fait tout ce chemin pour mes beaux yeux. Je préfèrerais qu’il se taise. Tant qu’il ne dit rien, je peux gérer les images qui affluent et me donnent la nausée mais s’il commence à parler, je ne suis pas sûre de pouvoir tenir le coup. Il plonge son regard dans le mien et je perds tous mes moyens. Déjà je ne n’en avais pas beaucoup…

« Un des deux suspects qui avaient réussi à s’enfuir après l’agression a été appréhendé il y a deux jours. Tous les indices mènent à lui, mais nous n’avons aucune preuve pour l’inculper, et il le sait. Les techniques d’interrogatoires n’ont pas marché pour lui soutirer des aveux. »

Il marque une pause sans doute pour me laisser le temps de digérer l’information. Ou d’anticiper la suite. Je suppose qu’il est venu me parler de la même chose que l’autre gars aux cheveux roses. Lèvres pincées, j’attends qu’il en arrive là où il veut en venir. J’attends le moment où il va me demander, comme l’autre, d’affronter mes démons. Lorsqu’il reprend, j’arrête de respirer, attendant que le couteau se plante en plein milieu de mon cœur pour me faire tomber à terre.

« Je sais pertinemment que tu ne veux plus en entendre parler. Je sais que tu en souffres encore, et je sais que si tu pouvais, tu oublierais toute cette douleur d’un claquement de doigt. Mais… »

Nouvelle pause et je sens mes yeux qui me piquer. Je m’empêcher de ciller pour ne pas laisser mes larmes couler.

« Nous avons besoin de toi. Tu es la seule personne qui les a vus, et ton témoignage pourrait le faire tomber. Tu n’es même pas obligée d’assister au procès, tu as juste à venir au commissariat et à l’identifier officiellement. Peut-être même que sous la pression, il avouera tout et nous dira qui est le dernier complice. »

Je ferme les yeux, baisse la tête et serre les poings. Mes joues ne tardent pas à s’humidifier sous les larmes. Il ne se rend pas compte de ce qu’il me demande je crois. Il ne peut pas s’en rendre compte, sinon ça voudrait dire qu’il me fait mal volontairement. Parce que oui, ça fait mal. Ca fait excessivement mal. Sans dire un mot, je relève la tête, essuie vivement mes joues et tourne le dos à l’inspecteur. Je retourne vers le bloc de terre sur lequel je travaillais avant qu’il n’intervienne. Partira-t-il si je l’ignore ? Rien n’est moins sûr. Je sais de quoi sont capables les policiers. Malgré tout, je tente le coup, pendant quelques courtes minutes. Je l’ignore, faisant comme au début, lorsque cet endroit était encore l’exutoire de toutes mes peines, le seul endroit où je pouvais me lâcher et pleurer toute ma douleur. Mes mains tremblent alors que je fais semblant de sculpter. Je serre les dents pour retenir mes sanglots. Mais finalement, je cède. Mes mains tremblent trop et je m’accroupis, posant ma tête sur mes genoux. Et je pleure.

Je pleure parce que je me rappelle. Je me rappelle le corps mourant de Seo Min contre moi, son sang recouvrant mes mains qui essayaient d’en endiguer le flot. Je me rappelle mes lèvres sur les siennes, tentant d’échanger nos énergies pour lui donner du temps. Je pleure parce que je revois encore son regard plongé dans le mien. J’essaie de me calmer un peu, juste pour articuler.

« Pardon… »

Pardon Seo Min, parce que je n’ai pas la force de faire ce que je dois faire pour toi, pour te venger. Alors que si tu étais resté, tu aurais tout fait pour que les coupables paient.

« Je ne peux pas… »

Ca non, je ne peux pas. Je ne peux pas revoir l’un de leurs visages, c’est totalement impossible. Je n’y survivrai pas. Ca fait trop mal. Je plonge mon regard embué dans celui de l’inspecteur, recherchant une aide que je ne pourrais jamais obtenir.

« Je ne pourrais pas le supporter, je suis navrée. Il faudra faire sans moi. »

Le tout entrecoupé de sanglots.

« Vous n’avez pas le droit de me demander ça. C’est pas juste. »

Non, ce n’est pas juste. Je regarde mes mains, pleines de terre, alors qu’elles sont dans ma tête pleines de sang. Retourner au commissariat pour me retrouver face à l’une des personnes qui s’en est pris à moi et qui a tué mon meilleur ami.

« Désolée, je peux pas. Allez-vous--en et laissez-moi tranquille. »


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MessageSujet: Re: Helping people doesn't necessarily mean not making them suffer.   Dim 23 Mar - 16:18

Dès que je la vois fermer les yeux et baisser la tête je me dis que mes chances de la convaincre sont presque nulles. Pas que j’en doutais déjà avant, mais si j’avais besoin d’une confirmation, la voilà… Elle sert les poings, et j’aperçois des larmes rouler sur ses joues. Oh non… Aah, on ne devrait pas avoir à endurer tout ça à son âge… Je me déteste un peu plus là. Elle relève la tête, et me tourne le dos, m’ignorant ainsi. Elle tente de s’occuper les mains avec ce qu’elle faisait avant que je ne l’interrompe, et moi je reste là, sans bouger. Je sais qu’il faudrait que je parte, mais je ne peux pas. Pas avant de lui avoir dit tout ce que je pourrais lui dire pour essayer de la convaincre. J’avance légèrement, mais m’arrête, décidant que ce n’est peut-être pas la bonne solution.

Soudainement, je la vois s’accroupir, et ses sanglots commencent à se faire entendre. Je suis pétrifié, accablé par la douleur d’une enfant qui mérite bien plus que de souffrir tous les jours comme ça. Personne ne mérite ça. Surtout pas aussi jeune. Je m’approche encore un peu mais me stoppe lorsque je l’entends murmurer un « pardon ». Mais j’ai l’impression qu’il ne m’est pas adressé. Je n’ai pas le temps de m’interroger plus, qu’elle dit autre chose.

« Je ne peux pas… »

Je soupire légèrement. Je finis de m’approcher et m’accroupis à mon tour auprès d’elle. Mais je ne fais pas de geste supplémentaire, ne voulant pas la brusquer. Elle relève la tête et me regarde dans les yeux, les larmes continuant de couler sur ses joues, son souffle encore saccadé de sanglots.

« Je ne pourrais pas le supporter, je suis navrée. Il faudra faire sans moi. Vous n’avez pas le droit de me demander ça. C’est pas juste. »

Elle baisse à nouveau les yeux pour regarder ses mains couvertes d’argile. Je me mords la lèvre inférieure, ne sachant que dire.

« Désolée, je peux pas. Allez-vous-en et laissez-moi tranquille. »

J’aimerais, mais je ne peux pas. Je ne peux pas laisser cette enfant se faire bouffer par ses démons qui la hantent depuis cette nuit-là. Ça serait choisir la facilité, et il est hors de question que j’abandonne avant d’avoir tenté tout ce que je peux pour la convaincre.

« Ae Ri… »

Ma voix est douce, presque tendre, pour essayer de la calmer. Je n’ose pas lui prendre les mains, de peur qu’elle me fuit et refuse par la suite de m’écouter.

« Je ne vais pas te dire que je comprends ce que tu vis, parce que ça serait un pur mensonge. Je n’ai jamais vécu quelque chose d’aussi atroce. »

J’attends quelques secondes, espérant qu’elle relève de nouveau les yeux vers moi.

« Mais j’ai vu des gens mourir. Des gens que j’aurais aimé sauver et certainement pu si j’avais fait les bons choix aux bons moments. A chaque fois que ça m’arrive, je ne peux pas m’empêcher de m’en vouloir, et de m’insulter de tous les noms pour n’avoir pas été à la hauteur. »

Je passe une main dans mes cheveux, le cœur gros rien que d’y repenser.

« Cependant, il arrive un moment où je dois accepter que ce qui est arrivé ne changera pour rien au monde, peu importe combien je m’en voudrais. Et qu’il faut que j’aille de l’avant. C’est pour ça que je mets un point d’honneur à tracer les enfoirés qui ont ôté la vie à d’innocentes personnes jusqu’à pouvoir les clouer derrière les barreaux, pour qu’ils ne revoient plus jamais la lumière du jour. Ainsi, je sais que j’ai vengé d’une certaine manière les tords qu’ils ont causés. »

Je baisse les yeux sur mes mains, tordant mes doigts pour éviter de repenser à des cas en particulier. Trop douloureux. Je renifle un coup et regarde de nouveau Ae Ri.

« Tu ne dois pas laisser ces ordures gagner. Ils ont déjà pris une vie, ne les laisse pas prendre la tienne aussi. Fais-leur payer la mort de ton ami, fais les souffrir autant qu’ils t’ont fait souffrir. Rien ne pourra ramener Seo Min, mais il sera vengé, tu seras apaisée, et tu pourras enfin faire ton deuil, accepter que le seul endroit où il sera encore présent, ce sera dans ton cœur. »

J’ose poser une main sur les siennes, les serrant affectueusement.

« Je te promets que tu iras mieux après. »
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MessageSujet: Re: Helping people doesn't necessarily mean not making them suffer.   Sam 29 Mar - 0:48

Sa voix bien que douce me fait sursauter. Je tourne un court instant mon regard apeuré vers lui, sortant de ma réminiscence hallucinante et sursaute encore en le voyant si près de moi. Il était loin, bien plus loin, et pas accroupi près de moi. Je veux qu’il s’éloigne, qu’il s’en aille, qu’il laisse tomber cette histoire. Je veux qu’il fasse comme tout le monde, qu’il feinte l’ignorance, comme si rien ne s’était jamais passé. C’est le lieu commun de ceux qui savent. Ils évitent d’en parler, ils évitent d’y penser. Et c’est moins difficile de souffrir quand on est seul. Du moins pour moi.

« Je ne vais pas te dire que je comprends ce que tu vis, parce que ça serait un pur mensonge. Je n’ai jamais vécu quelque chose d’aussi atroce. […] Mais j’ai vu des gens mourir. Des gens que j’aurais aimé sauver et certainement pu si j’avais fait les bons choix aux bons moments. A chaque fois que ça m’arrive, je ne peux pas m’empêcher de m’en vouloir, et de m’insulter de tous les noms pour n’avoir pas été à la hauteur. »

Mon caractère naturellement bon reprend faiblement le dessus et je ne peux pas m’empêcher de lever mes yeux vers l’inspecteur. Il semble sincère. Mais je n’ai pas envie d’entendre ce qu’il a à me dire. Il a peut-être perdu des gens, mais ça fait partie de son métier. Pas du mien. Moi je n’ai rien demandé. Seo Min n’avait rien demandé non plus. Et est-ce qu’il a perdu quelqu’un de vraiment important ? Aucune idée, et je n’ai pas non plus envie de le savoir. Moi j’ai perdu une personne qui comptait énormément. Et cette personne s’est sacrifiée pour défendre la gamine fragile et têtue que je suis.

« Cependant, il arrive un moment où je dois accepter que ce qui est arrivé ne changera pour rien au monde, peu importe combien je m’en voudrais. Et qu’il faut que j’aille de l’avant. C’est pour ça que je mets un point d’honneur à tracer les enfoirés qui ont ôté la vie à d’innocentes personnes jusqu’à pouvoir les clouer derrière les barreaux, pour qu’ils ne revoient plus jamais la lumière du jour. Ainsi, je sais que j’ai vengé d’une certaine manière les tords qu’ils ont causés. »

Je suis totalement dans le rejet. Je rejette absolument tout ce qu’il dit. Son discours est réchauffé. D’autres avant lui ont essayé de me le faire entendre, en vain. Quoiqu’il arrive, ça ne ramènera pas Seo Min. Ca ne fera que remuer le couteau dans la plaie. Seo Bin ne récupèrera pas son jumeau, je ne retrouverai pas mon partenaire et meilleur ami, ma mère ne retrouvera pas celui qu’elle considérait un peu comme son fils. J’aurais toujours aussi mal. Et quoi qu’en disent les gens, le fait qu’ils soient derrière les barreaux ne me tranquillisera pas. J’aurais toujours peur de sortir le soir, je ferais toujours ces mêmes cauchemars, j’aurais toujours peur de perdre ceux que j’aime du jour au lendemain. Malgré tout, j’essaie de calmer mes sanglots. Je n’aime pas me montrer aussi faible devant les autres. Et si Maman entrait et me voyait dans cet état, c’en serait fini de la pseudo-tranquillité qu’elle m’offre. Elle s’inquièterait, insisterait pour que j’aille consulter, et serait sans cesse sur mon dos. Mais je n’ai pas beosin de ça. J’ai besoin de Seo Min, voilà tout.

« Tu ne dois pas laisser ces ordures gagner. Ils ont déjà pris une vie, ne les laisse pas prendre la tienne aussi. Fais-leur payer la mort de ton ami, fais les souffrir autant qu’ils t’ont fait souffrir. Rien ne pourra ramener Seo Min, mais il sera vengé, tu seras apaisée, et tu pourras enfin faire ton deuil, accepter que le seul endroit où il sera encore présent, ce sera dans ton cœur. »

Sa main se pose sur les miennes. Se fiche-t-il d’avoir la peau pleine de terre ?

« Je te promets que tu iras mieux après. »

Dédaigneuse, je dégage mes mains et hausse les épaules.

« Mensonge. C’est un mensonge. Ca n’ira pas mieux. Jamais. On m’a déjà promis que ça irait mieux après ses obsèques. Ça a été pire. On m’a dit que le temps arrangerait tout. Ca fait plus d’un an et ça n’a rien arrangé du tout. C’est même de plus en plus dur à supporter… »

J’appuie mon dos contre la table de travail, basculant ma tête en arrière, paupières closes.

« Ne faites pas de promesses que vous ne pourrez pas tenir.»

Je rouvre mes yeux rougis par les larmes, renifle sans grâce aucune et me relève. Hier soir, tout allait aussi bien que possible, et là, j’ai l’impression d’être de nouveau au fond du gouffre. De nouveau debout, je fais face à l’inspecteur Lewis. Je me veux déterminée et solide alors que je suis plus fragile qu’un château de cartes en pleine tempête.

« Est-ce que vous pouvez me promettre que la peur s’en ira ? Est-ce que vous pouvez me jurer que le vide qu’il a laissé se laissera combler après ? Est-ce que vous pouvez m’assurer que je m’en sortirai, et que je pourrais toujours affronter le regard de mes proches sans m’effondrer ? »

Puisque c’est bien là une énorme partie du problème. Les miens, que je refuse d’inquiéter. Les miens, qui ne doivent pas savoir que mon soleil s’est éteint et que je ne rayonne plus vraiment.

« Vous ne comprenez pas, Inspecteur. Vous ne pouvez pas comprendre. Les visages de ceux qui ont tué Seo Min sont gravés dans ma mémoire. Chaque seconde de l’agression est très précisément écrite dans ma tête. J’ai beau essayer d’oublier, les images reviennent toujours. »

Je m’éloigne de lui pour aller prendre fébrilement une boîte de métal, sortie de sous des blocs d’argile. J’en sors des dessins, froissés, que je pose dans mes mains jointes. Je les serre un peu avant de les lui tendre.

« Leurs visages. Précisément dessinés. Je pensais qu’en les dessinant, ça irait mieux. Ca n’a rien changé. Ils sont toujours là. »

Je pose un poing fermé contre mon front. Je les vois tout le temps. Dans chaque cauchemar, chaque fois que je me réveille, dès que mes paupières se ferment. Je sais bien que Seo Min m’en voudrait s’il me voyait. Il serait fâché que je ne fasse pas tout ce qu’il faut pour me protéger, et pour protéger les autres. Sauf que je suis sûre que je ne pourrais pas y arriver. Je suis incapable de supporter l’idée de les revoir. Qu’en serait-il si ma route croisait à nouveau la leur ?

« Pourquoi avez-vous besoin de moi, en fait ? Ma déposition était pourtant claire. S’il le faut, je peux vous la refaire. Ou je peux dessiner aussi. Je peux vous faire autant de dessins que vous voudrez de leurs visages. Même de leurs corps. Je me souviens de ce qu’ils portaient aussi. Ca ne peut pas suffire ? »

Je deviens suppliante. C’est toujours comme ça. Je rejette tout en bloc, je me referme, je tente de trouver un arrangement puis je supplie. Je plonge mon regard triste dans les yeux de l’inspecteur.

« Vous ne pouvez pas faire avec ? S’il-vous-plaît ? »

Ils ne vivent actuellement que dans ma mémoire, à l’orée de mes hallucinations quasi-quotidiennes. J’ai peur de revoir l’un d’entre eux, j’ai peur qu’ils ne réveillent plus encore cette angoisse qui me prend sans cesse. Je suis terrifiée.

« J’ai peur de me retrouver seule devant eux... »

Larmes aux yeux, regard à nouveau baissé, joues rougies par la honte, tremblante de peur, je suis le portrait type de ce que je ne veux pas être. Je suis faible. La mort de Seo Min n’a rien changé à ça. Je ne suis même pas capable de le venger, alors qu’à ma place, il aurait fait tout ce qu’il fallait pour s’assurer qu’ils payent. Pitoyable.


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