Laisserez-vous le destin jouer son rôle ?
 

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 Lost and found - Ae Ri

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« Kang Ae Woon » TWAO ☆ Nymphe
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MessageSujet: Lost and found - Ae Ri    Mar 28 Jan - 19:15

Lost and found

Ae Ri & Ae Woon


le 6 septembre 2003 à 16h heure locale

Une vois se fit entendre dans tout l’avion, par la radio, et je ne compris pas un traître mot de ce qu’elle disait. Ce fut ma mère qui me traduisit, me soufflant avec sa douceur habituelle d’attacher ma ceinture, avant qu’elle ne se penche de son autre côté pour attacher celle de ma petite sœur. Nous débarquions tous les trois à New York pour rejoindre notre père, en conférence dont le sujet échappait à ma compréhension. Je savais juste que c’était pour son travail, et que nous allions passer quelques jours avec lui, et que c’était la première fois que ma sœur et moi sortions de Corée. J’avais très longtemps attendu ce moment, alors que ma mère, femme continuellement inquiète, se faisait plus de souci qu’autre chose. Elle attendit que la foule de personnes récupèrent leurs valise avant de récupérer nos bagages à mains, puis m’imposa de passer devant afin de faire attention à ma cadette dont les pas étaient très souvent maladroits (d’abord, nos parents pensaient que c’était parce qu’elle apprenait à marcher, mais l’âge venant, ils avaient dû se rendre à l’évidence : leur fille était juste très maladroite et se cassait la figure à la moindre occasion…)

Une fois descendus et arrivés à l’aéroport, maman m’obligea à tenir la main d’Ae Ri, tandis qu’elle tenait l’autre et tirait la plus grosse valise. Le sac à dos rose de ma petite sœur glissait de ses petites épaules, je m’appliquai à remonter ses bretelles avant d’attraper ses doigts et de les serrer entre les miens.

Une fois au milieu du terminal du célèbre aéroport John Fitzgerald Kennedy, je compris enfin pourquoi ma mère s’inquiétait autant : l’endroit était gigantesque et grouillait de vie, de personnes pressées ou non qui passaient autour de nous sans faire attention. Et les mots qu’ils utilisaient étaient incompréhensible : c’était une langue étrangère. Loin d’en être effrayé, j’étais plutôt curieux. Le kiosque à journaux pas très loin m’attirait… Je lâchai la main d’Ae Ri, à peine trente secondes, pour tenter de déchiffrer le titre d’un magazine, et je fus aussitôt rappelé à l’ordre par ma mère, dont la voix était moins douce que d’ordinaire. Je fis la moue. J’avais vraiment envie de voir tout ça, de découvrir par moi-même… Mais impossibilité de me soustraire au regard de ma génitrice, qui même en cherchant nos valises sur les énormes tapis roulant et surveillant si notre père arrivait parvenait tout de même à me surveiller.

« Ommaaaaaaaa… je vais juste voir deux secondes…
- On ira voir après avoir récupéré les valises, Ae Woon-ah.
- Mais…
- C’est grand, et je ne veux pas que tu te perdes.
- Mais c’est juste là !
- Ae Woon, ça suffit.»

Je boudais, alors que ma mère perdait peu à peu son calme, de ma faute. Je lâcha la main de ma cadette et partis m’asseoir sur un banc pas très loin, envoyant des regards noirs aux pauvres personnes ayant le malheur de m’observer d’un peu trop près. Ae Ri fut autorisée à venir me rejoindre et s’assit à mes côtés, tranquille et sage.

Ma mère attrapa une valise, et s’apprêta à nous rejoindre à son tour, quand une personne l’aborda. Je compris que la personne en question pensait que la valise était la sienne, et ma mère partit dans une discussion en anglais avec elle pour essayer de s’entendre. J'en profitais pour filer près du kiosque à journaux qui me faisait de l’œil, emmenant par la main Ae Ri qui me suivit en trottinant.


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« Kang Ae Ri » TWAO ☆ Loner
MessageSujet: Re: Lost and found - Ae Ri    Mer 29 Jan - 17:16

Mon premier voyage en dehors de Corée du sud restera toujours gravé dans ma mémoire. On rejoignait Papa à New York après une longue semaine sans le voir. J’avais tellement hâte d’aller le retrouver que je ne faisais attention à rien. Maman veillait sur nous mais Woonie, comme toujours, avait la charge de me garder à l’œil, de la descente de l’avion jusqu’au moment où nous retrouverions notre père, moment à partir duquel j’avais prévu de me jeter dans ses bras pour ne plus en descendre. D’abord, je n’eus pas vraiment l’impression d’avoir quitté Seoul. Je n’écoutais pas la voix enregistrée et ne remarquais pas la différence de langue. A cette époque, je ne me formalisais vraiment de rien. Je n’avais pas besoin de comprendre ce que racontaient les gens pour retrouver mon Papa, Maman s’en chargeait pour nous. J’avais juste à éviter de me casser la figure et à suivre Woonie et Maman. Mon frère me tenait la main, tandis que notre mère nous supervisait. Tout sourire, j’évoluais aux côtés de mes proches au milieu de ce gigantesque espace fourmillant de vie.

Maman attendait nos valises et Woonie et moi restions sagement en retrait en l’attendant. Maman m’avait prévenue que Papa n’avait pas le droit d’entrée ici et qu’il nous attendait plus loin. Pourtant, je ne pouvais m’empêcher de le guetter, comme si tourner ma tête dans tous les sens aurait pu me permettre de le trouver alors que je n’étais qu’une enfant pas plus haute que trois ou quatre pommes… Même Woon, qui pourtant était bien plus haut que moi, n’aurait pas pu le voir d’ici. Au bout de quelques instants, la chaleur autour de ma main disparut et je me rendis compte que Woonie était parti un peu plus loin, poussé par la curiosité. Je n’eus pas le temps d’en faire de même car Maman rappela Woon à l’ordre, faisant rapidement taire son caprice d’un ton inhabituellement sec. Woon revint vers moi, sans aucun doute à contrecoeur. J’en aurais peut-être été blessée si nous avions été plus grands, mais à ce moment-là, rien ne comptait pour moi si ce n’était retrouver mon Papa. Woon ne tarda pas à me lâcher de nouveau pour aller s’asseoir, la mine boudeuse, un peu plus loin. J’allais voir Maman, mes grands yeux bleus suppliants. Je savais qu’il valait mieux que j’évite de bouger sans son approbation si je voulais ne pas me faire gronder. Maman ne grondait pas souvent, surtout sur moi, mais je détestais la mettre en colère. Ca me faisait mal au cœur.

« Maman… Je peux aller avec Woonie, s’il-te-plaît ? »
- Bien sûr, Ri, mais tu restes à côté de lui, d’accord ? Tu ne t’éloignes pas.

J’acquiesçai avec conviction et rejoignis mon grand-frère. Mes pieds ne touchaient pas le sol. Aussi m’amusai-je à battre doucement l’air de mes jambes pour passer le temps. Je pris la main de mon Woon en lui souriant et lui lançai un regard empli d’amour dans l’espoir de chasser cet air contrarié de son visage. Puis je me remis à guetter tous les faits et gestes de Maman qui ne tarda pas à venir dans notre direction une fois la valise récupérée. J’étais pressée qu’elle arrive pour qu’on puisse rejoindre la zone dans laquelle nous attendait Papa mais une dame vint interrompre Maman sur sa lancée pour discuter avec elle. Une moue déçue s’empara de mes traits de fillette et je fronçai les sourcils, à mon tour contrariée. Jusqu’à ce que Woon se lève, m’emmenant avec lui. Mon sourire revint tandis que je trottinai à sa suite vers un kiosque à journaux. C’était un nouvel endroit à explorer, un nouveau lieu duquel je pourrais peut-être voir enfin la silhouette recherchée.

« Wahou… »

Je lâchai la main de mon grand-frère pour coller les deux miennes contre la vitrine, admirant une boule à neige qui me faisait rêver.

« Regarde comme c’est beau, Oppa ! J’en demanderai une à Papa au retour ! En souvenir. »

Je n’obtins aucune réponse mais je n’en attendais pas vraiment. Je jetai un coup d’œil à Woonie qui semblait occuper à lire quelque chose. Mon regard se décrocha pour aller rejoindre la boule à neige d’à côté et je me décalai pour pouvoir l’avoir en face de moi. Celle-là était encore plus belle ! Et toutes celles d’à côté rivalisaient de beauté. Je bifurquai à l’angle de la vitrine pour que mon regard tombe sur une pyramide d’ours en peluche portant des tee-shirts que je supposais représentatifs de l’Amérique. Je continuais ainsi jusqu’à l’angle suivant, tombant nez à nez avec une parfaite inconnue qui me regarda en souriant. Je lui rendis son sourire avant de faire demi-tour.

Je cherchais Woon du regard mais ne le vis pas. Je fis donc le tour du kiosque, revenant à la boule à neige que j’avais vue en premier lieu, mais Ae Woon n’était plus là. Je fis plusieurs tours sur moi-même, à la recherche de sa silhouette. Maman m’avait demandé de rester avec Woonie et j’avais désobéi. J’allais me faire gronder. A cette pensée, mon cœur se serra. Woonie aussi se ferait réprimander, sans doute plus sèchement, parce qu’il était censé me surveiller. Il fallait que je le retrouve rapidement, avant que Maman ne s’aperçoive qu’on s’était séparé. Je réfléchissais aussi vite que possible. Par où était-on arrivé ? Je cherchais un banc du regard et, le voyant, je le rejoignis. Mais Woon n’y était pas. Je regardais autour de moi. Plus rien n’avait l’air pareil. Les gens étaient plus nombreux, la plante à côté du banc n’était plus la même, et il n’y avait aucune trace de Maman ni de Woonie. Mon petit corps se mit lentement à trembler et je sentis les larmes poindre. Je repris alors la direction que je pensais être celle du kiosque, m’enfonçant dans la foule avec mon petit sac à dos rose et mon regard embué par les larmes.


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MessageSujet: Re: Lost and found - Ae Ri    Ven 31 Jan - 10:37

Je sentis à peine ma cadette me lâcher la main alors que nous pénétrions cet espace interdit, et mon attention fut prise par les journaux. J’en pris un, intrigué, et cherchai à comprendre ce qui se disait, à comparer l’agencement des articles avec celui que je connaissais de mon pays. Ma curiosité maladive me poussa à tenter de déchiffrer quelques mots de la langue que je travaillais à l’école depuis à peine un an ou deux. Des gens passèrent à côté de moi, employant des intonations inconnues à mon oreille, me confortant dans une sorte de bulle que je créais autour de moi sans même en être conscient. Rapidement, il n’y avait plus que moi, et ces mots dansant devant mes yeux que je tentais de comprendre, tel Champollion devant sa Pierre de Rosette. Tellement rapidement que je sentis à peine le temps passer.

Lorsque mes yeux se levèrent vers une horloge customisée Amérique des années 50, il y avait déjà un bon gros quart d’heure de passé. J’ouvris de grands yeux étonnés, reposant tout de suite le journal et appelant :

« Ae Ri ? »

Je ne l’avais plus dans mon champs de vision. Et ce, depuis un temps que je n’estimais pas du tout. Elle avait non seulement disparue de mon voisinage, mais de plus depuis un laps de temps que je ne saurais quantifier. Résultat : je ne savais même pas où elle avait bien pu passer.

La panique m’envahit alors. Non pas pour ma propre personne : depuis l’enfance, j’avais toujours eu un bon sens de l’orientation et je savais me retrouver presque n’importe où, et je n’aurais donc aucun mal à l’endroit où nous avions quitté notre mère. Non pas pour les réprimandes que je risquais fort de subir : à cette âge, j’avais déjà bien commencé à faire ma forte tête, et cela ne me faisait guère peur.

J’avais simplement peur pour ma cadette, perdue dans cette foule, seule, ne parlant pas un mot de cette langue incongrue, et si fragile… Les images d’enlèvements d’enfants passant régulièrement aux bulletins d’information à la télévision me vinrent en mémoire, à la manière de flashs. Et si un Américain en mal d’amour kidnappait ma sœur ? Et s’il l’élevait comme une parfaite petite fille américaine, lui faisant oublier ses racines, et nous effaçant, maman, papa et moi, de sa mémoire ? Et si… ce monsieur n’avait pas…
Je me refusais de pousser plus loin mes hypothèses, le cœur battant déjà d’angoisse à toute allure.

Que faire ? Revenir vers ma mère, lui annoncer pitoyablement que j’avais failli et que ma cadette était à la merci de n’importe quel étranger ? Non… non je ne pouvais pas… Oh, je ne craignais pas du tout de me faire gronder, loin de là. J’avais surtout peur que ma génitrice m’impose de rester auprès d’elle, et d'être ainsi incapable de faire quoique ce soit d’autre qu’attendre. Hors, une chose que je détestais était de ne pas agir.

Je m’éloignai donc à vive allure du kiosque, partant dans la direction opposée à celle que je supposais être celle de ma mère, et criai le nom de ma sœur à plein poumons.


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MessageSujet: Re: Lost and found - Ae Ri    Dim 2 Fév - 19:33

Vous êtes-vous déjà senti infiniment petit au milieu de personnes immensément grandes ? Moi oui. Et c’est une impression tellement désagréable que j’en garde un souvenir glaçant malgré les années. Au milieu de la foule grouillante de l’aéroport international, je me sentais aussi insignifiante que la plus petite des fourmis entre des milliers de pattes humaines. Je ne voyais rien de plus que des jambes et, à mesure que je me perdais dans la foule, je sentais la panique me gagner. Tout me paraissait hostile. J’avais l’impression de ne même pas contrôler ma propre direction, étant embarquée dans un courant humain. J’avais envie de m’arrêter et de pleurer, puis de crier très fort pour que Maman, Papa ou Woonie m’entendent, mais je n’y arrivais pas. Parfois, je levais la tête pour voir des panneaux suspendus indiquant des directions. Mes yeux d’apprentie lectrice tentaient de déchiffrer mais l’alphabet anglais m’était totalement inconnu. Je ne comprenais rien.

Je m’arrêtais finalement pour me diriger vers un banc, en retrait de la marée humaine. J’allais voir une dame. La chose à faire était sans doute de demander mon chemin. Je m’excusais mais la dame ne semblait pas me comprendre. Evidemment, elle ne devait pas parler ma langue… Alors, je rangeais ma toute petite voix angoissée et retournais m’enfoncer dans le flot des voyageurs. Tandis qu’un trou se formait sur le côté, j’eus l’impression de reconnaître la silhouette de Papa. Je me précipitais donc vers lui, bousculant sans le faire une dame. Je pris un instant pour m’excuser dans ma langue natale, seul langage que je connaissais, avant de courir à nouveau. Je tirai sur le tissu du pantalon de costume de la silhouette en l’appelant Papa, le cœur bien plus léger. L’homme se retourna, affichant un visage qui ne m’était pas familier. Je m’éloignais, mon air soulagé reprenant ses teintes inquiètes tandis que l’étranger me parlait dans une langue qui ne signifiait rien pour moi en souriant.

En reculant, je heurtais un voyageur qui me houspilla. Je ne m’arrêtai pas, me retournant pour courir dans l’autre sens, allant maintenant à contre-courant. Mes larmes dégoulinaient les longs de mes joues. Je pensais qu’il fallait que je les retienne parce que Maman ne serait pas fière de moi si je ne le faisais pas, mais je n’y arrivais pas. J’étais perdue. Je ne savais pas où était mon frère. J’avais besoin qu’on prenne ma main et qu’on me rassure. Mais j’étais seule. Pour la première fois de ma vie, je n’étais pas capable de sourire ou de penser à quoique ce soit de joyeux. J’avais peur de ne jamais retrouver mon chemin, peur d’être perdue à tout jamais, de ne pas revoir mon frère et nos parents.

Ma course s’arrêta net lorsque je frappai de plein fouet un voyageur en costume. Je tombais directement sur le derrière et, pendant un bref instant, mes larmes cessèrent de couler. J’observai l’homme et sentis à son ton qu’il n’était pas content du tout. Il me criait dessus. Je courbai l’échine, complètement désorientée et incapable de comprendre ce qu’il voulait. Le temps qu’il passa à me crier dessus parut extrêmement long alors qu’il n’avait sans doute duré que quelques instants. Lorsqu’il repartit, je regardai autour de moi. Personne ne semblait faire attention à moi. Pourquoi les gens feraient-ils attention à la petite coréenne aux yeux bleus trop occupée à se lamenter pour se relever ? Woonie aurait été terriblement de me voir aussi pitoyable. C’était ce que je me disais incessamment.

Un mirage de mon esprit me fit entendre sa voix. Je me redressai par réflexe et tournai plusieurs fois sur moi-même, guettant un bruit provenant de lui ou sa silhouette aussi frêle que la mienne. Je ne fus pas bien avancée… Je me remis alors à pleurer de plus belle. Mes larmes devinrent sanglots alors que je restais immobile au milieu d’une foule totalement indifférente. J’appelais ma mère de ma faible voix chevrotante. Puis mon père. Puis mon frère. Mais personne ne venait, et personne ne devait m’entendre.

J’ignore combien de temps je restai ainsi avant qu’un homme ne vienne s’agenouiller face à moi. Il me parla mais je ne comprenais toujours pas un traître mot de ce qu’il me disait, ce qui ne fit qu’accroître ma panique. Visiblement à cours de stratégies pour me consoler, il crut bon de me soulever de terre pour me prendre dans ses bras. Je ne compris pas mais, me souvenant des recommandations de Maman, je me débattis en appelant de plus belle. Je crus alors le voir, mon grand-frère, mais je le perdis de vue. Je pensais que mes larmes me faisaient imaginer des choses…


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« Kang Ae Woon » TWAO ☆ Nymphe
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MessageSujet: Re: Lost and found - Ae Ri    Ven 28 Fév - 12:25

Il me fallut plusieurs minutes pour remettre les choses au clair ans mon esprit, plusieurs minutes que je regrettai aussitôt que je compris l’urgence de la situation. Nous étions dans un pays étranger, dans un lieu où toutes la nationalités se rencontraient, où une foule de langages différents étaient parlés. Et j’avais perdu ma petite sœur de vue dans cet gouffre humain. Mon cœur battit à vive allure, aussitôt, et j’eus pour réflexe de partir vers ma mère, mais avant d’arriver vers elle, et avant qu’elle ne me voie, je fis demi-tour. J’avis entraîné ma cadette dans ma bêtise, et j’allais certainement me faire rabrouer d’une manière qui ne me plaisait guère. De toute façon, à cet âge-là, j’avais déjà commencé à abhorrer les rabrouements, même légitimes, de mes parents. Alors je revins sur mes pas puis laissa mes yeux vagabonder autour du kiosque où j’avais pour la dernière fois vu Ae Ri.

Elle ne devait pas être partie très loin ! C’était ce que je me répétais à voix basse, en scrutant les passants, marmottant des « Non… C’est pas elle… » dès que je pensais l’avoir reconnue dans une petite fille passant près de moi. Je m’énervais contre moi-même, et entrepris de faire le chemin qu’elle aurait pu prendre, trottant d’un pas rapide. Mais lequel ? A-t-elle tourné à droite ou à gauche ? Quelle direction a-t-elle préféré ? Jusqu’où ses petites jambes l’ont-elles porté ?

Je me maudis, essayant de repousser autant que je le pouvais l’image de ma cadette perdue au milieu de cette gigantesque marée humaine qui ne cessait ses allées et venues, dans tous les sens. J’arrêtai ma course, à bout de souffle, cassé en deux. Puis, au loin, je vis une chevelure semblable à celle d’Ae Ri, avec sur le dos un sac de la même couleur… Sans réfléchir, je courrais de nouveau, jusqu’à l’atteindre et lui attraper le bras.

« Ae Ri ah ! Est-ce que tu sais à quel point j’étais inqu… »

La gamine retira son bras de mon emprise après avoir poussé un cri haut perché, le regard horrifié, et sa mère s’adressa à moi dans un langage que je crus identifier comme du chinois. Je m’excusai dans cette langue, en me cassant en deux. Lorsque je me relevai, la femme et son enfant étaient partis, mais au loin, quelque chose capta mon attention.

Le même sac à dos. Les mêmes cheveux. La même silhouette fragile. Et, près d’elle, un homme que je ne connaissais pas. Je repris ma course de plus belle, bousculant les passants sans m’excuser, faisant fi du point de côté qui se manifestait pernicieusement et de ma cage thoracique qui semblait se comprimer sur elle-même.

Je n’eus même pas le temps de m’approcher que l’homme inconnu la pris dans ses bras. Je redoublai de vitesse, en l’appelant.

« Ae Ri ! »

Je criai son prénom dans l’espoir qu’elle me reconnaisse, et qu’elle se débatte. Dans ma tête où mon système nerveux était affolé, cet homme n’était pas bon. Depuis notre plus notre plus jeune âge, on nous enseigne de ne pas faire confiance aux inconnus, et j’applique ce principe sans déroger une seule fois à la règle, l’ayant adopté comme on adopte un réflexe. Et ce fut pour ça que, lorsque j’arrivai près d’eux, je frappai l’homme dans le tibia à grands coups de Nike taille 34 en l’insultant dans tous les noms que je pouvais trouver. J’attrapai ma sœur en l’arrachant presque de ses bras, la serrant contre moi une seconde avant de la tirer pour l’emmener plus loin en courant.

Une fois à l’abri derrière un distributeur de friandises, je la serrai fort contre moi. Mon cœur qui battait la chamade peinait à se calmer, et, contre ma poitrine, je sentis que le sien était dans le même état. Je caressais ses cheveux, lentement, longuement, doucement, tentant par ce geste de l’apaiser en même temps que moi. La force avec laquelle je la serrais ne pouvais que contraster avec la tendresse des mots que je glissais dans le creux de son oreille. Elle avait eu peur, et moi aussi. Je ne saurais dire laquelle de nos peurs était la plus forte, mais à présent, nous étions ensemble, et je ferais tout pour qu’il ne lui arrive aucun mal.

« Pardon, princesse, je ne te laisserais plus toute seule. Plus jamais. »

Je lui présentai mon petit doigt, attendant qu’elle y accroche le sien pour sceller notre promesse.


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MessageSujet: Re: Lost and found - Ae Ri    Ven 7 Mar - 23:35

Cet homme n’avait pas le droit de me prendre dans ses bras. J’avais beau accorder ma confiance à n’importe qui en temps normal, surtout à cet âge-là, je ne pouvais qu’envisager le pire. A mes yeux de fillette égarée, il ne pouvait rien vouloir d’autre que m’éloigner de ma famille. Il voulait m’emmener dans la direction opposée à celle de mon frère. Et de ma mère. Et de mon père. Je voulais qu’il me lâche, et c’est ce que je lui hurlais dans ma langue natale, la seule que je connaissais. Mes joues ruisselantes, j’essayais de m’échapper, jusqu’à ce que le mirage réapparaisse. Cette fois, je m’immobilise, cessant de marteler le dos de l’étranger de mes petits poings. Était-ce bien lui ? Mes pupilles faisaient le point, j’essuyais mes larmes et regardais la silhouette enfantine.

« Ae Woon ! »


Nul ne peut imaginer le soulagement qui s’empara de moi à ce moment-là. Je tendis les bras vers celui qui courait vers moi et remuai dans tous les sens pour me libérer. Quand Woonie arriva, je ne compris pas comment il parvint à faire en sorte que l’étranger me lâche. Je crois qu’il l’avait frappé mais j’étais trop émue pour m’en souvenir. L’important n’était pas le moyen mais le résultat. Il m’avait retrouvée et libérée. Après un bref câlin sans doute pour se convaincre qu’il m’avait effectivement retrouvée, nous nous mîmes à courir à toutes jambes. Je faillis trébucher mais me raccrochai à la main fermement refermée sur la mienne.

Puis on s’arrêta et on se cacha. Blottie contre lui, je ne trouvais rien de mieux à faire que pleurer. J’étais agrippée à son tee-shirt pour ne plus risquer de le perdre. Mes petits bras passés autour de son corps, je pleurais tout simplement. Dieu que j’étais soulagée d’être enfin avec lui ! Dieu que j’avais eu peur ! Il tentait de m’apaiser, caressant tendrement et régulièrement mes cheveux, chuchotant des mots rassurants à mon oreille. Je ne demandais qu’à arrêter de pleurer et à me calmer, mais mon corps n’était pas d’accord avec moi. Lui avait besoin d’évacuer la peur, et le seul moyen dont il disposait alors était celui des pleurs. La tête contre le torse de Woonie, respirant son odeur à pleins poumons entre deux reniflements et trois sanglots, m’abreuvant de sa chaleur pour réchauffer mon corps tremblant, je laissais la peur s’enfuir. Et elle finit par me quitter.

« Pardon, princesse, je ne te laisserais plus toute seule. Plus jamais. »

Je plongeai mes yeux azurs dans ses prunelles chocolat après avoir moi-même accroché mon petit doigt au sien. Je n’essayais pas de vérifier qu’il ne mentait pas. Non, je savais qu’il était sincère. Je voulais juste qu’il sache que je lui faisais confiance plus qu’à quiconque.

« Merci de m’avoir retrouvée Oppa…»

Je sentis mon petit cœur se serrer. A cause de ma désobéissance, on allait se faire gronder. Et surtout, à cause de moi, Woon serait grondé. Je m’étais mise en danger, et l’idée que mon frère soit réprimandé par ma faute m’était intolérable. Je mordis ma lèvre inférieure pour empêcher les larmes de s’échapper de leur prison couleur d’eau.

« Pardon de t’avoir inquiété… Et… C’est pas ta faute ! C’est moi ! J’ai fait une bêtise … Je t’ai pas vu alors je suis allée te chercher, et j’ai cru voir Papa et je me suis perdue. Je suis nulle comme sœur… »

Je m’en voulais terriblement. J’aurais beau dire ce que je voulais, si Maman apprenait ce qu’il s’était passé, Woonie passerait un sale quart d’heure. Et ce serait pire si Papa l’apprenait parce qu’en plus, il gronderait Maman. Quelle bêtise j’avais encore faite !

« Dis, on peut ne pas le dire à Maman ? Elle va se fâcher et le dire à Papa… Et on va se faire gronder… J’ai pas envie que Papa soit fâché à cause de moi et que tu te disputes avec lui… »

Je lui offris l’air le plus désolé, coupable et suppliant de mon répertoire. J’avais déjà fait une grosse bêtise, je n’avais pas envie de gâcher en plus le séjour de tout le monde…


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MessageSujet: Re: Lost and found - Ae Ri    Dim 16 Mar - 11:03

Son petit doigt s’attacha au mien, et notre promesse en fut scellée. Ses grands yeux bleus trempés de larmes se fixèrent sur moi, et c’est d’une voix chevrotant qu’elle me remercia de l’avoir retrouvée.

« C’est rien, baboya, c’est mon rôle de grand frère.
- Pardon de t’avoir inquiété… Et… C’est pas ta faute ! C’est moi ! J’ai fait une bêtise … Je t’ai pas vu alors je suis allée te chercher, et j’ai cru voir Papa et je me suis perdue. Je suis nulle comme sœur… »

Je posai un doigt sur ses lèvres pour la faire taire. Après tout, on se fichait de ce qui pouvait être arrivé, l’important, c’est que nous étions tout les deux sains et saufs. En entier. Et tout les deux. Le reste n’était que secondaire.

« T’es pas nulle comme sœur, t’es ma sœur, c’est tout. Et puis, on est les meilleurs, de toute façon, pas vrai ? »

Je lui adressai un sourire flamboyant, tentant de la détendre, mais n’y parvins pas, puisqu’elle me demanda :

« Dis, on peut ne pas le dire à Maman ? Elle va se fâcher et le dire à Papa… Et on va se faire gronder… J’ai pas envie que Papa soit fâché à cause de moi et que tu te disputes avec lui… »

Je soupirai, cherchant à toute vitesse une excuse pour tout les événements qui s’étaient déroulés en même pas une demie heure. Ma tête de gamin de dix ans carburait comme c’est pas permis en essayant de trouver une solution pour nous deux. Car si elle était partie à l’aventure, j’aurais dû la retenir, j’étais aussi coupable qu’elle. Surtout qu’à l’origine, c’était moi qui avait désobéi, elle m’avait juste suivi…

« Ecoute, on va dire que tu avais envie d’aller aux toilettes, et qu’on ne savait pas où c’était, du coup on s’est perdus. D’accord ? »

Excuse pas très élaborée, il est vrai, mais comment voulez-vous expliquer une fuite pure et simple de deux gamins dans un gigantesque aéroport ? Surtout quand l’un d’entre eux a déjà montré ses volontés de désertion… Je pris sa main dans la mienne, fermement, et nous fîmes retrouver la foule. Je comptais sur mon sens de l’orientation pour retrouver l’endroit où nous avions laissé notre mère, mais ce sens était très perturbé par les personnes gravitant autour de nous, me semblant menaçantes, mais aussi par le simple fait que j’avais couru sans me soucier du reste. Et mine de rien, ça n’arrangeait absolument rien. Je sentis la main d’Ae Ri glisser de la mienne : ma paume devenait moite, je commençai à stresser, à m’inquiéter de ne jamais retrouver nos parents. Que ferions-nous, deux enfants perdus dans un pays dont ils ne parlent même pas la langue ? L’angoisse montait au fur et à mesure, lentement, insidieusement, me perdant davantage. Je refusais de le dire à ma jeune sœur, tentant du mieux que je pouvais de garder mes inquiétudes pour moi. Elle culpabilisait déjà assez…

Je ne sais pas comment, mais après des tours et détours, je réussis à retrouver l’endroit où nous nous étions séparés. Le kiosque à journaux était toujours là, de même que l’endroit où l’on débarque les valises. Mais ma mère n’y était plus.

« Merde ! », lâchai-je.

C’était la catastrophe. Je resserrais ma prise autour des doigts de ma cadette, comme ayant besoin de l’avoir davantage avec moi, comme pour me rassurer, moi, l’aîné. Je me sentis impuissant et dépassé, écroulé sous une montagne de responsabilité qui me dépassait. J’avais fait une énorme bêtise, je n’avais pas écouté ma mère, et telle était ma punition.
Je me tournai vers ma sœur, désespéré. Comment lui annoncer que je ne pouvais plus rien faire et que j’étais perdu, moi aussi ? Comment lui avouer qu’après tout, tout grand frère que j’étais, je n’en restais pas un enfant moi aussi, qui n’avait rien trouvé de mieux que de désobéir à sa mère ?

Au moment même où j’ouvris la bouche pour m’excuser d’une voix cassée, une annonce me coupa la parole. Mais un annonce pas comme toutes les autres que nous avions entendues jusqu’alors. Une annonce faite dans notre langue.

« Kang Ae Woon et Kang Ae Ri, votre maman vous attend à l’accueil ! Kang Ae Woon et Kang Ae Ri…
- Viens princesse ! »

Regagnant mon espoir, je tirais ma cadette de la main vers l’endroit où je présumais être l’accueil en question et que dans notre grande vadrouille nous avions déjà dépassé. Et, fort heureusement, j’avais deviné juste.
Je souris, essoufflé, alors que je reconnus ma mère derrière le comptoir. Mais mon sourire se fan dès qu’elle se tourna vers moi : sa douceur coutumière avait disparu pour faire face à un visage d’acier d’où transparaissait sa colère. Ses yeux plongèrent dans les miens et je sus à ce moment que j’allais passer un très mauvais quart d’heure.


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MessageSujet: Re: Lost and found - Ae Ri    Sam 29 Mar - 11:21

Ae Woon était adorable avec moi. Il était le meilleur grand-frère qu’on pouvait avoir, et il l’est toujours d’ailleurs. Il me rassurait et me réconfortait sans se fâcher après moi. Pourtant, j’étais persuadée de l’avoir mérité. Mais lui ne me faisait pas culpabiliser. Qu’importe qu’il soit réprimandé par la faute de son imprudente petite sœur, il était toujours gentil.

« T’es pas nulle comme sœur, t’es ma sœur, c’est tout. Et puis, on est les meilleurs, de toute façon, pas vrai ? »

J’acquiesçai, la moue tout de même boudeuse. Nous étions les meilleurs, c’était certain, et tant qu’on était l’un avec l’autre, il ne pourrait rien nous arriver et nous ne pourrions que retrouver notre chemin. Mais il y avait autre chose qui me tracassait. Je ne voulais pas être la cause de disputes. Ae Woon comprit ma demande et soupira avant de trouver une solution.

« Ecoute, on va dire que tu avais envie d’aller aux toilettes, et qu’on ne savait pas où c’était, du coup on s’est perdus. D’accord ? »
« D’accord. »

Je ne savais pas mentir, mais je n’en avais pas encore conscience à l’époque. Néanmoins, j’étais déjà adepte des moues adorables, chose qui me sauvait toujours alors même que j’y avais recours tout à fait involontairement.
Woonie serra fermement ma main et je me sentis alors invincible. Nous avions une excuse pour éviter de nous faire gronder trop fort et nous étions ensembles. Nous ne craignions rien ni personne. Nous étions les meilleurs, pas vrai ? Je suivis donc mon frère, trottinant à côté de lui. Il allait trop vite mais je ne disais pas un mot. J’avais causé assez d’ennuis et je pouvais bien supporter ma fatigue pour retrouver Maman. Woonie nous dirigeait à travers le flot de voyageurs qui semblait ne jamais s’amenuiser. J’avais toute confiance en lui. Il aurait pu me perdre au fin fond des Etats-Unis que je l’aurais suivi sans protester. Je n’avais aucune raison de douter des trajectoires qu’il nous imposait. Après la frayeur que je venais d’avoir, il aurait bien pu m’annoncer que nous ne reverrions jamais nos parents sans que je ne m’inquiète plus que cela. Il me semblait que près de lui je n’avais besoin de personne d’autre.

Nous finîmes par nous arrêter. Mes jambes apprécièrent cette pause mais je ne comprenais pas pourquoi on s’arrêtait. Je regardais autour de moi mais n’y trouvai pas la silhouette de Maman, ni même celle de Papa.

« Merde ! »
« Oppa ! Ne dis de gros mots ! »

J’ouvris de grands yeux choqués tout en reprenant mon grand-frère, sans oublier mes sourcils qui se froncèrent. Je n’avais aucune conscience de la gravité de la situation ni de l’incongruité de ma petite voix réprimandant mon aîné. Il me fit face et serra plus fort ma main dans la sienne. Je raffermis également ma prise sans savoir pourquoi. Il paraissait inquiet et semblait vouloir dire quelque chose. Il n’eut néanmoins pas le loisir de me faire part de ses inquiétudes car une annonce étrange se fit entendre. Elle était passée en coréen. Notre langue. Je ne fis pas attention au début de l’annonce, trop concentrée sur mon aîné, jusqu’à ce qu’il regarde le plafond, tendant l’oreille à la voix. J’entendis nos noms.

« Viens princesse ! »

Je compris que Maman nous attendait quelque part et je me sentis soulagée. Woonie m’attira à sa suite, et je recommençais à trottiner, trébuchant un peu à cause de la fatigue. Nous nous arrêtâmes de nouveau et je vis le visage de mon frère s’illuminer lorsque son regard tomba sur un comptoir. Je tournai la tête et reconnut la silhouette de Maman. Qu’elle fût furieuse ne m’empêcha pas de courir vers elle en l’appelant, sans pour autant lâcher la main de mon frère. Je faillis tomber mais Woon me rattrapa, comme il le faisait toujours. Je voulais me jeter dans les bras de notre génitrice mais m’arrêtai juste à temps, glacée par le regard noir qu’elle destinait à mon frère et le fait qu’elle m’ignore totalement. Le sourire qui avait pris place sur mon visage de poupée avait disparu. Je vins me plaquer contre mon frère, serrant plus encore sa main. Je lui lançais un regard inquiet, un regard de fillette qui n’a pas envie de se faire gronder mais n’y échappera pas. Puis j’essayai de prendre les choses en main.

«Ne gronde pas Woon, Maman ! C’est ma faute. Je voulais aller faire pipi mais on savait pas où c’était alors on s’est perdu. »

Des larmes roulèrent le long de mes joues tandis que je parlais et Maman ne semblait pas s’attendrir le moins du monde. Avait-elle compris le mensonge ? Quoiqu’il en soit, elle était furieuse, chose que je n’arrivais pas vraiment à comprendre à l’époque. Après tout, elle avait eu peur que nous ayons disparu et elle nous retrouvait, elle aurait du être contente ! Je me doutais qu’elle allait être fâchée mais je ne pensais pas qu’elle le serait au point d’avoir l’air aussi impressionnant. Je ne l’avais jamais vu aussi en colère et ça me faisait un peu peur. Savoir que sa colère s’adressait à mon frère et moi me faisait aussi mal au cœur.

« Pardon Maman… »

Nous faisions un beau tableau tous les trois. Woon qui semblait convaincu qu’il était la cause de tous les maux de la terre, moi qui pleurais parce que je me sentais terriblement coupable et que j’avais peur de la suite, et Maman qui s’avançait vers nous, paraissant aussi grande qu’un géant tant elle était énervée.

« Oppa… Pardon… »

Je n’arrêtais pas de pleurer. J’avais fait une énorme bêtise. A cause de ça, Maman était en colère. Et Woon allait se faire gronder. Nous étions les meilleurs, oui, mais pour nous mettre dans le pétrin.


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MessageSujet: Re: Lost and found - Ae Ri    Lun 7 Avr - 13:06

Ae Ri eut un réflexe de petite fille, qui fut de courir rejoindre notre mère, en ayant pourtant la main toujours serrée dans la mienne. Evidemment, la manœuvre la fit chuter, et un réflexe acquis par les habitudes amicales que ma sœur avait avec le sol me fit la rattraper de justesse. Tétanisé par le regard de notre mère, je n’y fis même pas attention. Je sentais que j’allais passer un des plus sales quarts d’heure de ma vie, en proportion avec l’inquiétude que nous avions donné à notre génitrice. Ae Ri qui se colla à moi me fit rompre le contact visuel, tandis que je passai un bras protecteur autour de ses épaules. Je la sentis frissonner. Si moi, j’avais peur, je n’osai même pas imaginer celle d’Ae Ri, la fillette qu’elle était étant très impressionnable.
Bien qu’elle avait peur, cela ne l’empêcha pas d’avoir un accès de courage, contrairement à moi qui men terrais dans mon silence, et de s’adresser à notre mère qui s’approchait vers nous avec un air de méchante marâtre :

« Ne gronde pas Woon, Maman ! C’est ma faute. Je voulais aller faire pipi mais on savait pas où c’était alors on s’est perdu. »

Dans un réflexe, je lui chuchotai un « chut », sachant que vu l’état de maman, la discussion serait impossible. La preuve, les larmes de ma cadette n’eurent aucun effet sur elle qui d’habitude s’attendrissait d’un rien, surtout si ce rien provenait de mon adorable jeune sœur. J’avais un peu plus l’habitude d’être le centre des colère de mes parents –déjà- mais cela me choquait également… En même temps, il fallait s’y attendre, deux enfants qui partent en vadrouille dans un des plus grands aéroports du monde et qui s’y perdent, pas étonnant que maman voyait rouge !

Je me penchai vers Ae Ri pour lui chuchoter d’arrêter de pleurer et essuyer ses larmes de mes mains, mais rien à faire, ma cadette s’était transformée en fontaine humaine. Et ma mère qui ne décrochait pas un mot me faisait plus peur encore que si elle s’était mise à nous hurler dessus… C’était signe que la tempête était en préparation. Lorsqu’elle éclaterait, nous ne pourrions pas nous mettre aux abris…

Finalement notre mère prit Ae Ri dans ses bras, me prit par la main en la serrant très fort qu’elle m’en écrasa les doigts et parla en anglais aux gens derrière le comptoir, certainement pour les remercier et s’excuser de la gêne occasionnée. Elle me força à tenir la valise en me menaçant de réprimandes si je la lâchais, tandis qu’elle se mit à la tirer, ma petit sœur toujours sur l’autre bras.

« Je ne dirais rien à votre père pour l’instant, on réglera ça une fois rentrés à la maison. »

Elle me décocha un regard qui m’effraya par sa dureté.

« Ae Woon, je t’avais dit de ne pas bouger. Vous allez être punis à la maison pour m’avoir désobéi. Tous les deux.
- Mais omma…
- Je sais très bien ce qu’il en est Ae Woon, pas la peine de me mentir. »

L’inconvénient, avec ma mère, c’était qu’elle savait me percer à jour comme personne, et qu’elle savait donc très bien quand je mentais ou que j’essayai de maquiller la vérité. Ma tentative d’écarter ma jeune sœur de la punition tomba à l’eau avant même d’être dite, bien que cette fois je m’apprêtais à dire la vérité vraie… Mais pas question d’affronter ma mère en colère. Je m’accrochais à la valise en silence, souriant à ma sœur qui me regardait par-dessus l’épaule de maman avec ses grands yeux larmoyants.

Peut importe la punition, j’arriverais toujours à en éloigner Ae Ri, il suffisait que mon père s’en mêle et j’allais prendre, comme toujours. J’articulai silencieusement un « Tout va bien » rassurant à Ae Ri pour tenter de la réconforter un peu.

Nous retrouvâmes notre père facilement, comme si maman connaissait l’aéroport comme sa poche (savoir lire l’anglais devait faciliter les choses…), et il s’étonna en nous embrassant de nos têtes de fautifs. Notre mère lui glissa qu’elle lui en parlerait plus tard avant d’enchaîner sur des banalités que je ne suivis plus du tout.

Le séjour de quelques jours à New York ne fut teinté d’aucune tentative d’escapade, ni de moi et encore moins d’Ae Ri. Errer comme deux orphelins une fois nous avait suffit, si bien que nous passâmes les journées et les nuits collés l’un à l’autre dans la crainte de se perdre à nouveau.

La punition au retour en Corée fut exemplaire, mais qu’importe… Au final, notre escapade dans l’aéroport new-yorkais en reste un souvenir impérissable et à la fin heureuse. Un jour peut-être, je repasserais dans cet endroit en me souvenant que petit j’y ai vécu avec ma sœur une aventure qui aurait pu se retrouver dans un roman policier…

Fin


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Lost and found - Ae Ri

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